"Petits théâtres de la mémoire"
Les boites de Marc Giai-Miniet
du 22 juin au 20 septembre 2009
Archives Départementales de la Charente-Maritime (17)
"L'Atelier du gouverneur" 4 x 77 x 122 cm
Boites et Archives.
Gardiens de la mémoire, les services d’ Archives collectent et conservent des documents, sources de l’histoire des hommes et des sociétés. Ils contribuent également à les faire connaître en
organisant leur consultation en salle de lecture, en accueillant des scolaires, en les présentant dans des expositions et des publications ou lors de conférences. Marc Giai-Miniet dont les «
boites » sont des « théâtres de mémoire » offre une vision spectaculaire du monde des archives, et joue lui aussi un rôle de « passeur » de mémoire. Après les Archives
départementales du Rhône et les Archives départementales des Yvelines en 2008, les Archives départementales de la Charente-Maritime reçoivent durant l'été 2009 à La Rochelle, les oeuvres de
Marc Giai-Miniet.
Les « boites » de Giai-Miniet sont des montages dans lesquels les immeubles sont montrés en coupe. On peut voir la superposition des étages, les intérieurs de pièces qui conservent la trace
des activités réelles ou fantasmées « de chef, de préfet ou de gouverneur... » mais aussi celles anciennes et quotidiennes des travailleurs de l'ombre. Laboratoires, salles de
stockage, d'attente ou d'interrogatoires, cellules, escaliers, coursives, fours, égouts… , les espaces inhabités de Giai-Miniet sont publics. De la cave au grenier, la lumière augmente.
Faible et étirée en bas, elle inonde le dernier étage occupé le plus souvent par la bibliothèque. Cette dernière profuse et encombrée comporte autant de dépôts d'archives que de livres.
Giai-Miniet (1946 -) se fait emboîteur dans les années
1992-93. Il figure d'abord dans ses théâtres des personnages qui bientôt disparaissent au profit de livres et de bibliothèques entières. "Je comprenais que les livres
brûlés, ainsi figurés, étaient la métaphore douloureuse de la vie des hommes, à la fois esprit et matière et voués inexorablement à leur destin. Car non seulement les livres peuvent être brûlés
mais parfois aussi, par la connaissance transmise, ils nous "brûlent", nous métamorphosent, nous accompagnent ou nous égarent… dans une vision devenue "existentiale".
Pas d'exaltation de la bibliothèque, pas de panégyrique du livre non plus mais une interrogation angoissée sur le sens de l'existence humaine à travers la valeur symbolique des ouvrages de
l'esprit et leur accumulation. Prenant au pied de la lettre l'expression "c'est une mine" qui qualifie des lieux de ressources, Giai-Minet monte une "boite" La Mine
(photo ci-contre) remplie de rayonnages et d'échelles devant lesquels sont stationnés des wagonnets et posés des échafaudages. Le télescopage dans cette oeuvre de deux univers
antagonistes, la bibliothèque et le fond de la mine, annonce le "ballet du décervelage", en mettant en scène le cheminement "de la blancheur des livres aux noirs égouts",
"un va-et-vient constant entre les deux pôles majeurs de l'Homme : la bestialité et la transcendance, la fragilité humaine et la divinité inaccessible."
Giai-Minet a-t-il lu Le Mineur de Natsume Sôseki, ce roman qui n'en est pas un, écrit en 1907 ? L'écrivain japonais met en scène un jeune homme qui n'a commis aucun
crime mais qui pourtant estime ne plus avoir sa place dans la société et devoir se retirer du monde. La parenté entre l'auteur et l'artiste ne tient pas seulement au sujet mais aussi à
la philosophie qu'il soutend. Quand Sôseki décrit la non-existence du "moi" d'un jeune homme qui par la vie de la mine va connaître la déchéance rédemptrice, Giai-Minet
interroge la pensée, sa faible cohérence, ses servitudes mais aussi ses élans, et ses bonheurs.
Fragilité du progrès en tout, les "gouffres péremptoires" s'opposent à "la vision de bonheurs possibles". Puits de connaissance et puits de mine , sources
et ressources, parallèles et paradoxes, l'artiste joue avec gravité. Ici, le superflu et le nécessaire, le futile et le fondamental ont un fond commun,
sont contenus dans une même forme, non pas la "boite", celle-ci n'est qu'un théâtre, mais l'esprit sans intrigue qui se cherche et qui se trouve.
Catherine Plassart
Informations pratiques :
Archives Départementales de la Charente-Maritime35 rue François-de-Vaux-de-Foletier
17000 La Rochelle
entrée libre du lundi au vendredi de 9h à 17h 30


