Dimanche 2 juillet 2006 7 02 /07 /Juil /2006 05:02

La  désormais fameuse grande malle rustique, découverte après son décès contenait 23000 documents.

 

Sur les hétéronymes

“La vérité est la seule excuse de l’abondance. Nul homme ne devrait laisser 20 livres à moins de pouvoir écrire comme 20 hommes différents (…), s’il peut écrire comme 20 hommes différents de quelque manière que cela puisse être, et ses vingt livres sont justifiés.”
Erostratus

 

“Et pourtant – je le pense avec tristesse – j’ai mis en Caeiro tout mon pouvoir de dépersonnalisation dramatique, j’ai mis en Ricardo Reis toute ma discipline intellectuelle revêtue de la musique qui lui est propre, j’ai mis en Alvaro de Campos toute l’émotion que je n’accorde ni à la vie, ni à moi-même. (...)

Enfant, j’avais déjà tendance à créer autour de moi un monde fictif, à m’entourer d’amis et de connaissances qui n’avaient jamais existé – (je ne sais pas bien entendu s’ils n’ont pas existé ou si c’est moi qui n’existe pas.          

la malle de Pessoa Bernard Lacombe huile sur toile

 

Un jour…– ce fut le 8 mars 1914 – je m’approchai d’une commode haute, et prenant un papier, je commençai d’écrire, debout, comme je le fais chaque fois que je le peux. Et j’écrivis une bonne trentaine de poèmes d’affilée, dans une sorte d’extase dont je ne saurais définir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie, et je n’en connaîtrai jamais de semblable. Je débutai par un titre Le gardeur de troupeau et ce qui suivit fut l’apparition en moi de quelqu’un que j’ai d’emblée appelé Alberto Caeiro. Pardonnez-moi cette absurdité : en moi était apparu mon maître. "

Extraits de la lettre à Adolpho Casais Montero, le 13 janvier 1935.

La traduction intégrale, par Rémy Hourcade, de la lettre se trouve dans Sur les hétéronymes, éditions Unes, 1985.

 

Le gardeur de troupeau

“Je suis un gardeur de troupeaux.
     Le troupeau c’est mes pensées
     et mes pensées sont toutes des sensations.
     Je pense par les yeux et par les oreilles
     par les mains et par les pieds
     par le nez et par la bouche.”
     (…)
    

 Alberto Caeiro, Le Gardeur de troupeau
 traduit du Portugais par Rémy Hourcade et Jean-Louis Giovannoni. Èditions Unes, 1986

 

Exégèse :

"Le livre de l'intranquilité, à l'instar du projet qu'il était et qu'il ne pouvait qu'être, a été trouvé, un jour, dans la malle qui, presque cinquante ans durant, l'avait gardé inédit : la célèbre malle qui contenait 23000 documents pessoens. Le livre s'y reposait, le livre de l'insomniaque Soares. Une première version parut en 1982 et plus tard la maison d'édition de mon ami Manuel Herminio Monteiro - qui partit à la recherche de la malle perdue et la retrouva - publia une édition plus volumineuse et définitive de l'employé de bureau Soares."

extrait de Le mal de Montano de Enrique Vila Matas p.227 éditions Bourgois 25 €

 

Fernando Pessoa : Lisbonne, 1888-1935.


Son génie et son talent ont été reconnu bien après sa mort.  Fernando Pessoa compte désormais parmi les poètes les plus importants du XXème siècle. Jean-Pierre Sintive, des éditions Unes est le premier éditeur à avoir publié Pessoa en France.

 

voir aussi : notre  bio-bibliographie de Fernando Pessoa

 

autre article : Fernando Pessoa en Avignon

Par Art Point France - Publié dans : Liber amoris - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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