Partager l'article ! La Feuillée du 14 Mai 2009: Edito : Des livres, oui, mais... «Pour rêver, il ne faut pas fermer les yeux ...
Edito : Des livres, oui, mais...
«Pour rêver, il ne faut pas fermer les yeux, il faut lire. La vraie image est connaissance. Ce sont des mots déjà dits, des recensions exactes, des masses d'informations minuscules, d'infimes parcelles de monuments et des reproductions de reproductions qui portent dans l'expérience moderne les pouvoirs de l'impossible. Il n'y a plus que la rumeur assidue de la répétition qui puisse nous transmettre ce qui n'a lieu qu'une fois. L'imaginaire ne se constitue pas contre le réel pour le nier ou le compenser ; il s'étend entre les signes, de livre à livre, dans l'interstice des redites et des commentaires ; il naît et se forme dans l'entre-deux des textes. C'est un phénomène de bibliothèque.»
Cette citation de Michel Foucault est au fondement de l'oeuvre de Joseph Kosuth, "du phénomène de la bibliothèque ", présentée dans l'expositions "Silences, Un propos de Marin Karmitz " au Musée d'Art Moderne de Strasbourg. Un sol de livres, des lumières blanches, des citations, des photographies de bibliothèques de philosophes... Joseph Kosuth nous donne raison d'aimer les livres même s'il n'est pas toujours sage de lire. La lecture est la force et la faiblesse d'une génération qui a bien conscience de ne pas avoir su partager son goût demeuré parfois figé dans un excès de révérence et d'admiration pour les auteurs, un surplus d'ouvrages dans les bibliothèques.
Celle envisagée par Julien Prévieux et présentée à la Force de l'Art (dont on ne pense pas beaucoup de bien par ailleurs), est une bibliothèque d'ouvrages obsolètes, de rebus linguistiques, techniques et historiques. Ils n'ont plus de valeurs scientifiques mais l'air qui circule entre les livres renvoie d'autres échos. Sur les murs se déploie un étrange diagramme, résultat d'une analyse topographique des thèmes contenus dans ces ouvrages. A l'Autodidacte de la Nausée de Sartre, Prévieux a substitué avec humour Data base, une base de donnée susceptible de digérer et d'organiser les connaissances.
Démonstration est faite une fois encore de l'absurde irréductibilité du savoir à son objet. Suivons plutôt Foucault sur le chemin de l'imaginaire, faufilons nous avec lui entre les textes. Répétons et transmettons chacun à notre manière nos expériences de lecteur. Et rêvons les yeux ouverts...
Les artistes/éditeurs ont cette liberté, eux qui font de l'image avec "des masses d'informations minuscules" et qui produisent leurs livres "entre les signes" . Beaucoup de manifestations en ce
joli mois de Mai, proposent la présentation d'ouvrages nécessairement utiles, rares, originaux, amicaux de petits éditeurs.
Catherine Plassart
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Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org
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