Voir, observer et penser
du 9 septembre au 20 décembre 2009
Fondation Henri Cartier-Bresson- Paris (14)
En 1927, à l'occasion de son exposition Hommes du XXe siècle à la Kunstverein de Cologne, August Sander déclarait que «voir, observer et penser» était le credo de son travail. La Fondation
HCB expose, en collaboration avec Die Photographische Sammlung/SK Stiftung Kultur de Cologne, une centaine de tirages du célèbre photographe allemand (1876-1964). Il nous livre une magistrale
esquisse de son époque à la fois typologique et topographique, et une grande leçon de photographie. Tirages d'époque pour la plupart, les épreuves rassemblées sont d'une qualité rare. Portraits,
paysages et études botaniques cohabitent révélant l'attention portée aux hommes de son temps, l'interrogation sur la notion de paysage et l'observation précise de la
nature.
August Sander est né en 1876 à Herdorf, près de Cologne, en Allemagne. Comme son père, il travaille dans une mine à partir de 1889. En 1892, il a 16 ans et un oncle
lui offre un appareil photo. Il fabrique une chambre noire et se met à faire de la photographie pendant son temps libre. Après le service militaire, il fera le tour de l’Allemagne comme
photographe industriel. En 1903, il crée son propre studio après avoir racheté celui de son employeur. Médaillé à l’exposition de Paris en 1904, Sander accumule les récompenses.
C’est en photographiant des paysans du Westerwald, sa région natale, qu’il a l’idée de son grand oeuvre, intitulé Les hommes du XXe siècle. A peine interrompu par la première guerre mondiale, il
développe son grand projet jusque l'arrivée au pouvoir des nazis. Ceux-ci détestent ses portraits sans fioritures ni complaisance car ils ne
renvoient pas l'image idéale et fantasmée de l'aryen. Son livre Antlitz der Zeit est interdit à la vente en 1936, et les stocks mis au pilon. Le photographe
déménage à la campagne avec sa femme Anna très active dans le studio et met ainsi en sécurité 10 000 négatifs. Heureusement, car une grande partie des épreuves demeurées à Cologne est
détruite dans l'incendie de son appartement. Son fils Erich, militant communiste meurt en 1944 après avoir été emprisonné. August Sander meurt en 1964 à Cologne.
En 1985, un jeune écrivain américain Richard Powers choisit la photographie Trois fermiers sur le chemin du balpour parler de ce que l'Amérique doit à l'Europe et écrire son premier
roman. Celui-ci s'ouvre sur la découverte par le narrateur de la fameuse photographie lors de sa visite du musée d’art moderne de la ville de Détroit. Le livre contient trois
histoires entrelacées : celle de Sander, celle des trois fermiers et l’histoire personnelle du narrateur. Richard Powers dans sa magnifique entreprise littéraire retrace
le projet démesuré d’un artiste, une histoire familiale et le destin de trois jeunes gens emportés par la guerre de 14.
Ainsi on s'aperçoit que dans l'œuvre immense, lucide et d'une grande modernité d'August Sander, chaque image est le détail d'un grand puzzle historique mais aussi le germe d'une histoire
particulière.
Catherine Plassart
photos (1) August Sander, le peintre Anton Räderscheidt, 1926, 1925 (2) La boucle du Rhin près de Boppard, 1938,(3) Petite fille, Westerwald, vers 1925 ,(4) Trois fermiers sur le chemin du
bal.
Informations pratiques :
Fondation Henri Cartier-Bresson
2 impasse Lebouis
75014 Paris
Tel : 01.56.80.27.00
Métro
Gaité, ligne 13, sortie n°1, vers la rue de l'Ouest
Edgard Quinet, ligne 6, vers la rue de la Gaité
Bus
Ligne 28 et 58 arrêt Losserand-Maine
Ligne 88, arrêt Jean Zay - Maine
ouvert : Du mardi au dimanche de 13h00 à 18h30, le samedi de 11h00 à 18h45, nocturne le mercredi jusqu’à 20h30. Fermé le lundi.