Vendredi 2 juin 2006 5 02 /06 /Juin /2006 07:41

(Une critique de l'orthodoxie chez quatre écrivains de l'est )

 

1 Du communisme soviétique comme étranglement : Zinoviev

Souvenez-vous, c'était en 1981, il n'y a que vingt-cinq ans et l'écrivain nous parlait d'un monde aujourd'hui disparu régi par des lois communautaires fondées sur des tendances naturelles aux hommes en société : « les lois communautaires peuvent acquérir une force énorme et déterminer la physionomie de toute la société, autrement dit déterminer le caractère  d'organisations  pourtant appelées dans leur principe à défendre l'homme de leur emprise.


S'instaure alors un type particulier de société dans lequel fleurissent l'hypocrisie, la violence, la corruption, l'incurie, la dépersonnalisation, l'irresponsabilité, le bâclage, la goujaterie, la paresse la désinformation, le mensonge, la routine,  le copinage. L'échelle des valeurs est faussée : les nullités sont portées aux nues, les personnalités remarquables sont humiliées, les figures morales les plus nobles sont persécutées, les natures les plus talentueuses  en sont réduites à croupir  dans la médiocrité . Ce n'est d'ailleurs pas toujours le pouvoir qui agit ainsi. Les collègues, les amis, les collaborateurs, les voisins conjuguent leurs efforts  pour empêcher l'homme de talent d'exprimer son individualité et pour entraver l'esprit d'initiative. Cette action paralysante touche tous les domaines de la vie, mais en premier lieu ceux de la création et de la gestion. La société menace  de n'être  plus qu'une caserne.


Elle détermine l'état psychique  des citoyens, l'ennui s'instaure et avec lui l'angoisse, la peur continuelle du pire. Les sociétés de ce type sont condamnées au marasme et au pourrissement chronique si elles ne trouvent pas en elles des forces capables de contrecarrer cette tendance. Aussi peuvent-elles durer des siècles. «Le Communisme comme réalité». Les sociétés passent, mais les lois demeurent.

2 L'étouffement de la pensée : Mamardachvili

Un an avant sa mort au cours d'un entretien  pour France Culture en 1989 le philosophe  géorgien  s'exprimait ainsi  à propos de la situation de la pensée européenne dans les années cinquante et soixante : «La pensée était trahie dans plusieurs pays et une sorte de complicité réunissait les traîtres de la pensée. Je voyais donc ces gens là s'embrasser  par-dessus ma tête et adopter le langage qui,  justement m'étouffait et contre lequel ma pensée s'éveillait ».


«La Pensée empêchée». Les situations humaines  ont changé  mais le sommeil entretenu artificiellement de la vie de l'esprit perdure en Europe.

 

3  En mémoire de Patocka.

 En 1973 Jan Patocka  exprime  la dette que l'Europe  a contracté vis à vis de Platon, dans un ensemble de conférences publié sous le titre « Platon et l'Europe». Il y écrit notamment : «Le problème de la communauté est donc en réalité le problème du pouvoir et de l'autorité spirituelle». La question qui ressort de là pourrait sans doute se résumer  à celle de la place que l'Europe accorde  encore à une existence  capable de se rapporter à  l'éternité : «Car, si l'Etat de justice fait partie du contenu essentiel de l'histoire humaine, l'histoire est un jugement porté sur les juges de Socrate». Depuis Patocka  est mort dans des conditions  obscures  et l'histoire est passée par là . 

 

4 De la confusion des langues : Kolakowski.

Le dernier mot sera pour Kolakowski : «Nous ne pouvons avoir aucune certitude sur le potentiel caché du langage ». (Horreur métaphysique  1988)


L'ébranlement  des esprits passe par la parole. De cela au moins nous sommes sûrs.
L'histoire l'a prouvé de multiples fois, malgré tout.

 

Pierre Givodan

Chroniques intempestives

voir aussi : le site personnel de Pierre Givodan
Par Art Point France - Publié dans : Les chroniques intempestives : P. Givodan - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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