Chroniques



Chroniques intempestives et subjectives à propos de l'art
de Pierre Givodan

Cet essai est un ensemble de méditations et de considérations sur l'art contemporain illustré par un choix de chroniques (art visuel, littérature, musique) parues entre 2005 et 2008 dans le Web Magazine Art Point France Info.


L'ouvrage est disponible en librairie au prix de 17€ ou sur le site des éditions Complicités

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Samedi 30 mai 2009

 
Appel de Florence
Pour un enseignement européen de l'histoire de l'art


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A l'occasion du colloque de Florence sur la didactique de l'histoire de l'art qui s'est tenu en vendredi et samedi 22-23 mai 2009, il a été décidé de lancer un "appel de Florence" pour sensibiliser les élites politiques, les futurs députés européens et l'opinion publique sur l'importance d'un enseignement d'histoire de l'art dans tous les pays de l'Europe, de l'école au lycée, pour mieux former les futurs citoyens européens.
Cet "appel de Florence" est mis en ligne dans différents pays de l'Union européenne pour lui assurer une large publicité et diffusion.
L'APAHAU, (Association des professeurs en Archéologie et Histoire de l'art des Universités) est une association loi 1901. Elle a pour but de créer un lien entre les enseignants-chercheurs en Archéologie et Histoire de l'Art des établissements de l’enseignement supérieur, de favoriser le développement des études dans ces domaines et d’aider à la diffusion des résultats de la recherche en France et à l’étranger. Elle publie une revue Histoire de l'art.

APPEL DE FLORENCE

Un geste fort pour l’Europe : un enseignement de l’histoire de l’art dans tous les pays de l’Union.


Chaque année, des millions de membres de l’Union européenne, ceux-là-mêmes qui sont invités à voter le 7 juin, profitent du principe de libre circulation pour découvrir les paysages, les musées, les traces du passé et les œuvres d’art contemporain de leurs voisins européens. Comment faire de ce formidable mouvement, de ces multiples découvertes, en un capital européen, en une ressource pour l’édification de l’Europe ? En transformant, par un enseignement d’histoire de l’art à l’école, ce qui relève de la consommation en un processus d’acculturation, de prise de conscience d’un patrimoine commun, d’appropriation d’une histoire artistique vécue sous le signe de l’échange, depuis des millénaires, de Ségovie à Cracovie, d’Athènes à Édinbourg ou Copenhague, de Florence à Munich et à Budapest.

Donner une dimension européenne à un tel enseignement d’histoire de l’art, qui n’existe à ce jour que dans quelques pays, l’instituer dans tous les pays d’Europe, ce serait, en associant les futurs citoyens d’Europe à leur propre histoire, donner un remarquable élan à une Europe de la culture.

Alors que l’histoire de l’Europe a été faite pendant longtemps de conflits qui opposaient des peuples, de traités qui ont divisé arbitrairement un territoire, de langues imposées injustement, de dominations culturelles, alors que le fonctionnement de l’Union est vécu comme quelque chose de compliqué et de lointain, l’histoire des formes artistiques constitue pour l’Europe un continuel processus d’échanges, d’enrichissements mutuels à tout niveau de la création dans un espace commun, du modeste maçon de village (qui met en œuvre des savoirs et des références architecturales venant de différents pays), à Léonard de Vinci, Picasso et Ingmar Bergman. Ainsi, par l’apport des « Barbares », Rome put revivifier l’héritage artistique de la civilisation grecque ; dans l’Espagne des Omeyades se réalisa une brillante synthèse entre les cultures arabes et européennes, notamment dans l’architecture ; avant le premier conflit mondial, l’Art nouveau (également appelé selon les pays Jugendstil, Stile Liberty, Modern Style ou Modernismo) réunit, en dépit des tensions nationales et linguistiques, une communauté européenne des arts.

Instituer un enseignement d’histoire de l’art à l’école dans tous les pays de l’Union permettrait à tous ses habitants de comprendre l’esprit de communauté artistique qui unit l’Europe depuis plus de trois millénaires. Les œuvres d’art, de la mosquée de Cordoue aux photos des châteaux d’eaux des Becher, étudiées dans leur dimension historique, sont la meilleure introduction aux religions, aux mouvement d’idées et aux civilisations qui ont forgé l’histoire du continent , et à la place artistique que peut tenir l’Europe dans la civilisation globale actuelle, alors que les formes artistiques empruntent de nouvelles voies et que les échanges s’accélèrent et se multiplient.

