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Tigres en triptiques
Sa rencontre avec le tigre date de 1974. Pour traiter le sujet de son travail de fin d'étude de l'Académie des Beaux Arts de Copenhague, Uffe Christoffersen se rend au zoo. Au
résultat, un tableau de composition assez classique montrant un lion en cage, aux couleurs éclatantes.
La première recherche obstinée de l'artiste, avant même que le tigre ne s'impose comme son seul et unique sujet, est l'approche dans toutes ses dimensions chimiques et esthétiques de la richesse chromatique. Il travaillera d'ailleurs pendant huit ans au laboratoire technique de l'Académie.
Aujourd'hui encore, il vous parle en poète, en historien, en chimiste, du "cinnober rouge" par exemple, un minéral extrait dans le sud de l'Espagne et que l'on transforme en pigment.
Car ce qui est vrai pour chaque couleur, l'est plus encore pour le rouge. A sa symbolique, le peintre ajoute "une double symbolique qui dépend de sa luminosité".
"La couleur claire est franche ,brillante et extravertie. Elle appartient au jour. Elle est fraîche et pousse à l'action en projetant sa lumière sur le monde, tel un grand et invincible soleil. Elle attire.." . "La couleur foncée est lourde au contraire, elle est nocturne, secrète et plutôt introvertie. Elle est le symbole du mystère de la vie. Elle avertit, retient..."
Toute la magie de l'univers du peintre tient dans cette rencontre entre un sujet, le tigre et une palette d'une diversité et d'une subtilité extraordinaire.
L'artiste recherche la puissance expressive des couleurs sur tous les supports, sur tous les formats. Mais lorsque ses toiles atteignent la dimension démesurée des triptiques présentés par la galerie Jorgen Ostergaard à Art Copenhague elles s à la fois lumineuses et accusatrices.
Depuis quatre ans le peintre mène un travail de transposition en images de l'univers des Fables de Jean La Fontaine qui a donné lieu à la réalisation de centaines de peintures sur papier. De l'oeuvre du poète français du XVIIe au monde fabuleux de Uffe Christoffersen, il n'y a aucune distance . La verdeur de la critique, la fraicheur de la morale sont intactes. On les retrouve ciselées, cristallisées dans ses très grandes toiles représentant des têtes de tigres à la gueule ouverte.
Catherine Plassart
photo : Tigertriptykon, 114 x 438 cm. 2006