Magazine : Art actuel, Art contemporain
"Toucher des yeux"
du 29 mars au 26 avril 2009
Galerie Libre cours - Bruxelles (Belgique)
Face au silence de la peinture, cette impuissance intrinsèque quand le tableau ne dira jamais tout, Victoria Calleja considère la toile comme une peau que l'on déchire. Qu'entre apercevoir dans les coulées qui scandent l'espace, les écartèlements ou les trouées embuées qui strient la surface? La réalité ? Le clair-obscur du songe ?
De « Sommeil double » (2003) aux toutes dernières œuvres monumentales sorties de l'atelier bruxellois, une déchirure extrêmement variable dans sa forme et sa fonction orchestre les dramaturgies mises en place par l'artiste d'origine chilienne.
Voile, buée, contrastes des couleurs et des formes, opposition fragilité-solidité, matière et transparence, s'aventurent vers un mystère, celui qui transperce et fait création. En cette peinture sensuelle et drue, à la fois part de féminité et de masculinité qui se tapit en tout être, des reflets de lumière butent sur la couche picturale sans la transpercer (« Yellow Points », 2007). Une violence affirmée et totalement acceptée irradie cette œuvre complexe, subtilement orientée vers le mystère du vide, que ce soit la réalité ou cet Autre que l'on ne connaîtra jamais.
Déchirure et mystère, les voici encore revendiqués dans son admiration pour le peintre du Quattrocento, Piero della Francesca. Main délicatement posée sur le ventre pour écarter le tissu de sa robe, la «Madonna del Parto » (la « Vierge de l’Espérance ») fait comprendre que là réside le fructum ventris. Dans sa simplicité grandiose et rustique, elle est le tabernacle du corps du Christ. On retrouve ce mystère insaisissable dans les tableaux de Victoria Calleja, cette lumière abstraite et ce silence que diffusent ses personnages massifs charpentés d'une puissance qui est celle de la sculpture.
Cette capacité à capturer l'insaisissable, cette très changeante lumière qui succombe à l’obscur, arrêtée à l'instant où celle-ci se pose sur un corps inscrit dans le diaphane, émane tout autant d’un autre vecteur de création qu'emprunte l'artiste. Si les personnages peints résonnent d'actions secrètes et cachées, la sculpture a fait son entrée dans l'atelier, en 2006. Allumettes, épingles à rideaux, aiguilles de cuivre, vis ou têtes d'épingle créent des noyaux de lumière autour de corps hiératiques, amplifiant masses et volumes taillés dans le polystyrène. Du plan à la tridimensionnalité, l'art de Victoria Calleja ouvre ainsi une voie qui rejoint la peinture par son inspiration. Têtes sacrales, corps transpercés mais habillés d'un halo de lumière, dans un singulier jeu d'émotions d'où elle exclut tout fétichisme ou attaque de la chair, c'est encore la fusion entre celui qui regarde et l'artiste qui sont ici recherchés.
Dominique Legrand (extraits)
Photos : (1) Le cul de de l'ange Victoria Calleja, 200 x 420 cm, huile sur toile, triptique 2008 (2) Vue d'exposition, sculptures Victoria Calleja
informations pratiques :
galerie Libre Cours
100 rue de Stassart
1050 Bruxelles (Belgique)
martine.ehmer@galerielibrecours.eu
+ 32 (0) 473 590 285
Du mardi au samedi de 14h30 à 18h30
voir aussi : le site de la galerie Libre Cours
du 29 mars au 26 avril 2009
Galerie Libre cours - Bruxelles (Belgique)
Face au silence de la peinture, cette impuissance intrinsèque quand le tableau ne dira jamais tout, Victoria Calleja considère la toile comme une peau que l'on déchire. Qu'entre apercevoir dans les coulées qui scandent l'espace, les écartèlements ou les trouées embuées qui strient la surface? La réalité ? Le clair-obscur du songe ?
De « Sommeil double » (2003) aux toutes dernières œuvres monumentales sorties de l'atelier bruxellois, une déchirure extrêmement variable dans sa forme et sa fonction orchestre les dramaturgies mises en place par l'artiste d'origine chilienne.
Voile, buée, contrastes des couleurs et des formes, opposition fragilité-solidité, matière et transparence, s'aventurent vers un mystère, celui qui transperce et fait création. En cette peinture sensuelle et drue, à la fois part de féminité et de masculinité qui se tapit en tout être, des reflets de lumière butent sur la couche picturale sans la transpercer (« Yellow Points », 2007). Une violence affirmée et totalement acceptée irradie cette œuvre complexe, subtilement orientée vers le mystère du vide, que ce soit la réalité ou cet Autre que l'on ne connaîtra jamais.
Déchirure et mystère, les voici encore revendiqués dans son admiration pour le peintre du Quattrocento, Piero della Francesca. Main délicatement posée sur le ventre pour écarter le tissu de sa robe, la «Madonna del Parto » (la « Vierge de l’Espérance ») fait comprendre que là réside le fructum ventris. Dans sa simplicité grandiose et rustique, elle est le tabernacle du corps du Christ. On retrouve ce mystère insaisissable dans les tableaux de Victoria Calleja, cette lumière abstraite et ce silence que diffusent ses personnages massifs charpentés d'une puissance qui est celle de la sculpture.
Cette capacité à capturer l'insaisissable, cette très changeante lumière qui succombe à l’obscur, arrêtée à l'instant où celle-ci se pose sur un corps inscrit dans le diaphane, émane tout autant d’un autre vecteur de création qu'emprunte l'artiste. Si les personnages peints résonnent d'actions secrètes et cachées, la sculpture a fait son entrée dans l'atelier, en 2006. Allumettes, épingles à rideaux, aiguilles de cuivre, vis ou têtes d'épingle créent des noyaux de lumière autour de corps hiératiques, amplifiant masses et volumes taillés dans le polystyrène. Du plan à la tridimensionnalité, l'art de Victoria Calleja ouvre ainsi une voie qui rejoint la peinture par son inspiration. Têtes sacrales, corps transpercés mais habillés d'un halo de lumière, dans un singulier jeu d'émotions d'où elle exclut tout fétichisme ou attaque de la chair, c'est encore la fusion entre celui qui regarde et l'artiste qui sont ici recherchés.
Dans son exploration obsessionnelle de la forme et de l'espace, Victoria Calleja interroge inlassablement la position de l'être, le devenir de l'homme. En
posant son regard plus loin que nous, que ce soit à travers ce personnage qui nous fait penser à un Bacon ou ces têtes sacrales nimbées d'énergie lumineuse, cette artiste abaisse insensiblement
les écrans qui voilent des trames très élaborées.
Dominique Legrand (extraits)
Photos : (1) Le cul de de l'ange Victoria Calleja, 200 x 420 cm, huile sur toile, triptique 2008 (2) Vue d'exposition, sculptures Victoria Calleja
informations pratiques :
galerie Libre Cours
100 rue de Stassart
1050 Bruxelles (Belgique)
martine.ehmer@galerielibrecours.eu
+ 32 (0) 473 590 285
Du mardi au samedi de 14h30 à 18h30
voir aussi : le site de la galerie Libre Cours
Dim 22 mar 2009
Aucun commentaire