Le langage des images, très présent dans les expressions les plus contemporaines, est commun à tous les citoyens de l’Union. Dans les 27 pays de l’Union, une formation d’au moins une heure hebdomadaire en histoire de l’art serait pour chaque jeune européen un moment précieux de rencontre avec la richesse artistique de sa cité, de son pays, de l’Europe, une incitation à la mobilité et à la découverte au sein du continent, d’intégration culturelle européenne dans le respect de l’histoire.. Du patrimoine industriel aux traditionnels beaux-arts, des vestiges archéologiques aux créations les plus contemporaines, cet enseignement serait naturellement ouvert : ouvert à toutes les composantes et populations qui forment l’Europe actuellement, et apte ainsi à mettre en confrontation les objets de la civilisation européenne avec les cultures du monde ; ouvert à l’avenir, en intégrant pleinement la création vivante.

Un enseignement d’histoire de l’art, de l’école au lycée, dans tous les pays de l’Europe, est un geste que l’Union doit faire pour l’Europe, ses générations futures, la conscience de son avenir.


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Olivier BONFAIT (Président de l'APAHAU),
Eric de CHASSEY (Professeur d'Université, membre de l'IUF),
Marc FUMAROLI de l'Académie Française (Professeur honoraire au Collège de France),
Sylvie RAMOND (Directrice du Musée des Beaux-Arts de Lyon),
Pierre ROSENBERG de l'Académie Française (Directeur général honoraire du Musée du Louvre),
Alain SCHNAPP (Professeur d'Université, ancien Directeur général de l'INHA),
Pierre SOULAGES (Artiste)

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pétition réalisée avec le logiciel libre phpPetitions

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Vendredi 24 avril 2009

du 29 mai au 7 juin 2009


en Ile-de-France



 Fête populaire du Numérique

Futur en Seine met en scène les nouvelles technologies en Ile-de-France. De nombreuses manifestations publiques permettront à chacun de voir, de toucher et d'essayer les technologies du futur et de découvrir la place déterminante qu'elles occuperont dans l'avenir de notre société.


15 prototypes innovants seront offerts au regard du public qui pourra parcourir parailleurs 50 expositions, assister à 10 performances audiovisuelles et multimédias, participer à 30 colloques et conférences et écouter 100 intervenants nationaux et internationaux.


40 lieux répartis à travers l'Ile-de-France sont concernés. La place de la Bastille à Paris , rebaptisée pour l'occasion la WikiPlaza accueillera une architecture temporaire qui sera le centre névralgique de ce vaste déploiement d'événements.



Pour en savoir plus, une seule adresse : www.futur-en-seine.org


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Samedi 21 mars 2009


        
Des individus sans scrupules envahissent de leurs productions indécentes les allées de l'art,  avec pour seul but,  via une sur-médiatisation, de  participer à son marché juteux. Mais il est encore temps de dénoncer l''inflation et la généralisation de la mentalité artistique-cynique.   Le philosophe nous aide car il est en mesure de révéler le lieu-commun, le convenu, la déviance. Pas facile pourtant d'aborder  en ce début de XXIe siècle , les questions sous l'angle de la morale ! Une réappropriation des notions de bien et de mal passe par  une défense et  illustration des valeurs de limite et d'interdit, or celles-ci ont été largement ébranlées et à juste titre en plus, par la modernité.

Nous vous proposons  dans son intégralité la réflexion critique au sujet des vidéos  "artistiques" d'Adel Abdessemed, de François Noudelmann  qui coordonne avec  Eric Aeschimann,  
24 heures Philo, un blog réunissant les regards de philosophes français et étrangers sur l'actualité.
C.P.

 L'art au marteau : un coup de massue pour les animaux
Par François Noudelmann

Très chic, l'exposition italienne à la Fondation Sandretto Re Rebaudengo de vidéos artistiques montrant des animaux (cheval, chèvre, faon…) attachés et massacrés à coup de marteau. Très chic, la présentation d'Adel Abdessemed, le "mauvais garçon" d'avenir: jeune, venu d'Algérie, soucieux des questions éthiques… adoubé par les institutions. Le critique du Monde, Harry Bellet, rappelle que les Grenoblois, en 2008,  ont déjà vu ces bêtes se faire "estourbir", sans que cela provoquât le moindre tollé. L'exposition fut pourtant annulée en Californie et en Écosse où "l'éthique" du spectacle a paru très douteuse .

Dans ce type d'exposition se reconnaît la fabrication du scandale, la collusion des bons sentiments et du voyeurisme bon marché. Car filmer ces meurtres sauvages, nous dit le Discours estampillé art, a pour but de dénoncer la violence du monde. Le Discours va même jusqu'à flatter la conscience de gauche puisque, expliquait déjà le programme du Magasin à Grenoble, "le marteau, est emprunté à la symbolique du pouvoir oublié d’une classe ouvrière disparue dans le même temps que l’idéologie qui prétendait la servir." Il nous manque un Flaubert aujourd'hui pour dresser le nouveau Dictionnaire des idées reçues. On demande l'article "marteau"!

