Art Point France

Rechercher

En ce moment

 
 
Livres en mai réunira 40 éditeurs de bibliophilie contemporaine les 24 et 25 mai 2008 dans le cloître du Lycée Henri IV à Paris. Dossier de presse PDF
 
François Dilasser
"Les rois ont perdu leur couronne pour un chapeau"
du 20 mars au 15 juin 2008
Musée des Beaux-Arts - Brest (29)
 
Guillaume Millet
"Sans protection"
du 26 avril au 14 juin 2008
Galerie L'H du Siège - Valenciennes (59)
 
Erro, Klasen, Monory, Rancillac, Télémaque
La Figuration narrative
du 29 avril au 31 mai 2008
anne-marie et roland pallade - art contemporain - Lyon (1)  
 
Louis-Paul Baudot
Lecture-performance
le samedi 10 mai 18h30
Les Augustes - Clermont-Ferrand
 
Marie Deloume
exposition personnelle
du 12 mai au 1er juin 2008
galerie expression libre Paris (14)
 
Thoma Ryse
"Colour party"
du 6 avril au 6 juin 2008
Imagine Gallery - Beijing (Chine)
 
   
Joanpere Massana
du 19 avril au 15 mai 2008
la Bussola  - Cosenza  (Italie)
 
   
Regard de femmes
du 4 avril au 12 mai 2008
Maison de la Tour  - Vallaurie en Drôme (26)

 
   
Anne-Marie Cutolo et F.-O. Brunet
du 14 avril au 14 juin 2008
galerie 9 - Grenoble
 
   
   

Produits et Services

 
apfcom.jpg 

rédactionnel, publicité, solution e.mailing
Votre interlocutrice : Catherine Plassart Tel 33 (0)9 61 34 01 03 et 06 21 16 98 01

contact@artpointfrance.com

 
 

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog

Calendrier

Mai 2008
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Mardi 29 avril 2008

"Dans le silence et dans le bruit"
Bashung président résident de la musique

par Jean-Paul Gavard-Perret

Alain Bashung, Bleu pétrole, Barclay, Universal, 2008






Disons le tout de go : Alain Bashung est le seul chanteur francophone dont l'univers me fascine et dont je suis avec passion la trajectoire jusque dans ses dérives les plus paradoxales (en apparence), telles que sa scansion du Cantique des Cantiques. J'en suis à environ la vingtième écoute intégrale de Bleu Pétrole. Au début tout me semblait en place même si la fin de l'album me semblait raté : pourquoi ces reprises de "Suzanna" de Cohen et de "Il voyage en solitaire de Mancet" ? Pourquoi cette glissade loin du second univers de l'œuvre ouvert avec "Fantaisie Militaire", chef d'œuvre absolu et dont le dernier opus n'est pas loin - c'est pourquoi sans doute il surprend moins ? Pourtant peu à peu on accepte les nouvelles versions de "tubes" marqués par leurs créateurs.


Et Bashung permet le transfert - qu'il avait déjà réussi, il y a quelque trente ans, avec le "Hey Joe" d'Hendrix - en terminant son opus en point d'orgue avec de tels emprunts.



Passant de son univers propre à ces deux emprunts, l'album demeure un lieu sans lieu et qui fut là de toujours même si au fil du temps l'humour surréaliste a fait place à une réflexion qui porte sur l'écriture sans oublier pourtant que l'œuvre est celle d'un musicien. Ce dernier, même au sein des pires traversées, a toujours fait de ses albums des marteaux qui frappent. Certes avant "Fantaisie militaire", ces albums souffraient parfois de quelques faiblesses (on pouvait shunter quelques titres). Désormais ce n'est plus le cas. Soyons clairs cependant : "Bleu pétrole" n'est pas l'album de la maturité. Celle-ci a été atteinte depuis longtemps en des "souches trempées en liquide saumâtre pleines de décoction d'acier des fruits à portée de main dans une canopée plus haut que les dunes".



"Pommes d'or et pêches de diamants", il n'est plus question de "tirer sur le pianiste" même si l'artiste doit tuer une pianiste-vénus "afin que quelque chose existe" (celles et ceux qui écouteront l'opus comprendront). Sorti depuis longtemps des bars et des boîtes enfumés, dégagé des clameurs et des rires Bashung a trouvé le juste équilibre entre des orchestrations parfaites qui respectent et les textes et la voix de l'interprète. Surgit ainsi un corps-espace dans la quintessence du plus abstrait des arts : la musique - qu'elle soit populaire ou non. Et nous voilà soudain comme dans un "general store" bourré de pénombre odorante, de tout ce qu'il faut pour le rêve, la réflexion et divertissement au sein d'"un grand terrain de nulle part avec des poignées d'argent". Chaque morceau vaque à son destin, mais l'ensemble retient par son unité magistrale. Ecouter un tel opus revient à bien plus qu'accomplir une visite : c'est entrer dans un recueillement entre le soleil et la nuit, la chaleur et le vent.


