Partager l'article ! La Feuillée du 10 décembre 2009: "Fous" de l'art. Plus qu'un clin d'oeil à l'actualité, cet édito est un ...
"Fous" de l'art.
Plus qu'un clin d'oeil à l'actualité, cet édito est un hommage à deux grands "fous" de l'art : le peintre Gérard Garouste dont l'oeuvre fait l'objet d'une rétrospective importante à la villa Médicis à Rome et le cinéaste Henri-Georges Clouzot dont on découvre les extraordinaires images de L'Enfer grâce au réalisateur Serge Bromberg.
Garouste nous avait familiarisés dans sa peinture avec les pénibles ou humoristiques contorsions d'un homme qui au pays de l'aventure intérieure, suit les sentiers qui bifurquent. Dans son livre, L'Intranquille. Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou, il dévoile les crises délirantes qu'il connaît périodiquement et qui le conduisent à s'enfermer à l'hôpital. Étrange et courageuse conscience de soi, de sa folie et recherche d'une protection entre les murs. Des mois sans peindre parfois et pourtant, une oeuvre sans chute, ni rupture. A peine distingue-t-on une évolution dans les sujets moins référencés au fil du temps, plus biographiques. Quant à la peinture, elle se joue de ses sujets et jubile volontiers maintenant.
La démence de Clouzot est toute autre. Elle s'ignore. Elle se gonfle au fur et à mesure que se développe un projet cinématographique que rien ne borne. Mais ce qui impressionne et que l'on retient d'abord, ce sont des images extraordinaires. Des scènes en noir et blanc ou en couleur, toutes muettes : Romy Schneider, simplement belle, qui évolue en skis nautiques sur un lac de montagne et Serge Reggiani, le visage anxieux, courant à perdre haleine sur le viaduc qui culmine au dessus de la surface de l'eau. Rushs et fragments de pellicule retrouvés livrent encore d'autres images Elles sont hypnotiques à force d'effets cinétiques divers, de recherches et d'expériences invraisemblables.
Clouzot a tenté d'inventer un nouveau langage plastique de l'image cinématographique. Il engloutit le projet sous des dizaines de bobines et le mène au naufrage. Garouste , le pinceau à la main, reste le capitaine de son bateau ivre. Ses oeuvres ne suivent pas le courant . Libres déséquilibres de la folie chez ce cinéaste et ce peintre. L'art dans ses plus belles réalisations.
Catherine Plassart
photos : (1) L'Enfer de Clouzot, (2) Gérard Garouste
voir aussi : La Feuillée du 10 décembre 2009
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Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org
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