Partager l'article ! Euroland: La ville post-piétonne Etrange quiétude d'une pause pique-nique sur une aire d'autoroute ensoleillée. La série photogr ...
La ville post-piétonneSous de grands ciels bleus, deux éléments cohabitent : la nature et l'industrie.
Forçant la verticalité, une jungle de signes monumentaux sort de terre : feux tricolores, panneaux routiers, enseignes, centrales, lignes électriques, hôtels, grues, bâtiments industriels. Pas de promeneur solitaire. Construit à l'échelle automobile, ce territoire n'est plus à taille humaine.
Euroland englobe le territoire européen et dessine le paysage uniformisé d'une esthétique Disneyland.
Edith Roux connaît la subjectivité du médium photographique. Cadrage scrupuleux et retouche numérique participent au processus :
Dans chaque cliché, et pour paraphraser le paysagiste Gilles Clément, la nature « vagabonde » [Eloge des vagabondes, Gilles Clément, Nil Editions, 2002] et enveloppe le décor
photographique. Les « parcs à thème » sont presque noyés dans de ce que l'on appelle habituellement des mauvaises herbes . Echappant au contrôle des aménageurs, la nature fait son oeuvre, ce
que Gilles Clément nomme « le Tiers paysage ».
Autre choix systématique de la photographe, tous les nuages de la série ont été effacés. Le paysage européen brille sous un même soleil de cartes postales. Le point de vue et
l'idéalisation de l'image ont manifestement une dimension critique. Au lieu de s'opposer formellement à ce qu'elle observe, Edith Roux, reproduit l'uniformisation en l'intégrant dans la forme
de la série.
Euroland soulève aussi la question du document ou de la photographie artistique. Edith Roux fixe l'essor urbain, elle l'a fait précédemment avec la série Dreamscape sur l'urbanisation galopante
qui s'exerce en Chine. Elle investit l'enjeu de la construction et de l'aménagement du territoire dans son aspect plastique, visuel, paysager qui ne saurait évoluer indépendamment de choix
économiques et politiques.
L'environnement est un indicateur fiable de nos mutations culturelles et de notre rapport à l'espace. Ses transformations affectent notre perception et notre pensée. L'attention sensible,
visuelle que l'on y porte crée du paysage, un premier pas pour prendre part à l'évolution de notre environnement.
Sur le même terrain que Gilles Clément, Edith Roux tend à "inverser le regard porté sur le paysage en Occident".
S.M.
A lire : Euroland, 34 images en couleurs de Edith Roux, textes de Gilles Clément et Guy Tortosa, collection Sujet-Objet, éditions Jean-Michel Place
Le travail photographique d'Edith Roux sera présenté
à la galerie la Ferronnerie 40, rue de la Folie-Méricourt Paris 75011 dans l'exposition collective Trophées du 17 septembre au 25 octobre 2005 ;
au Quartier, Centre d'art contemporain de Quimper (29) à l'automne 2005.
voir aussi : notre dossier "envie de ville"