Lundi 12 octobre 2009 1 12 /10 /Oct /2009 12:11

Linda de Messey
Ou le désir d’objet




Linda de Messey


« Sans l’X le monde serait condamné à garder pour toujours
L’aspect démoralisant de la société actuelle.
 »
Ghérasim Luca

Ne gardant du Pop art que son insouciante légèreté, Linda de Messey appartient à cette lignée d’artistes qui, à la suite du génialissime Takashi Murakami, tente de réenchanter l’imaginaire de nos sociétés post-modernes, en faisant de l’observation de ses objets manufacturés, le point de départ d’un nouvel impressionnisme.

Par Frédéric-Charles Baitinger

A mi chemin entre abstraction et figuration, son œuvre nous invite à repenser l’idée même de nature, et avec elle, celle de peinture « sur motif ». Car, à n’en pas douter, en substituant  aux teintes pastelles du peintre de Giverny les miroitements acidulés d’une pluie de bonbons et de fleurs synthétiques, Linda de Messey ne nous offre pas seulement une vision sublimée de la technique, mais place sous le microscope de sa fantaisie, l’idée même que nous nous faisons du monde.

Opposant au culte que nous vouons généralement aux images violentes ou pornographiques, la candeur naïve de ses compositions colorées, ce qui prime dans ces œuvres n’est ni le sujet, ni la manière de peindre, mais ce qui en émane : un sentiment d’étouffement et d’excès. En ne laissant que rarement respirer ses toiles, Linda de Messey sature volontairement notre champ perceptif, comme si, de cette prolifération désordonnée de formes, devait jaillir la vérité nue de notre rapport au monde.

Doubles parodiques d’une nature intégralement cultivée, les nymphéas de stuc qui nous sont ici montrés, ne cherchent ni à nous plonger au cœur de la beauté éphémère du monde, ni à nous dévoiler les caprices de la lumière, mais bien à nous mettre sous les yeux le fourmillement de tous les objets « sucrés » qui notre société de consommation produit en vue de satisfaire le moindre de nos désirs. Bonbons, gâteaux, fleurs, peluches : autant d’objets de substitutions pour nos atermoiements affectifs.

A l’instar des réflexions psychanalytiques sur le caractère polymorphe de nos désirs, Linda de Messey nous entraîne au cœur d’un monde où la forme des objets s’indifférencie à mesure que nous les investissons de nos propres manques. Voilà pourquoi, nous semble-t-il, ce qui prime dans cet océan de friandises, c’est la ressemblance insigne de tous les objets qui le compose. Tantôt ronds, tantôt ovales, c’est d’abord l’absence d’angle qui les caractérise, et qui fait de leur accumulation même, une masse sans identité stable.

Infléchissant ainsi l’impressionnisme du côté du sujet, et non plus du monde, son œuvre ne nous dit pas autre chose que cette phrase, tout autant énigmatique que précise, du poète roumain Ghérasim Luca : « les objets, ces pierres philosophales qui découvrent, transforment, hallucinent, communiquent notre hurlement, ces hurlements de pierre qui brisent les flots et par lesquels passe l’arc-en-ciel (…) ; non, tant que le désir persiste on ne meurt pas. » 





Linda de Messey





Linda de Messey




Photos : (1) Green kiss,(2) Douceurs, (3) A partir d'ici

Le silence qui parle Les nouvelles chroniques de Frédéric-Charles Baitinger fredericcharlesb@hotmail.com

Par Art Point France - Publié dans : Le silence qui parle : Frédéric-Charles Baitinger - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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