Magazine : Art actuel, Art contemporain
"PEINTURES(S) / GENERATION 70", Commissaire Philippe Piguet, Fondation Salomon, du 11 juilllet au 4 novembre 2007, Alex.
Lévrier, Puréetriptych, oil on canvas, (40 x 30 cm) x 3
Historien, enseignant et critique d'art, Philippe Piguet collabore régulièrement à la revue L'Oeil et participe ponctuellement à diverses publications: Art Press, Cimaise, Parachute. Responsable des arts plastiques du Journal de la Création sur la 5ème, commissaire d'expositions, Philippe Piguet est I'auteur de nombreux textes et préfaces de catalogues à propos d'artistes aussi divers que Basquiat, Blais, César, Penone, les Di Rosa, Garouste, Rousse, Kern entre autres. Pour la Fondation Salomon il présente neuf peintres dont la démarche témoigne d'une liberté vis à vis d'une peinture qui accorde au sujet, à la figure une place prépondérante. On voit ainsi émerger une sorte de nouvelle peinture figurative qui livre non seulement son originalité mais son insolence puisque tous ces artistes peignent contre l'ancienne figuration afin de "combler'" (chacun à leur manière) ses "manques".
Les oeuvres de Beneyton, Forstner, Jalut, Levasseur, Masmonteil, Rabus, Reymond, Sacriste, Wylie sont riches d'enseignement; elles découvrent les failles, les tentatives des entreprises antérieures et se servent de leurs impasses afin de produire de nouvelles métamorphoses. Toutefois ce qui guide ces artistes plus que de mettre à jour un manque est de trouver un passage inédit qui autorise chacun à se glisser dans la peau de ses modèles. Certains d'entre eux comblent, d'autres scrutent. Dans les deux cas, il s'agit d'emprunter des images au passé, de s'en servir comme motif, de les considérer comme la matière même d'une motivation. Et c'est bien là une manière de régénérer l'histoire de l'art. Cette dernière n'a jamais cessé d'être reconduite au fil du temps en une succession d'exemples transfigurés accordant aux procédures tantôt de la citation, tantôt de la référence, une place privilégiée. Le phénomène de fascination qu'exerce l'oeuvre d'un artiste sur un autre plus jeune peut se mettre au crédit de ceux qui croient à la peinture et établissent ou perpétuent un dialogue entre époques, générations, styles et langages. Dans une telle dialectique l'emprunteur sait que ce qu'il cherche relève d'une caution, d'un challenge et d'un défi. Dans cet esprit, la manière dont les artistes réunis multiplient les reprises et variations du thème de la figuration participe d'une volonté d'épuiser un modèle afin d'en extraire la substance dans une sorte de corps à corps existentiel. Ils instruisent le principe de création par la perpétuation et le jeu de la mémoire.
C'est ainsi que la Fondation Salomon propose dans cette exposition un musée aussi imaginaire que réel où chaque peintre en convoquant une thématique affiche la pérennité d'un mode mais surtout s'y inscrit. On rencontre une volonté chez ces créateurs de revendiquer une manière : celle qu'on nomme le " per ornamento " - coextensive au fait même de peindre, mais qui dépasse cependant le seul principe de l'ornementation traditionnelle. Notons par ailleurs que l'avènement des technologies nouvelles ne laisse pas indifférent les créateurs qui se confrontent aux outils informatiques et à leur potentiel créatif. L'usage que certains en font procède d'une subversion dialectique visant à jouer de l'analogie entre deux types de palettes celle du graphiste et celle du peintre, soumettant les images à tous les "trafics" que permet une autre pratique.
Les choix de Philippe Piguet procède donc d'un protocole savamment élaboré. Certains artistes travaillent d'après photo en projetant sur la toile l'image du motif capté, d'autres manipulent le sujet de biens différentes façons mais tous font preuve d'une belle capacité d'invention parce que ce qui les intéresse relève de ce qui contribue au glissement du sens. La plupart des oeuvres réunies n'offrent plus aucune ressemblance avec leur modèle d'origine réduit à un substrat, un signe référentiel . Elles parviennet à une quintessence qui est celle de la peinture puisque tout peintre comme le disait Beckett reste avant tout un "abstracteur de quintessence". On le comprend bien ici dans ces suites de mise à nu, à la découverte de quelque chose qui est caché, de quelque chose qui est de l'ordre de l'invisible et dont l'organique est parfois l'une des composantes récurrentes.
La notion de trafic n'échappe pas ici aux idées de circulation, de flux et de métamorphose. Dans leur travail d'exécution, les peintres usent d'outils puissamment rattachés à la tradition autant que de moyens résolument modernes. Ils signent ainsi l'idée selon laquelle la peinture est souveraine et capable d'assimiler les technologies et les matériaux nouveaux, de répliquer aux défis qu'opposent les autres modes d'expression en les reversant à son propre service. Ainsi pour de tels créateurs rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. L'exposition prouve combien l'art met à l'épreuve les méthodes de penser l'image en instruisant comme l'écrit Piguet "un nouveau rapport entre substance et substantif".
voir aussi : le site de la Fondation Salomon