Partager l'article ! La Feuillée du 19 février 2009: Edito : Le Moyen-Orient dévoilé. Charles Saatchi propose à Londres à la ...
Edito : Le Moyen-Orient dévoilé.
Charles Saatchi propose à Londres à la Saatchi gallery, une exposition remarquable "New Art from the Middle East" dont l'audace n'a été sanctionnée par aucun mollah en armes, dont l'inscription dans le politique n'a provoqué aucune manifestation tapageuse. Et pourtant les dix-neuf artistes exposés qui couvrent un territoire allant de la Tunisie à l'Irak, de l'Algérie à la Syrie ouvrent les frontières d'un Moyen-Orient qui dévoile son histoire contemporaine avec son torrent de conflits, sa spirale de contradictions, sa difficulté à allier différences culturelles et valeurs d'une société définitivement mondiale.
L'oeuvre la plus spectaculaire de ce vaste ensemble est une salle remplie de silhouettes réalisées en feuilles d'aluminium de 251 femmes musulmanes à la prière
par l'artiste franco-algérien Kader Attia. Les photos de femmes en habits dont les
visages ont été remplacés par des objets domestiques, râpes à fromage, fers à repasser, gants de ménage... de l'artiste Shadi Gahdirian qui vit à Téhéran, lui font écho.
La critique est presque toujours produite de l'intérieur. Prenez l'iranien Ramin Haerizadah qui vit aussi à Téhéran, il apparaît semi nu et velu, paré comme une femme dans une série d'images titrée "les Hommes d'Allah". Il y raille les vues machistes des ecclésiastiques barbus qui prêchent l'oppression.
Certains artistes vivent cependant en exil, comme le photographe irakien Halim
Hal-Karim qui durant trois ans, avant de s'enfuir pour les Etats-Unis, s'est caché pendant la Guerre du Golfe, dans un trou dans le désert pour éviter le service militaire. Son travail, des
impressions digitales, conteste explicitement l'oppression politique du régime de Saddam Hussein.
Tous confrontent dans leurs oeuvres, les conditions
politiques et sociales de leurs pays à des données mondiales et abordent de manière prévisible les
thèmes de l'art, du sexe, de la consommation. Toutefois le questionnement le plus récurrent concerne bien les identités, celles des individus mais aussi celles des territoires.
L'artiste libanais Marwam Rechmaoui propose une grande carte en caoutchouc, posée
au sol, de Beyrouth telle qu'elle se présente aujourd'hui, avec toutes ses divisions. L'artiste palestinien Wafa Hourani, qui travaille à Ramallah nous montre le futur camp de réfugiés palestiniens (
daté 2067). Etonnant message au vue des actions israéliennes récentes dans la bande de Gaza.
Car la politique et l'histoire dont ils traitent sont intérieures et extérieures. Les sculptures de Diana Al-Hadid ont toutes pour thème la tour. Si l'artiste syrien-américain déclare l'horreur de l'attaque du World Trade Centre et propose une Tour de Babel en bien
piteux état, c'est pour nous mettre en situation fictive d'homme et femme du futur nous retournant sur les folies meurtrières et tragiques d'une époque submergée par son incapacité à maîtriser le
développement technologique et urbain, les avancées du progrès et de la globalisation. Un regard ici à la fois décentré et décalé.
Enfin dessins et peintures dans des formats surdimensionnés décrivent des situations plus subjectives, déclinent des visions plus sensibles. Ahmed Alsoudani (Irak) livre sa rage face à la violence faite à l'intimité ; Jeffar Khaldi (Dubaï UAE) mêle la nostalgie et le rêve, aux faits et à la fiction ;
Tala Madani (Iran), précise et minimaliste, fait vite et simplement retentir ses
indignations et ses espérances ; Laleh Khorramian (Iran) utilise une technique
élaborée pour des peintures abstraites dans lesquelles jamais la main n'intervient. Le processus conduit à une "révélation" par la couleur salvatrice qui autorise le deuil.
Et ainsi, je n'aurai pas présenté tous les artistes de "New Art from the Middle East" et c'est bien dommage car chacun apporte sa contribution plastique à une réflexion essentielle qui détermine
l'évolution des relations entre l'Occident et le Moyen-Orient. Et puisqu'une minorité d'entre nous se rendra dans le quartier de Chelsea avant le 31 mai, visiter cette exposition, nous nous
félicitons que le site Internet de la Saatchi gallery offre un panorama assez complet des oeuvres des dix-neuf artistes concernés.
Catherine Plassart
autres artistes de l'exposition :
Nadia Ayari (Tunisie) | Ali Banisadr (Iran) | Shirin Fakhim (Iran) | Barbad Golshiri (Iran) | Rokni Haerizadeh (Iran) | Khaled Hafez (Egypte) | Hayv Kahraman (Irak) | Farsad Labbauf (Iran) | Ahmad Morshedloo (Iran) | Sara Rahbar (Iran) |
photos : (1) Jeffar Khaldi , (2) Kader Attia, (3) Diana Al-Hadid, (4) Ahmed Alsoudani
voir aussi : La Feuillée N° 29 du 19/02/09
informations pratiques :
Saatchi gallery
Duke of York's HQ
King's Road
SW3 4SQ Londre Angleterre
Tous les jours de 10h à 18h
le site de la Saatchi gallery
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Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org
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