Dimanche 15 mars 2009 7 15 /03 /Mars /2009 08:31

Inutile et futile.
L'art contemporain est bien aujourd'hui le seul domaine de la culture où il ne soit pas permis de dire "c'est nul", "sans intérêt".  Soit on est traité de réactionnaire, soit on vous estime non qualifié pour émettre un jugement. Et de précautions en condescendances, de stratégies commerciales publicitaires en partenariats lucratifs, on ne lit tous supports spécialisés confondus que des apologies du tout et du n'importe quoi.

Ci-dessous, nous vous proposons l'article de Catherine Bréauté à propos de l'exposition Généraliste de Melenaite Noata à La Bergerie et la réaction du directeur du lieu.

Nous avons deux bonnes raisons pour cela. Nous partageons le point de vue argumenté, pertinent et courageux de Catherine Bréauté sur cette exposition et nous déplorons la réaction méprisante et vaniteuse du responsable de l'institution à son égard.

Nous trouvons là l'occasion de déclarer qu'il serait temps de s'inquiéter des conditions de production de la critique si l'on souhaite profiter d'une parole libre, fondée sur l'analyse et la connaissance. L'époque en a le plus grand besoin.
C.P.


Charme et tromperie.


“Du 27 février au 8 avril, La Bergerie-lieu d’art contemporain présente une nouvelle exposition de Melenaite Noata, Généraliste. Une grande déception qui montre que l’artiste est allée trop loin dans son entreprise de charme et de tromperie.
par Catherine Bréauté.


Melenaite Noata vient de produire une exposition totalement inutile. Elle nous montre le résultat de son travail autour de Soissons, pendant cinquante-deux jours. Pourquoi Soissons ? Pourquoi cinquante-deux  jours ? Cette manière de construire des projets sur une durée et dans un cadre différents n’interroge-t-elle pas l’exposition et le rôle de l’institution : pourquoi aller là-bas et si longtemps pour produire une telle boursouflure ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser dans un premier temps, les salles d’attente que  Noata investit ne proposent pas des alternatives à la réification générale mais, au contraire, la confortent. 

L’impossible contemplation, le malaise diffus, produisent une œuvre fastidieuse qui n’arrive qu’à fabriquer une  interrogation  ennuyée chez le spectateur.  Il  y  a  certes  du  « non-vu »,  du « non-visible » ;  mais  on  ne  va  pas  au-delà.  Les photographies  sans  attraits  de  fauteuils  et d’affiches quelconques se veulent sans doute une réflexion  sur  l’art  et  la  culture.  On  peut  penser qu’il s’agit pour Noata d’intervenir sur le rituel, le temps  et  l’espace.  Les  fiches  manuscrites,  d’un ridicule  achevé,  ne  nous  éclairent  guère  sur  la problématique  poursuivie.  Certainement,  Noata réussit  à  atteindre  un  but,  celui  d’arriver  à provoquer  un  vif agacement,  l’impossibilité d’adhérer  à  ses  œuvres.  Où  est  la  place  de  cette artiste  dans  l’enchaînement  des  œuvres,  des lectures  de  l’histoire  de  l’art,  des  formes,  des matières et des  symboles, dans  la question  de la nature même  de l’œuvre d’art  et  du regard qu’on lui  porte ?  Nulle  part.  Elle se  contente  de donner le  change.  Noata  fait  partie  de  ces  artistes  qui font  semblant  de  trouver  le  moyen  d’ouvrir  de nouveaux espaces et d’opérer selon leurs propres termes,  tout  en  sachant  que  la  moindre  velléité de  transgression  est  généralement  très  vite transformée en style acceptable par le marché. Et cela  lui  convient  parfaitement.  Mais,  si  l’on  sait bien  regarder,  l’habileté  fait  défaut  et  cette mystification  tombe  à  plat.  Ce  dispositif,  qui  se veut  aussi,  tant  qu’on  y  est,  l’expérience  du détachement  et  de  l’intemporel,  n’est  qu’un ignoble court-circuitage de  toute restitution   aux formes  et  aux  matériaux  d’un  pouvoir  physique et  symbolique.  L’artiste  s’ingénie  ainsi  à travailler  dans  la  banalité  ou  le  non-événement par  une  absence  de  soi-disant  parti  pris  qui donnerait à  ses œuvres des qualités abstraites et une  portée  générique.  Quelles  que  soient  les anecdotes  qui  ont  généré  ce  parcours  semé d’indices,  elles  font  se  rejoindre  l’inutilité  et  la futilité  en  provoquant  en  nous  un  rejet  doublé d’ennui.

