Magazine : Art actuel, Art contemporain
du 16 avril au 18 mai
Château des Alpilles - Saint Rémy de Provence
Alpilles 8 juin 1976 100 x 150cm Mario Prassinos
« Il n’y a que sable, cendre, sciure. Et pourtant demeure le besoin désespéré d’arrêter l’usure, de fixer le fuyant … L’art n’est peut-être qu’un moyen de retarder l’oubli. »
Mario Prassinos.
A l’occasion de la parution en septembre chez ACTES SUD d’une importante monographie consacrée à l’œuvre peint de Mario Prassinos et pour le vingtième anniversaire de sa disparition le 23 octobre 1985, la galerie Pascal Lainé et l’Artothèque François Cance présenteront au Château des Alpilles à Saint-rémy de Provence, un important ensemble d’œuvres (huiles sur toile et sur papier, encres et dessins sur papier) de Mario Prassinos, représentatives de l’écriture très particulière de cet artiste majeur de l’après-guerre, considéré par les critiques comme l’artiste grec le plus important de sa génération (M. Ragon). Dans un même temps, des œuvres de petits formats seront présentées à la Galerie Pascal Lainé à Avignon.
Sa famille, des Grecs de Constantinople, émigra en France en 1922 ; artiste précoce, Prassinos fut à l’âge de 20 ans aux côtés des surréalistes, avec sa sœur Gisèle.
Il fut également un des plus éminents cartonniers de tapisseries, mais aussi illustrateur d’ouvrages (Apollinaire, Sartre, Queneau, Poe …), auteur de décors de théâtre et de costumes (pour Jean Vilar à Avignon, Marcel Maréchal, la Scala de Milan, le TNP de Paris …), graveur, sculpteur, auteur de très nombreux cartonnages pour la célèbre collection de la NRF, et enfin écrivain ( « Les Prétextats », « La Colline Tatouée »). Il comptait ses meilleurs amis dans le milieu littéraire : Camus, Char, Max Jacob, Queneau, Nourissier, Seghers ou les Gallimard…
Il choisit dès le début des années 50 de s’installer à Eygalières, face à la chaîne des Alpilles, pour se consacrer à sa peinture. Il fut profondément attaché à cette Provence, dont les musées abritent certaines de ses œuvres majeures ainsi que plusieurs de ses expositions personnelles. L’œuvre peint de Prassinos, qui fut présenté à la Galerie de France, est à la fois singuliére, intemporelle et très personnelle, et a de ce fait, échappée, à son époque, à toute tentative de classement au sein des divers mouvements artistiques de l’après-guerre.
Les expositions du Château des Alpilles et de la Galerie Pascal Lainé préludent à des rétrospectives dans des institutions grecques où son travail est redécouvert depuis quelques années. Elles couvrent l’ensemble de l’œuvre peint de Prassinos, depuis les débuts surréalistes jusqu’à 1985, année de son décès. Prassinos débusque dans le paysage les empreintes du temps et de sa propre mémoire. Son travail pictural, fortement marqué par ses racines méditerranéennes, privilégie l’usage systématique du noir et du blanc, laissant s’exprimer en clair-obscur la violence de la lumière du sud.
Ces expositions mettront en lumière l’écriture si particulière de Prassinos, à la fois instinctive (en ce sens que le geste de l’artiste laisse à la peinture ou à l’encre son côté aléatoire) et dirigée, dans ses différentes formes expressives. Les périodes présentées essentiellement :
- Les Troupeaux : « Je peignis des vaches et Jean Lescure vit (avant moi) dans ces accumulations de mufles et de cornes, la réapparition de la figure » M. Prassinos
- Les Paysages des années 50 et 60 marqués par la découverte de la Provence et l’installation à Eygalières.
- Les Portraits ( Prétextats, Suaires…)
- Les majestueuses encres sur papier des Alpilles (100 x 150 cm) – les collines tatouées de signes devenant un songe minéral - relèvent d’une écriture calligraphique, allant d’un dépouillement presque abstrait jusqu’à l’exubérance des arabesques orientales.
- L’impressionnante série des Paysages Turcs, vibrants d’un fourmillement de gouttes de peinture projetées sur la toile, créant ainsi une potentialité d’images multiples. L’exposition comprendra quelques-unes des grandes toiles si intenses et mystérieuses, réalisées pour l’exposition du Grand Palais de 1980.
- La série des Arbres, huiles sur papier. Ce dernier travail trouvera son accomplissement avec les Peintures du Supplice, destinées à la Chapelle Notre Dame de Pitié, à Saint-Rémy-de-Provence (siège de la Donation Prassinos à l’Etat). Cette série est l’ultime et émouvant message artistique de Prassinos, dans lequel l’arbre prend forme humaine pour témoigner de la souffrance de l’homme et de sa capacité à surmonter cette même souffrance par le don de soi.
Le paysage et la figure humaine, autre grand thème de Prassinos, finissent par se confondre pour émerger du tableau, l’artiste opérant dans les deux cas un travail de mémoire sur ses origines. « Une œuvre d’art n’a pas qu’un seul sens » écrivait Prassinos. Il nous démontre que la nature, riante ou tragique, humaine, minérale ou végétale, nous renvoie aux plus profonds de nos rêves.
Les lieux d'exposition :
- Galerie Pascal Lainé 17, rue Petite Fusterie, 84000 Avignon. Du mardi au samedi : 10 h 30 - 12 h 30 / 14 h 30 - 19 h 00
- Château des Alpilles - Saint Rémy de Provence
Contacts :
Galerie Pascal Lainé : 04 90 86 07 08 – 06 61 89 74 12 ; e-mail : gpl.gordes@wanadoo.fr
Artothèque François Cance :06 80 05 53 07
Château des Alpilles - Mme Françoise Bon : 04 90 92 03 33