La musique de Bashung n'est donc pas celle qu'on entend au sens courant de ce terme. Les airs du musicien interprète cherchés à doigts tâtonnants ne s'imposent pas de manière abrupte, il faut s'en imprégner. Peu à peu on s'y agrippe comme si au-delà c'était le vide, "noir sidéral et quelques plats d'amibes". Surgit un monde bien plus lointain que les cordes de guitares ou des violoncelles font résonner et déplacent avec précaution., S'entend en arrière fond de leurs résonances une succession de pressentiments d'une forme mélodique particulière qui permet de voir le monde de plus haut et semblable à "un imputrescible radeau" où s'entrevoient les virtualités d'une harmonie et d'une fracture fatale. Porté à ce point "Bleu pétrole" est un damier de nulle part. On y entend du symphonique où se découvrent, en ses creux, des sons privés d'une part d'eux mêmes "dans le silence et dans le bruit" afin que se confirme que parmi les mots il existe un possible au-delà de leur simple sens.

 

Sur et hors de la toile : un regard sur l'art contemporain de Jean-Paul Gavard-Perret

par Art Point France publié dans : Sur et hors de la toile : J.-P. Gavard Perret ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback
recommander

Mardi 29 avril 2008

Christiane Sintes ou l'extinction des feux

par Jean-Paul Gavard-Perret


Christiane Sintes,  "La Disparition", photographies,  Mirabilia, 07150 Lagorce, mai 2008.



Cela ne sert à rien de presser le réel pour voir s’il en sort des images. Cela ne sert à rien de vider les images pour en filtrer le jus de la réalité. Christiane Sintès qui a toujours utilisé le temps pour dire son passage le sait : "Ce qui m'intéresse ce n'est pas à proprement parler le réel, ni ce qui est au-delà, mais la confrontation, le renvoi de l'un à l'autre". En photographiant, je tente de capter cette intuition". La photographie devient donc une extrême pointe et une étendue. C'est pourquoi chez elle l'art est l’assassin de l’artiste. C'est pourquoi Christiane Sintès va chercher d'une part dans l’ombre et les dagues du temps la persistance d’anciennes traces (image dans l'image) et d'autre part au milieu d'une sorte de brume sa propre silhouette et ce qu'elle recèle. C’est ainsi qu'elle essaye d’ordonner son désordre et de désordonner l’ordre : ordre du monde, des choses, du temps et d'elle-même par le regard que l’artiste porte sur eux. Clichés à l'infrarouge et sténopés permettent - par le long temps de pose qu'ils nécessitent - de saisir l'entre, le vacillement, l'indicible mouvement au sein de ce qui depuis longtemps n'en possède plus (sur les tombes, des visages en médaillons des disparus marqués par l'usure des saisons ou ce qui à l'inverse ne fait que passer (fugacité d'un mouvement saisi-brouillé).


Au milieu des belles rangées des tombes, l’ordre semble évident, mais l'artiste va de l'une à l’autre selon des lignes imaginaires qui se croisent et se recroisent. Mais, au bout du compte, les figures des morts sont dans la chambre noire pour une autre présence. On ne commémore plus : on signale. Au milieu du quotidien, le désordre semble évident, mais l'artiste en fixe des états pour inciser le poids de la fugacité de l'instant. On ne retient pas pour autant, on filtre, on épure. Dans ce double mouvement d'apparition-disparition il s'agit toujours d'embrasser des visages ou des silhouettes évanescentes de fantômes sentimentaux. Ce ne sont plus des “ restes ” que Christiane propose mais des seuils - juste avant l'effacement - qui ne disent pas forcément des états d’un passé mais plus certainement le présent et ils anticipent sans doute sur le futur.


