Jeudi 1 juin 2006 4 01 /06 /Juin /2006 07:15

 

J'ouvre par hasard un livre de Alessandro Baricco «L'Ame de Hegel et les vaches du Wisconsin» (Albin Michel 1998) où il est question d'analyser la «musique cultivée ». La citation  de Hegel et le face à face avec les vaches du Wisconsin me poussent à tourner les pages. Je crois comprendre  que la musique  cultivée est une invention de l'Europe romantique et qu'elle traîne à accoucher  de la modernité . Qu'elle remâche  son passé  et feint  pourtant  de prendre goût au présent  à travers son double manqué : « la musique contemporaine », laquelle peine à trouver son public  dans cette plaine aride de l'actualité, etc.


J'observe en gros que pour ce «musicologue et écrivain » tout se joue entre les cours d'Europe, la cour des grands et le désert des salles de concert cultivées. Je plie mais ne rompt pas. J'explose intérieurement. Je songe à ce musicien de Blues  que j'ai entendu souffrir  hier  à Aix en Provence devant un parterre de petits blancs  qui, tels des Petits Suisses  essayaient de coller  à un harmonica et un chant de vie, sans y parvenir. Je me souviens d'un petit guitariste ( ?) aixois  dont le swing sentait le jus de  chaussette même pas  noire. Je me dis que  décidément  il y a plus de choses en commun entre, disons, Chopin et Miles Davis qu'entre Baricco et moi.
Pourquoi donc ?


Parce que  je pense  qu'il n'y a pas de  « musique  cultivée » (concept gros comme une dent creuse , comme aurait dit Deleuze), mais qu'il y a plutôt  une musique orale et  une musique écrite . Que l'écrit tue  l'esprit, comme le disait déjà Platon ou l'Evangile et même Beethoven  sans doute, lequel n'avait pas besoin d'oreille pour entendre. Et que tant que la lettre  l'emportera sur le verbe, le dogmatisme aura de l'avenir. Et que dans ce cas rien ne vaut de citer Hegel  pour régler leur compte aux sourds.


Il vaut mieux leur chanter un blues, car il n'est même pas besoin  d'entendre  pour saisir  le « beat », c'est à dire le rythme  profond  de la beauté contenue  dans la vie, laquelle touche  par la peau  et les yeux aussi  au  « sublime » ou à l'idéal  si l'on veut, mais en se passant  de Hegel, qui peut bien faire  ses figures  abstraites.

 

P.G.

 

 

Pierre Givodan

Chroniques musicales

Par Art Point France - Publié dans : Chroniques musicales : Pierre Givodan - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés