Samedi 4 février 2012 6 04 /02 /Fév /2012 15:42

 

Natasha Krenbol

Du dérisoire à la gravité. Natasha Krenbol

par Jean-Paul Gavard-Perret

 

Les créatures de Natasha Krenbol semblent détachées du monde : graffitées et maculées elles traversent les cultures pour retourner à une sorte de force première, primitive qui évite à l’art de tourner bien huilé sur ses gonds. Silhouettes d’hommes et d’animaux entrent dans un étrange ballet faussement sommaire. Par la convergence, la mixité du bestial et de l’humain l’artiste devient la plus étrange des derviches « tourneuses » . Ses figures tutélaires se confrontent à la trace brûlante d’un  graphisme iconoclaste.

 

Vénéneuse (l’inverse d’une venimeuse)  Natasha Krenbol  pardonne aux dieux parce qu’ils ont été inventé par le narcissisme des hommes (et ce n’est pas là  le moindre de leurs péchés) : et c’est bien ces derniers qu’elle met en charpie. Elle n’a pas besoin de blasphémer (sinon de manière très subtile) ni de caresser la gaudriole. Ses œuvres zébrées disent tout.  Déboulonnant  le sacré elle lui donne par son langage une assise plus authentique et charnelle. Et ce de manière abrupte en rejetant tout ce qui se pique d'ésotérisme culturel. C'est déjà un bon moyen de montrer les tyrannies perverses  de croyances artistiques.

 

Créer reste pour elle une fabrique. Elle n’exclut pas une forme de rationalité particulière. Au chiffrage initiatique elle préfère un langage qui fend  la raison et se rapproche d’une sorte  de magie  qui dépasse la religion dans sa logique. Si elle transcende le bas ce n’est pas pour l’envoyer vers d’improbables cieux. Toutefois Natasha Krenbol ne cherche ni à prouver ni à démontrer (ce qui ferait la part belle à tous les penseurs ou branleurs de concepts et de "mystères"). Elle sait que trop de plasticiens ne forgent  qu'une métaphysique de vaisselle dont ils n'astiquent que les cuivres.

 

En effet les réelles chimies et alchimies de l’art  répondent à d'autres critères Et une telle oeuvre  revient non à créer pour détruire mais détruire pour créer. Fruits tangibles de l’expérience de la chair et de son souffle carné, les silhouettes graffitées ouvrent le vivant à une autre densité et prouvent que l’art doit rester l’Initiation terrestre face aux ignominiques faux-semblants qui maculent par dégradation le vrai sens du réel.  S’il fut un temps où les stylistes - ces anachorètes ayant fait voeu de passer leur vie et méditer au sommet d'une colonne - semblaient semer les images arrivées du ciel mais pour n'ensemencer qu'un désert, l’artiste à l’inverse les fait surgir du « growl » des terres arides.

Natasha Krenbol

Pour autant son approche n’appartient pas à un art pauvre. Ou alors il faut entendre par l’adjectif « pauvre  » une conscience aiguë de l’art redevenu incision première. Son objet est une empreinte. Elle n’essaye pas de représenter le monde sous forme de vestige mais en un état naissant afin de produire une connaissance aussi intime que distanciée par rapport aux définitions habituelles de la représentation.

 

Natasha Krenbol crée donc une étonnante force d’imprégnation et de déstabilisation des images.  Sa poésie devient peau, peau limite, poche, diversion, immersion, immixtion, capables de donner au monde de nouveaux tatouages. Grâce à lui se dévore  le jour qui nous dévore et nous crache de l’autre côté du monde. En contemplant une telle œuvre  il faut penser  les images non en termes de développement photographique mais de développement algébrique. L’artiste met au jour une série d’équations nouvelles les différents termes qu’elles renferment. On peut aussi parler de  développement  géométrique. Celui-ci permet de visualiser des surfaces et des rapports inconnu de la réalité et de son opacité sous l’effet d’une dérision qui vient tout ébranler.

 

 

 

 

Natasha Krenbol

 

 

 

Natasha Krenbol

 

 

Natasha Krenbol

 

 

 

 

(1) Urban bushman 83 x 44 cm, (2) Tribute to Monk 42 x 43 cm, (3) Black ballad 25 x 30 cm , (4) Black Ballad 29 x 36 cm , (5)  Summertime 18 x 26 cm. 

 

Exposition Natasha Krenbol du 3 février au 18 mars 2012

Musée de la Création Franche

58 Av. Mal de Lattre de Tassigny à Bègles

 

Par Art Point France - Publié dans : Sur et hors de la toile : J.-P. Gavard Perret - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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