Il y a donc là des éclats de vie qui étonnent l’œil du spectateur malgré l’accommodation à la surprise que produisent ces présences. L'artiste, par une douce violence, une attaque suivie de déchirement ou de dépouillement déploie son geste créateur loin de tout effet fantasque. L'ensemble est empreint à l'inverse d'une forme de gravité. Et la photographe crée un labyrinthe temporel où le regard en se perdant retrouve un relief et un ordre apparemment abolis. L’artiste sait en effet que ce n’est pas “ gentiment ” qu’on peut passer de l’ordre du dehors (réalité) au désordre du dedans (art). Ce qui s’inscrit, ce qui fait l’image (et non ce qui fait image) n’est plus de l’ordre de la représentation mais de la re-présentation à laquelle il faut se confronter avec empathie afin de comprendre ce que ça cache et qui peu à peu se découvre derrière l’apparente mise en scène soit qu'elle construit, soit qu'elle emprunte à d'autres photographes portraitistes d'un temps révolu. C’est la façon aussi que possède l’artiste de nous faire glisser d’une sorte de classicisme à un minimalisme, une épure. A nous ensuite, comme la créatrice , de trouver notre chemin là où elle a infiltré son ordonnancement.


Une des conséquences particulières de cet ordre est de questionner les dimensions de la photgraphie et d'en jouer l'espace afin de poser comme réalité première que rencontre et doit résoudre l'artiste : le rectangle qu'elle cerne. Outre la "platitude" de la photographie, le problème de ses coins et de ses bords reste capital. L'espace virtuel des formes et les références géométriques des plages grisées impliquent l'ensemble des méthodes pour résoudre sur un seul plan les problèmes à trois dimensions de la géométrie descriptive. C'est là la complexité du problème du réel transposé dans la photographie (comme d'ailleurs dans la peinture). Les photographies de Christiane Sintès interrogent la surface et ce qui dans cette surface devient un rectangle. Cependant elle ne tend pas à s'enfermer dans le cadre restreint d'une photographie strictement géométrique. Elle cherche à se situer au plus juste d'une revendication de toute la surface de la photographie et des antagonismes qu'une telle revendication réserve surtout lorsque la photographie se confronte à une autre qu'elle contient. Il existe donc, chez la photographe, un jeu, un passage constant, une circulation d’ une idée simple aux termes complexes mais aussi des termes simples pour une idée complexe dont le
but est de nous laisser perplexes.


C'est de cette façon et au plus loin de ce qu'il faut appeler la réalité - à savoir le langage qui la parle - que Christiane Sintès s'approche de l'extra-réalité à l'horizon de toute expérimentation de la photographie. Une telle approche n'est pas sans risques, mais les clichés les plus importants de l'artiste s'imposent par un climat tragique de mystérieuses correspondances où la photographie dans ce qu'elle a de conscient et d'inconscient paraît porter l'abîme qu'à la fois elle domine et qui la fascine. Dans l'"évidente" simplicité qu'elle construit, la photographe invente ainsi la re-connaissance de formes singulières, simples et spontanées qui introduisent au cœur du réel un autre chœur (à la fois muet, polyphonique et anti-lyrique) bref une autre réalité.

 



Sur et hors de la toile : un regard sur l'art contemporain de Jean-Paul Gavard-Perret

par Art Point France publié dans : Sur et hors de la toile : J.-P. Gavard Perret ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback
recommander

Mardi 8 avril 2008

THEATRE INTIME DE LA NUDITÉ

Robert Mapplethorpe, Rétrospective, Fondation Cartier, Jouy en Josas, Printemps 2008.

par Jean-Paul Gavard-Perret






Entre la chair et son reflet, l'image est une peau. Entre les deux, pas de symétrie possible : contrairement à ce qu'on a trop souvent affirmé Mapplethorpe, à travers ses photographies et ses images, a toujours tenté de l'exprimer. Pour lui la possibilité d'attache à la présence par l'image ne satisfait que le voyeur.  Ne voulant s'en tenir là " c'est non seulement remettre à demain ce qu'on peut faire le jour même mais aussi ne plus rien posséder de la sensualité qui reste à et en soi - sinon le vice" disait-il. En conséquence, il a voulu montrer le déchirement qui sépare et affronter le conflit du réel avec son plus "juste" reflet. C'est pourquoi chez lui la nudité est indémêlable de l'image qui l'expose. Il considère que voir la nudité est une expérience non féroce mais cruelle. On court soudain vers une forme qui n'est pas Elle qui n'est pas en Elle. Pour Mapplethorpe, cette nudité ostentatoire n'est pas plus à portée de mains qu'à portée de vision.




Selon l'artiste américain , "la gourmandise que le portrait engage est l'empreinte vive d'un seuil à franchir mais il ne convient pas qu'elle devienne consciente". C'est là toute l'ambiguïté entre la poétique et la poésie iconographiques d'un tel créateur. Pour lui la forme artistique n'a pas une dignité plus forte que la matière-corps saisie et captée. C'est même le contraire qui se passe en un tel transfert. L'artiste sait bien qu'en devenant voyeur nous nous faisons masochistes car la vision exclut le plaisir de la caresse : le corps et le désir se tendent pour ce qui n'arrive pas. Nous ne gardons ainsi que la chimère, sa lumière et sa suffocation. Mapplethorpe sait donc combien il ne faut pas croire à ce que l'on voit : "cela ressemble trop à ce qu'on espère. Il faut fermer les yeux d'autant que ce n'est plus simplement le visage qui reste dans le regard" écrivait-il. Pour lui dans la charge photographique d'un corps ne subsiste déjà plus qu'un souvenir. Elle est donc sans accès sinon sans effets. Et l'artiste d'ajouter : "Il ne faut croire qu'à ce qu'on voit les yeux fermés". En cela la photographie est avant tout amour de soi dans l'affect qu'elle nourrit tant elle rassemble de désirs narcissiques. Finalement dans le nu, on voit tout, on ne voit rien. Celui qui regarde n'observe que l'image dans la nuit de son être et échappe à la nudité qui l'atteint.




La photographie devient ainsi une "prise à témoin qui altère le regard de l'autre". Plus que de l'accentuer, elle corrige l'impudeur sauvage, rétrécit les mouvements et les spasmes du plaisir. En montrant la nudité, le corps prend la pose, perd son secret et devient comédie. A ce titre tout photographe dit Mapplethorpe est "un parodique menteur : il organise, met du bon profil, voile, esquive, ou enlumine". Le photographe américain sait donc qu'on ne peut pas éclairer le corps pas plus que l'amour. La lumière photographique les désunit, même si en elle, dit-il tout spectateur "veut apercevoir le corps dont il jouit". Or le créateur, renversant une perspective existentielle qu'il a bien connue dans les backs-rooms refuse le "jouir sans rien savoir de plus'". Il sait que le sexe n'aime pas le grand jour et que la volupté tient en horreur la lucidité. C'est ainsi que tout spectateur-voyeur veut ignorer si la photographie ment ou montre vrai. Le désir est aussi de ne pas savoir, il est une passion d'ignorance. L'extase et la lucidité ne fraient jamais ensemble. C'est pourquoi les portraits de l'artiste semblent rester de marbre, à tous les sens du terme. Sachant aussi que le jour prend de court ce qu'il met en lumière, par la photographie, il a voulu tuer impitoyablement, l'"image désirante" qui se voudrait être elle tout entière à son  sujet objet-matière de l'orgasme qu'elle propose.




C'est pourquoi, chez lui, demeure la violence dévastatrice de la découverte qu'il noyaute. La chair erre dans l'image. Exprimer l'une c'est supprimer l'autre. Comme nous le disions plus haut, il n'y a pas de symétrie possible. Il faut fermer les yeux d'autant que ce n'est plus simplement le visage qui reste dans le regard. Demeure la charge du corps qui fait que ce que l'on voit semble déjà une décharge à laquelle il ne faut pas "croire". Car, comme le disait Blanchot "voir comme il faut c'est essentiellement mourir". Et Mapplethorpe le savait bien, lui qui affirmait que "finalement on ne voit rien. On n'a rien vu. Et c'est ce que disent les gens qui meurent". En ce sens toute sa quête tente de répondre à deux questions : Qui a mis l'image dans la nuit de notre être ? A cette question il répond que ce n'est pas le rêve. Quant à l'autre : Echapperons-nous alors à toi dont la nudité nous atteint ? - la réponse reste ouverte.



Sur et hors de la toile : un regard sur l'art contemporain de Jean-Paul Gavard-Perret




informations :


La Fondation Cartier présente jusqu'au  22 juin 2008 Land 250, une grande exposition personnelle de l’artiste et musicienne américaine Patti Smith. La voix de Patti Smith domine l’ensemble des installations, créées spécialement pour l’exposition et  présentant une sélection de photographies, de dessins et de films (notamment un film de Robert Mapplethorpe ).

Patti Smith rencontre le photographe Robert Mapplethorpe en 1967. En 1969, le couple s’installe au Chelsea Hotel à new-York.  Robert Mapplethorpe est l'auteur de la photographie de la pochette – un portrait emblématique de la chanteuse  --   de son premier album Horses (1975) (photo cidessus)


voir aussi : le site de la Fondation cartier

par Art Point France publié dans : Sur et hors de la toile : J.-P. Gavard Perret ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback
recommander
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus