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Vendredi 9 mai 2008

Franchir le seuil.

Le premier alibi de James Coignard, peintre, vertigineux dans son  exigence, est la vertu de réciprocité : donner pour recevoir. Son oeuvre à première vue impénétrable dépasse la polarité de la bonne  ou la mauvaise peinture. Mue par l'amour (une rencontre, la  passion...) elle va bien au-delà du trivial et frôle le sublîme.


Peinture allégée et jamais prosaïque, parfois terreuse et massive,  d'autres fois comme subjuguée par le désir d'infini. Coignard n'a  jamais été vaincu et sa guerre fut une victoire sur les ambiguïtés  insolentes du principe d'identité. Pour nous ses axiomes sont moraux :
- Qu'en est-il de l'homme, cet être pensant et mortel ?
Ou encore :
- Mort et immortalité comme éternels problèmes de l'art, hors du temps  et d'autant plus internes que l'homme-artiste vieillit.


On reconnaît une oeuvre de Coignard à son mystère en zigzag. Une  plénitude du trait noir en forme de figure humaine, une tache rouge,  une flèche dirigée vers un  chiffre "8", des nappes bleues et  blanches. L'amour dans son élan, auquel succombe fatalement l'artiste  vivant, jamais sur la défensive, même s'il s'efforce parfois de 
réduire ses prétentions.


L'âge a cependant eu le dernier mot sur James Coignard. La dernière  fois qu'il a peint, c'était comme la première fois encore...dans  l'éternité. Ses têtes de plus en plus extatiques approchent la limite  du silence. Sur le point de s'évader dans un ultime tour de force le  peintre est mort en accostant sur le rivage en un éclair foudroyant.  Au-delà confondus : l'espérance et le coeur qui bat une dernière fois.

Pierre Givodan



James Coignard artiste peintre de renommée internationale, né le 15 septembre 1925 à Tours, est décédé à l'âge de 82 ans le vendredi 7 mars à Mougins, France.

 

Pierre Givodan - contact@pierregivodan.com

Chroniques intempestives

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Vendredi 2 mai 2008

Pour une écologie de l'esprit.


Aimer l'autre ou s'en désinteresser. Renoncer à être "le" centre de  référence et à se vautrer en soi et trouver la solution logique pour  échapper à l'enfermement. Tels sont les présupposés et principes de la  posture ethnologique.


Déjà vieille dame du 19ème siècle cette science faite art, à la mesure  des paradoxes de l'esprit humain possède un digne fils spirituel en la  personne de Claude Levi-Strauss, lequel fête aujourd'hui ses cent ans  et se voit honoré d'une publication d'une partie de ses oeuvres sur  papier Bible dans la collection de La Pléiade aux éditions Gallimard.


Nous dispenser de l'option sans issue du "progrès" de l'Histoire, de  l'Esprit, de l'Art, de la Religion, des rapports Hommes-Femmes etc. Tel  est à nos yeux la première victoire théorique et pratique de  Levi-Strauss. Nous sauver de l'optimisme, de la moyenne, de l'infini et des problèmes  insolubles, du normatif poussé au maximum, voilà son héroïsme loin des  extrêmes. Tôt ou tard la vie mettra à nu notre fragilité foncière,les hommes ne  pourront plus vivre ensemble et séparés et les pactes fondés sur la  tricherie et le leurre s'effondreront. A commencer par  celui, cartésien, d'un humain conçu "comme maître et possesseur de la  nature" ( la sienne et ensuite l'autre : végétale et animale en voie  de disparition ).


Penser le paradoxe trans-planétaire d'un amour de la vie plus fort que  la mort des espèces, compliqué par des rapports tressés dans les  structures de l'être en général. Sans commencement ni fin,  sans  dernière fois, puisque "l'homo faber" est décidemment double ou  triple, puisque l'amour pour autrui n'admet aucune hypocrisie. La stratégie du "s'éloigner pour mieux se rapprocher", la grille du  passage par les voies de la communication, la parole donnée aux  chasseurs d'oiseaux exotiques. L'anti-minimum tolérable.


J'ai découvert Lévi-Strauss comme beaucoup de fous d'Ailleurs à seize  ans en feuilletant "Tristes Tropiques".J'ai repris le livre à trente  ans et l'ai parcouru de nouveaux à quarante-cinq."Race et Histoire  étudié 8 ans en classe pour "démonter" le racisme culturel avec des  élèves de Terminale , La pensée sauvage pour son présupposé général...Tant que l'on disserte sur les extrêmes et les crises déchirantes  comme celle issue de la découverte de l'Amérique sans en mesurer tous  les effets actuels on invite à des médecines pauvres. Lévi-Strauss se  situe dans les périodes longues. Chaque fois que des volontés militantes plaident pour la charité avec  tous les élans de la spontanéïté innocente Lévi-Strauss nous aide à en  discerner la pensée impalpable.


Car il n'y a pas de hasard mais un bien et un mal nécessaires. Et notre chance consiste dans la conscience d'une harmonie permanente  à sauvegarder au delà de nos intérêts personnels. Lire aujourd'hui l'histoire d'une oeuvre salutaire pour conserver son  être-propre. Et se dessiller les yeux.


PG

"Oeuvres", par Claude Lévi-Strauss, édition établie par Vincent  Debaene, Frédéric Keck, Marie Mauzé et Martin Rueff, Pléiade, 2128  pages,71 euros (64 euros jusqu'au 31 août 2008).

 

 


Pierre Givodan - contact@pierregivodan.com

Chroniques intempestives

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Mercredi 5 mars 2008

 

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Atlan

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Henri Michaux



Deux francophones toujours à l’avant-garde.


C’est précisément cela que l’on appelle la liberté. Il n’y a jamais  eu de communauté de peintres. On ne devient pas ainsi soi-même en  art. Mais ils ont tous les deux critiqués la modernité. C’est en quoi  ils furent politiques, par instinct et volonté. Hors des  institutions. Par solidarité de génération ils firent l’éloge de l’infini dans le mouvement : la danse pour l’un, la transe «  mescalinienne » pour l’autre. Et face au particularisme français ils affichèrent la nervosité africaine pour Atlan le « pied-noir » de  Constantine et l’Orient perdu à rebours de l’histoire pour le «  barbare en Asie » que fut aussi Michaux.


Ils ont grandi très vite de façon presque irresponsable, ce qui a  fait qu’on a pu parfois  les mépriser, repousser dans les marges des  courants dominants, voire les détester. Loin de l’autorité et des  servitudes ils ont pris le parti de la sécession. Exclusivement  centrés sur la souplesse des formes pour Atlan, les accents  passionnels et l’irrationalité du trait chez Michaux ils ont assumé  chacun pourtant ce que Nietzsche appelait une « idiosyncrasie ». Une  façon de dominer un contexte aussi à partir d’une possession de soi,  influente, puissante et garante de leur postérité respective. Rien  n’a été perdu de ces perspectives, ni aboli depuis.

PG

Pierre Givodan - contact@pierregivodan.com

Chroniques intempestives





« Atlan, peintures »,  jusqu’au 22 mars 2008 galerie Jacques Elbaz ,1, rue d’Alger, 75001 Paris, 01 40 20 98 07 .

"Henri Michaux, oeuvres choisies" s'est terminée le 1er mars à la Galerie Thessa Herold - 7 rue de Thorigny - 75003 Paris
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