L'histoire de l'art est faite de provocations fécondes. Mais la provocation "morale" est un genre moins esthétique que social et ses ressorts ne se limitent pas à la transgression des codes. Très souvent l'immoral n'est que l'envers de la morale : la défense de meilleures valeurs s'y cache sous couvert d'anticonformisme. La provocation morale en art recèle trop souvent la moraline. Et surtout elle se contente du premier degré de la réaction, recherchant la "bonne mauvaise conscience" des choqués.

Si l'artiste avait eu un peu de courage, il serait allé dans les abattoirs, il aurait forcé les lieux interdits au public et aux caméras. Mais non, prudent, il est allé au Mexique où la loi autorise l'abattage à demeure, ce qui permet au filmeur d'échapper à tout procès. Un artiste, à ce compte-là, pourra exhiber dans les musées européens l'excision d'une petite fille en Afrique de l'Est, pour le plaisir et l'effroi du spectateur occidental. Certes l'art contemporain, après des décennies d'abstraction et d'intellectualité, a réinvesti le pathos. Mais l'affect a des complexités, des subtilités qu'ignore ce rapport immédiat à la chose.

Le piège de telles provocations médiatiques entraîne les réprobateurs dans la promotion calculée du provocateur. On devrait ignorer ce coup de marteau filmé sur la tête des animaux, qui n'a d'autres fins que celui du commissaire-priseur faisant monter les enchères de "l'enfant-terrible-de-l'art-contemporain" (déjà acheté par François Pinault). Mais la maltraitance des animaux est devenue un créneau pour certains artistes. Ignorant sans doute les précédents de l'actionnisme viennois, et les sacrifices de l'autrichien Hermann Nitsch, des artistes se font aujourd'hui une renommée grâce à des performances cruelles avec des animaux. Ainsi de Marco Evaristti qui installa dans un musée danois des mixeurs contenant des poissons rouges, incitant les visiteurs à appuyer sur "le bouton de la mort".

Cette violence est humaine, arguera-t-on facilement, elle se canalise sur des animaux et se retournerait aisément sur des humains si l'on pouvait aussi les mixer. Sade a su explorer, montrer cette imagination meurtrière au cœur de la nature humaine. Pour autant il dénonçait la peine de mort et déniait aux institutions, organes de la raison, le droit de tuer. Rien de sadien, donc, dans ces vidéos et ce voyeurisme moral à bon compte. "Au plus près de la mort", écrivait Guibert à propos de ces photographes avides de capter la seconde où cesse la vie.

Le spectacle de la peine de mort donnait autrefois de telles émotions. Le généreux Camus croyait favoriser son abolition en obligeant les défenseurs de la guillotine à assister à cette abomination. Le moraliste ignorait qu'elle attire les foules et il fallait un psychanalyste tel que Lacan pour observer qu'un meurtre commis par un individu lève un interdit et appelle une répétition. Il expliquait ainsi que le crime des sœurs Papin, accompagné de cruautés, avait suscité une forte émotion collective moins par son horreur que par le déclenchement d'un désir de mort partagé par tous et incarné par l'institution judiciaire.

L'art s'inscrirait-t-il dans une telle pulsion de meurtre en esthétisant la cruauté? Avec l'alibi de la catharsis, de la purgation des passions? La défense de la corrida par certains intellectuels français, pourtant étrangers à cette tradition spectaculaire, prend les habits d'une telle rhétorique. Mais sans se voiler sous la cape de l'esthétique, ce sont des spectateurs de plus en plus nombreux qui réclament aujourd'hui des violences au plus près de la mort. Dans l'esprit de Rollerball Murder, des rings ou des cages se montent où tous les coups sont permis. Peut-être verra-t-on un jour le retour des beaux combats de gladiateurs. La cruauté a de l'avenir…

J'oubliais un détail : l'exposition d'Adel Abdessemed a lieu à Turin. Dans cette ville, en 1889, un philosophe-artiste fut pris de convulsions à la vue d'un cheval qu'on battait. Il se précipita en pleurs à son col puis tomba, et sombra dans la folie jusqu'à la fin de ses jours, gardant seulement l'habitude de jouer de la musique. Nietzsche se présentait comme un "philosophe au marteau". Assurément il préférait celui du piano à la massue des abattoirs, fût-elle artistique.





François Noudelmann philosophe et professeur d'université. Il anime depuis 2002 l'émission hebdomadaire Les Vendredis de la philosophie sur France Culture. Il a dirigé le Collège international de philosophie de 2001 à 2004. Il enseigne à l'Université Paris VIII, et régulièrement aux États-Unis à State University of New York et Johns Hopkins University.


Voir aussi : le blog : 24 heures Philo

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