Partager l'article ! Sueur noire et petits suisses.: J'ouvre par hasard un livre de Alessandro Baricco «L'Ame de Hegel et les vaches du Wisconsin» ...
J'ouvre par hasard un livre de Alessandro Baricco «L'Ame de Hegel et les vaches du Wisconsin» (Albin Michel 1998) où il est question d'analyser la «musique cultivée ». La citation de Hegel et le face à face avec les vaches du Wisconsin me poussent à tourner les pages. Je crois comprendre que la musique cultivée est une invention de l'Europe romantique et qu'elle traîne à accoucher de la modernité . Qu'elle remâche son passé et feint pourtant de prendre goût au présent à travers son double manqué : « la musique contemporaine », laquelle peine à trouver son public dans cette plaine aride de l'actualité, etc.
J'observe en gros que pour ce «musicologue et écrivain » tout se joue entre les cours d'Europe, la cour des grands et le désert des salles de concert cultivées. Je plie mais ne rompt pas.
J'explose intérieurement. Je songe à ce musicien de Blues que j'ai entendu souffrir hier à Aix en Provence devant un parterre de petits blancs qui, tels des Petits
Suisses essayaient de coller à un harmonica et un chant de vie, sans y parvenir. Je me souviens d'un petit guitariste ( ?) aixois dont le swing sentait le jus de
chaussette même pas noire. Je me dis que décidément il y a plus de choses en commun entre, disons, Chopin et Miles Davis qu'entre Baricco et moi.
Pourquoi donc ?
Parce que je pense qu'il n'y a pas de « musique cultivée » (concept gros comme une dent creuse , comme aurait dit Deleuze), mais qu'il y a plutôt une musique orale
et une musique écrite . Que l'écrit tue l'esprit, comme le disait déjà Platon ou l'Evangile et même Beethoven sans doute, lequel n'avait pas besoin d'oreille pour entendre. Et
que tant que la lettre l'emportera sur le verbe, le dogmatisme aura de l'avenir. Et que dans ce cas rien ne vaut de citer Hegel pour régler leur compte aux sourds.
Il vaut mieux leur chanter un blues, car il n'est même pas besoin d'entendre pour saisir le « beat », c'est à dire le rythme profond de la beauté contenue dans
la vie, laquelle touche par la peau et les yeux aussi au « sublime » ou à l'idéal si l'on veut, mais en se passant de Hegel, qui peut bien faire ses
figures abstraites.
P.G.
|
Pierre Givodan |