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Inutile et futile.
L'art contemporain est bien aujourd'hui le seul domaine de la culture où il ne soit pas permis de dire "c'est nul", "sans intérêt". Soit on est traité de réactionnaire, soit on vous estime
non qualifié pour émettre un jugement. Et de précautions en condescendances, de stratégies commerciales publicitaires en partenariats lucratifs, on ne lit tous supports spécialisés confondus que
des apologies du tout et du n'importe quoi.
Ci-dessous, nous vous proposons l'article de Catherine Bréauté à propos de l'exposition Généraliste de Melenaite Noata à La Bergerie et la réaction du directeur du lieu.
Nous avons deux bonnes raisons pour cela. Nous partageons le point de vue argumenté, pertinent et courageux de Catherine Bréauté sur cette exposition et nous déplorons la réaction
méprisante et vaniteuse du responsable de l'institution à son égard.
Nous trouvons là l'occasion de déclarer qu'il serait temps de s'inquiéter des conditions de production de la critique si l'on souhaite profiter d'une parole libre, fondée sur
l'analyse et la connaissance. L'époque en a le plus grand besoin.
C.P.
Charme et tromperie.
“Du 27 février au 8 avril, La Bergerie-lieu d’art contemporain présente une nouvelle exposition de Melenaite Noata, Généraliste. Une grande déception qui montre que l’artiste est allée
trop loin dans son entreprise de charme et de tromperie.
par Catherine Bréauté.
Melenaite Noata vient de produire une exposition totalement inutile. Elle nous montre le résultat de son travail autour de Soissons, pendant cinquante-deux jours. Pourquoi Soissons ? Pourquoi
cinquante-deux jours ? Cette manière de construire des projets sur une durée et dans un cadre différents n’interroge-t-elle pas l’exposition et le rôle de l’institution : pourquoi aller
là-bas et si longtemps pour produire une telle boursouflure ? Contrairement à ce que l’on pourrait penser dans un premier temps, les salles d’attente que Noata investit ne proposent pas des
alternatives à la réification générale mais, au contraire, la confortent.
L’impossible contemplation, le malaise diffus, produisent une œuvre fastidieuse
qui n’arrive qu’à fabriquer une interrogation ennuyée chez le spectateur. Il y a certes du « non-vu », du « non-visible » ; mais
on ne va pas au-delà. Les photographies sans attraits de fauteuils et d’affiches quelconques se veulent sans doute une réflexion
sur l’art et la culture. On peut penser qu’il s’agit pour Noata d’intervenir sur le rituel, le temps et l’espace. Les
fiches manuscrites, d’un ridicule achevé, ne nous éclairent guère sur la problématique poursuivie. Certainement, Noata
réussit à atteindre un but, celui d’arriver à provoquer un vif agacement, l’impossibilité d’adhérer à ses
œuvres. Où est la place de cette artiste dans l’enchaînement des œuvres, des lectures de l’histoire de
l’art, des formes, des matières et des symboles, dans la question de la nature même de l’œuvre d’art et du regard qu’on lui porte
? Nulle part. Elle se contente de donner le change. Noata fait partie de ces artistes qui font semblant
de trouver le moyen d’ouvrir de nouveaux espaces et d’opérer selon leurs propres termes, tout en sachant que la moindre
velléité de transgression est généralement très vite transformée en style acceptable par le marché. Et cela lui convient parfaitement.
Mais, si l’on sait bien regarder, l’habileté fait défaut et cette mystification tombe à plat. Ce
dispositif, qui se veut aussi, tant qu’on y est, l’expérience du détachement et de l’intemporel, n’est qu’un
ignoble court-circuitage de toute restitution aux formes et aux matériaux d’un pouvoir physique et symbolique. L’artiste
s’ingénie ainsi à travailler dans la banalité ou le non-événement par une absence de soi-disant parti
pris qui donnerait à ses œuvres des qualités abstraites et une portée générique. Quelles que soient les anecdotes qui ont
généré ce parcours semé d’indices, elles font se rejoindre l’inutilité et la futilité en provoquant en
nous un rejet doublé d’ennui.
Si l’on voulait persuader les visiteurs
que l’art contemporain est vraiment nul, on ne s’y prendrait pas autrement. Certains s’étonneront que l’on critique ainsi cette
exposition. S’éloigner du consensus des vernissages et porter un jugement, et d’autant plus si celui-ci est négatif, est
considéré hors de propos. L’art contemporain serait une cause commune, attaquée de toutes parts. Ne pas fourbir
les armes des détracteurs. Mais comment peut-on défendre cette interminable série de cibachromes flous et tape-à-l’œil ?
Cette mascarade dépourvue de désir, de projets et d’illusions ? Cette pathétique imposture ? Quel intérêt trouver à cette
suite de détails fastidieux et rancis, de miasmes fatigués ? On aurait pu espérer voir traiter l’espace social comme un
matériau et faire naître de cette manipulation une expérience renouvelée de l’attente, voir les éléments médicaux prendre une posture
paradoxale. Il n’en est rien. Reste un objet un peu hermétique à prendre pour ce qu’il est : l’espace
psychologique d’une artiste obtuse et surévaluée, avec ses duperies, ses obsessions et sa fausseté.
Mais parle-t-on encore d’art quand l’on sait que toutes les pièces ont été vendues avant le vernissage ? Ce lieu d’exposition, que l’on a connu plus engagé et clairvoyant, a fait le choix d’ajuster l’offre à la demande. Il n’a plus de temps à perdre avec la critique d’art et il est maintenant inutile d’organiser des voyages de presse. Le directeur du lieu a beau déclarer « Même si les lois du marché ne sont pas notre seule motivation, nous sommes là pour faire du profit. », si certains collectionneurs se mettaient à réfléchir au sens et à l’intérêt des pièces qu’ils achètent, Melenaite Noata risquerait de sombrer dans un anonymat rapide. Mais pour le moment, il faut reconnaître à l’artiste un grand talent dans les techniques du camouflage, de la mascarade, du faux-semblant. C’est ainsi qu’elle arrive à concilier le statut de l’artiste et la rémunération de la femme d’affaires et qu’elle finit par produire de telles expositions où une emphase pontifiante et floue tient lieu d’argument et de morale. Faut-il y voir une ironie post-moderne ? Même pas. On a simplement là ce que l’on peut faire de plus caricaturalement mauvais en matière d’art contemporain. “
La piteuse réaction du directeur du lieu :
Chers Amis,
Je joins, à titre de curiosité, un article qui est l’exemple même d’une fausse critique artistique. Il s’agit en réalité d’un ramassis d’inepties paru récemment dans une revue dont il eut mieux
valu taire l’existence. Mais le comique d’une soi-disant journaliste croyant faire son métier vaut son pesant d’or.
Bien cordialement,
Pierre Monjaret
Directeur
La Bergerie - Lieu d’Art Contemporain
labergerie-art-co@wanadoo.fr
http://www.labergerie-lac.com
La Bergerie – Lieu d’Art Contemporain se présente comme "une institution culturelle internationale, située au cœur de la scène vive de l’art depuis 2003" et qui "
s'est développée pour devenir une des institutions internationales les plus influentes"