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Catherine Loiret ou La confrontation communicante
Jean-Paul Gavart-Perret
Catherine Loiret : Au-delà des mots, Galerie de Buci, (octobre-décembre) Paris.
La peinture fait ce que les mots ne font pas. L'inverse est vrai aussi. Doù
dans l'oeuvre de Catherine Loiret, leur confrontation communicante qui vient à bout d'une sorte d'aphasie aussi aphasique qu'existentielle. C'est là le noeud de l'oeuvre et sa plaque
tournante. La peinture pour retrouver la voix quand elle était ce coeur était plus forte que la lumière. Au lieu de sortir, elle étouffait l'artiste, pourtant son sang était plus ouvert à
mesure que le souffle devenait plus obscur. Alors soudain la peinture prend le relais. Elle surmonte la graphie qui en reste le fond mais qui passe sans disparaître. La peinture en forme
le bain de résistance et de révélation. Les traits s'arriment sur les mots comme des blessures. Celles-ci pèsent sur eux mais comme de hautes terres étrangères à l'azur. Il n'y a en effet
aucun autre horizon que celui de l'écriture sur laquelle les traits se retournent en pluies de spasmes et de larmes.
C'est ainsi que l'oeuvre de Catherine Loiret surgit, étrange et survivante telle une paroi de signes au parfum plus suave que celui de l'encre d'imprimerie. Chaque toile se charge de
veines magnétiques et de fentes de vie. La sueur des lignes les zèbrent d'un suaire des mots. Elles précipitent leur empreinte au seul rythme de la pression mentale d'où elles perlent.
L'écriture devient la proximité de la perte et la venue du rien ou du si peu dont la fixation reste approximative. C'est la manière que possède l'artiste afin de ne plus nous faire croire
que le " j'écris " est inséparable d'un " je suis ". Il va ainsi en être de l'être non en ce que l'écriture affronte mais dans ce qui n'est que son effondrement. Soudain l'écriture passe
la main au profit d'un autre noir de marbrure qui l'interrompt, la castre pour dire mieux, pour dire autrement. Le suaire des mots n'est plus qu'un fond métaphorique sur lequel la matière
peinture butte, lutte, s'encastre plus que s'affiche. C'est alors que la voix se défroisse et que le corps, par les gestes de l'artiste, sort de son aphasie afin de parler dans ce qui en
éloignant des mots nous rapproche de leur proximité. Ils sautent et dansent soudain dans la peinture comme dans une flaque.
L'arrachement verbal devient compatible avec le neutre de son empreinte. Il y a là engouffrement et sublimation : celui du corps de femme avec les traces de son effacement mutique dans la
présence du retour du "son". La peinture fait éclater l'opacité silencieuse du règne énigmatique qui retenait l'artiste. Surgit aussi, l'origine, de la vie la plus profonde : l'immédiat,
le plus lointain, le lien qu'on ne peut nier et par quile t out se lie entre parole et image. Cette dernière devient alors le porte-voix. Dans la présence-immersion des signes Catherine
Loiret rétablit sinon le possible à venir mais cette densité de la parole reprise et reprisée par la peinture. C'est là, l'éternelle genèse, la recherche qui peut éclairer l'obscur,
donner son au silence. C'est là, la nudité de la pensée, son épaississement ou du moins son murmure murmurant par sa charge d'inconnu. Les formes enroulent et deviennent des mots à
l'aspect d'étranges " natures " plus vivantes que mortes. L'artiste cherche encore les indices, les traces, la rencontre impossible, ce seuil infranchissable, ce désir du partage
mais, aussi, ce nécessaire écart que crée la peinture. Par essence même, elle est l'art du silence - même si elle ne retient pas sa " langue ". Alors il faut s'en tenir à ce que Catherine
Loiret nous offre, une joie carnivore dont la cruauté est transposée au delà des effets de viande et de carminé. L'oeuvre semble nous dire : Vous m'entendez ?" Et, on l'entend,
on la rêve presque, telle qu'à l'origine elle a pu être imaginée par une artiste qui ne mise pas sur le gouffre sans fonds mais qui au contraire sait condenser une sorte d'écume du vivant
dont la création suit à sa façon le courant.
En conséquence et paradoxalement dans le lieu du silence, on entend la voix de celle qui crée. Rythmes, couleurs et lignes dévalent de sa tête, de son corps de ses gestes dépassent
l'arête des vérités uniquement iconographiques puisque sur l'enclos des mots quelque chose se dégrafe pour donner corps à une sorte de musique qui fait rendre gorge au silence. Contre ce
qui étouffe, contre les pattes rhizomatiques des mots en leur alignement, d'autres lignes viennent les contrecarrer. Mais l'artiste par cette confrontation montre moins ce qui sépare que
ce qui brûle. La peinture n'est plus blafarde, elle nous enlace dans ses sarabandes. Elle redevient une nécessaire errance même si elle reste clouée aux quatre points cardinaux de
l'espace que définit le tableau. Le contempler c'est penser le corps afin que par delà les mots obscurs, à l'intérieur, l'inconscient soit fidèle aux images. Elles deviennent la
condensation des monstres dévorants des signes abstraits redevenus soudain de braves bêtes à bon dieu prêtes à une danse infinie du solstice d'été.
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