Si  l’on  voulait  persuader  les  visiteurs  que  l’art contemporain  est  vraiment  nul,  on  ne  s’y prendrait  pas  autrement.  Certains  s’étonneront que l’on critique ainsi cette exposition. S’éloigner du  consensus  des  vernissages  et  porter  un jugement,  et d’autant  plus  si  celui-ci  est négatif, est  considéré hors de  propos.  L’art  contemporain serait  une  cause  commune,  attaquée  de  toutes parts.  Ne  pas  fourbir  les  armes  des  détracteurs. Mais  comment  peut-on  défendre  cette interminable  série de  cibachromes flous et  tape-à-l’œil  ?  Cette  mascarade dépourvue de désir,  de projets  et  d’illusions ?  Cette  pathétique imposture ?  Quel  intérêt  trouver  à  cette  suite  de détails fastidieux et rancis,  de miasmes  fatigués ? On  aurait  pu  espérer  voir  traiter  l’espace  social comme  un  matériau  et  faire  naître  de  cette manipulation  une  expérience  renouvelée  de l’attente, voir les éléments médicaux prendre une posture  paradoxale.  Il  n’en  est  rien.  Reste  un objet  un  peu  hermétique  à  prendre  pour ce  qu’il est :  l’espace  psychologique  d’une  artiste  obtuse et  surévaluée,  avec ses duperies,  ses obsessions et sa fausseté.

Mais  parle-t-on  encore  d’art  quand  l’on  sait  que toutes  les  pièces  ont  été  vendues  avant  le vernissage ?  Ce  lieu  d’exposition,  que  l’on  a connu  plus  engagé  et  clairvoyant,  a  fait  le  choix d’ajuster  l’offre  à  la  demande.  Il  n’a  plus  de temps  à  perdre  avec  la  critique  d’art  et  il  est maintenant  inutile  d’organiser  des  voyages  de presse.  Le  directeur  du  lieu  a  beau  déclarer « Même  si  les  lois  du  marché  ne  sont  pas  notre seule  motivation,  nous  sommes  là  pour  faire  du profit. »,  si  certains collectionneurs  se mettaient à  réfléchir au  sens et  à  l’intérêt des pièces  qu’ils achètent,  Melenaite  Noata  risquerait  de sombrer dans  un  anonymat  rapide.  Mais  pour le  moment, il faut reconnaître à l’artiste un grand talent dans les  techniques  du  camouflage,  de  la  mascarade, du  faux-semblant.  C’est  ainsi  qu’elle  arrive  à concilier le  statut  de  l’artiste  et  la  rémunération de la femme  d’affaires  et qu’elle finit par  produire de telles expositions  où une emphase  pontifiante et floue  tient lieu d’argument et  de morale.  Faut-il y voir une  ironie post-moderne ?  Même pas. On a simplement  là  ce que  l’on  peut  faire  de  plus caricaturalement  mauvais  en  matière  d’art contemporain. “

 

La piteuse réaction du directeur du lieu  :


Chers Amis,

Je joins, à titre de curiosité, un article qui est l’exemple même d’une fausse critique artistique. Il s’agit en réalité d’un ramassis d’inepties paru récemment dans une revue dont il eut mieux valu taire l’existence. Mais le comique d’une soi-disant journaliste croyant faire son métier vaut son pesant d’or.
Bien cordialement,

Pierre Monjaret

Directeur

La Bergerie - Lieu d’Art Contemporain

labergerie-art-co@wanadoo.fr
http://www.labergerie-lac.com

La Bergerie – Lieu d’Art Contemporain  se présente comme  "une institution culturelle internationale, située au cœur de la scène vive de l’art depuis 2003" et  qui " s'est développée pour devenir une des institutions internationales les plus influentes"


Par Art Point France - Publié dans : Art et société - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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