Chroniques



Chroniques intempestives et subjectives à propos de l'art
de Pierre Givodan

Cet essai est un ensemble de méditations et de considérations sur l'art contemporain illustré par un choix de chroniques (art visuel, littérature, musique) parues entre 2005 et 2008 dans le Web Magazine Art Point France Info.


L'ouvrage est disponible en librairie au prix de 17€ ou sur le site des éditions Complicités

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Lundi 20 avril 2009




Edito : Charge et décharge.

Au coeur de chaque cité, de chaque capitale, une Cour des miracles : des individus désintégrés, déracinés, en détresse, sans défense, menacés, engloutis, hommes et femmes du bitume, parias méprisés ployant sous des charges présumées. Pierre Jouve a obtenu de la Préfecture de Police de Paris, l'autorisation exceptionnelle accordée à un artiste de photographier au quotidien, la dramatique réalité des suspects, des proscrits. Une trace du Paris cruel, des années 2006-2007. Mais aussi des faits de toujours, des faits pour les siècles des siècles si l'on regarde la peinture de Ronan Barrot.

Dans la proximité des villes, existent des décharges, ventres insatiables et digestifs du surplus, des rebuts. Et dans ces dunes de débris et de déjections, ces déploiements d'ordures, partout à travers le monde, depuis des décennies, vit une population de miséreux. Goûts contre dégoûts, hygiénophobie contre scandaleuses puanteurs, les incinérateurs se multiplient. La pauvre économie tenace de la survie sur fond de détritus est éradiquée, elle ne coïncide pas avec les modèles de civilisation de l'élite.

Attention, danger ! Vik Muniz nous avertit. Une décharge qui ferme c'est 4000 personnes privées de leur moyens de subsistance. Il faut du courage pour se faire le défenseur de ces chiffonniers du XXIème siècle et de leurs territoires. A moins que le pragmatisme ne guide une opinion selon laquelle hommes, femmes et enfants des déchets, privés de leur "décharge" sont conduits vers l'égout. Celui "d'où s'échappe chaque matin, et où revient croupir chaque nuit ce ruisseau de vices, de mendicité et de vagabondage toujours débordé dans les rues des capitales" (V. Hugo).

Des artistes plongent leur regard dans ces cloaques que nous ne souhaitons pas voir vraiment. Depuis quinze ans, Leonardo Drew s'en est inspiré pour des installations et des sculptures métaphoriques sur la nature cyclique de l'existence. Ses œuvres construites à partir de détritus sont chargées d'émotion et décrivent un chemin vers l'éveil et les nouveaux commencements. Il est urgent d'ouvrir les yeux et d'appliquer un nouveau manifeste pour la dignité humaine.

Si cela ne vous concerne pas, rendez-vous à La Force de l'art, au Grand Palais, le monde y est représenté dans sa forme, la plus lunaire, immaculée, aseptisée. La version artistique 2009 de la politique clinique qui tient les microbes et la saleté à distance.

Catherine Plassart


(1) Vik Muniz, (2) Leonardo Drew , (3) Pierre Jouve, (4) Ronan Barrot


voir aussi  : La Feuillée du 20 avril 2009

 Catherine Plassart 

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Jeudi 16 avril 2009






Edito : Star, Art and Co.

Et voilà c'est parti ! Charles Saatchi, ex-magnat de la pub et pape incontesté de l'art contemporain annonce le lancement, en association avec la BBC, d'une sorte de « Star ac des jeunes artistes » à l'automne. Une centaine d'artistes seront sélectionnés. Dès la seconde émission, ils ne seront plus que cinquante. A la troisième, Charles Saatchi choisira lui-même les six élus qui auront droit à trois mois d'enseignement filmé avec des stars de l'art comme professeurs. Une manière inédite de recruter les talents de demain. Toutefois, il n'y aura qu'un gagnant, celui-ci exposera ses oeuvres à la prestigieuse Saatchi Gallery sur King's Road à Londres.

Doit-on s'attendre au pire ou aura-t-on le meilleur ? La méthode est désopilante qui spectacularise l'apprentissage et la recherche. Toutefois, il n'y a pas d'artistes sans moyens donc sans mécènes et sans sponsors. De plus les productions artistiques, dans ce cas de figure ne seront pas soumises à un jury populaire qui vote sempiternellement pour l'identique, le conforme, le connu. Finalement, il n'y a sans doute pas de quoi s'alarmer. Si Saatchi et son équipe n'oublient pas leur profit, ils vont probablement faire oeuvre pédagogique, non seulement vis à vis des courageux participants au réality show mais aussi vis à vis d'un public plus large qui a besoin d'être enseigné et réclame de comprendre.

Catherine Plassart


photo : (1) "Mickey him",(détails) portrait de Charles Saatchi par l'artiste canadien Robert Gordon Mcharg III, représenté par la galerie Subway à Londres, extrait du livre "Him book", qui lui est consacré. - Photo : ROBERT GORDON MCHARG III FRSA www.subwaygallery.com



voir aussi : La Feuillée du 16/04/09




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Jeudi 2 avril 2009





Edito : Demain à Johannesburg.

Les salons et autres foires toujours nombreux au printemps attirent dans le contexte financier actuel davantage les investisseurs que les amateurs. L'offre des galeries exposantes est en conséquence, conçue pour les premiers sans plus tenir compte des seconds.

En Afrique du Sud, il en va différemment. La Joburg Art Fair qui s'installe pour la deuxième année consécutive au Centre de Convention Sandton de Johannesburg du 3 au 5 avril suit un parcours inverse. Elle promet d'être en 2009 un événement plus divers et populaire que pour la première édition et a l'ambition d'attirer non seulement des collectionneurs sérieux mais aussi des amateurs et des curieux.

En plus des 26 galeries pour la plupart installées à Johannesburg qui vont présenter et défendre les oeuvres de leurs artistes, la Joburg Art fair a osé un mélange hybride d'art et de design, réservant à celui-ci une très large place. L'ambition est de mieux présenter la culture visuelle contemporaine du continent.

Par ailleurs, la Joburg Art fair avance plusieurs propositions. Tumelo Mosaka pour le Brooklyn Museum de New York est le commissaire d'une sélection de films sur les pays du Global South. Culturesfrance, l'établissement français responsable des échanges culturels internationaux, trouve dans la foire de Johannesburg l'occasion d'offrir "The Encounters of Bamako" (ICI), une exposition des photographes africains soutenus par l'institution suite aux rencontres photographiques de Bamako. Durant les trois jours du salon, sont également programmées dans un lieu architecturé spécialement conçu pour l'occasion, des entrevues avec les artistes. Elles sont motivées par le besoin de réévaluer des pratiques expérimentales initiées depuis les années 60 jusqu'à aujourd'hui en Afrique du Sud. Mais le véritable temps fort est SECURITY (ICI), l'installation de Jane Alexandre.

Dans la vie publique d'Afrique du Sud, la première Joburg était une grande bouffée d'air frais qui dispersait les cendres d'une sombre période de l'histoire entachée de crime et de xénophobie. Le pays en cette période d'effondrement économique ne feint pas d'ignorer la réalité mais ne veut pas non plus la subir. L'art avec son pouvoir de catharsis, sa capacité de donner une forme aux utopies est à Johannesburg, le levier d'une qualité d'optimisme et d'enthousiasme mêlés.

Catherine Plassart


photos : (1) Sergio Santimano, (2) Etiyé Dimma Poulsen, (3) Jane Alexander




voir aussi :
La Feuillée du 02/04/09



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