Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /2009 17:20

Du 11 décembre 2008 au 14 février 2009


Artegalore - Paris (11)



  Laetitia Ferard



 Qu'y a-t-il de plus saisissant qu'un accord harmonique de couleurs - gloria in excelsis s'élevant de la toile pour venir frapper l'œil du spectateur ? Rien, sinon peut-être le miracle de voir y apparaître une forme ; une ligne dure composant avec cette première note fondamentale, comme l'idée d'une mélodie. Peintre éruptive, trempant sa palette dans les forges de Vulcain, Laetita Férard nous conduit dans un dédale volcanique aussi complexe et puissant, par moments, que l'enfer de Dante.

par Frédéric-Charles Baitinger

 Où sommes-nous ? Dans quelle apocalypse, dans quel purgatoire ? Serait-ce des tripes, des boyaux, des viscères que je vois ? Non, ce ne sont que flammes, vents violents et courants de laves tournant sur eux-mêmes ! Et que sais-je encore ? Des noms, je n'en ai plus pour décrire ce que mes yeux osent à peine entrevoir. Ou bien alors serait-ce mon imagination qui, trop prude, se refuse à comprendre ce qui ici la frappe ? Quel œil devrais-je ouvrir pour qu'une forme enfin s'avance ? L'œil d'une machine – peut-être, isolant de ce bouillonnement informe l'espace infime d'une seconde.

Ça y est. Maintenant je vois ; oui je vois l'œil mort d'une oie baignant dans ses plumes. Je vois son bec, son cou, et son gros corps noir. Et je vois tout cela dans un tourbillon ! Oui, maintenant je vois. Et pourtant, quelque chose me trouble encore. Et ma pupille s'obscurcit. Serait-ce l'œil de la prophétie - globe diaphane couvert d'un fin duvet de plumes – qui se tient devient moi ? Serais-je le témoin d'un sacrifice ? Qu'y a-t-il de commun entre les mouvements explosifs de la lave et le meurtre d'une oie, plumée puis passée à la centrifugeuse ?  

Laetitia Ferard Ne me répondez pas : l'univers de Laetita Férard. Cela serait un peu trop facile. Non, ce qui s'étend entre ces deux abîmes, ce n'est rien d'autres que l'univers archaïque de nos âmes ; univers se livrant à ses débordements aussi simplement qu'une rivière tombe du haut d'une cascade. C'est ainsi, comme l'écrit Hamann : « Les sens et les passions parlent et ne comprennent rien d'autre que des images1. ». Or qu'y avait-il au commencement sinon un congloméra de forces luttant pour qu'advienne un monde à leur ressemblance – un ciel plus épuré et pâle contenant dans son firmament l'ébauche de milliers d'organes, de membres, de parties toutes prêtes à s'assembler pour créer – ensemble – un corps en repos.

Croyez-moi, ce qui passe dans les toiles de Laetita Férard n'est pas pensé, ni voulu. Peintre de la primitivité, au sens le plus étroit du mot, son œuvre touche à l'origine qui est le commencement et la fin tout autant que le présent qui se tient devant nous. Témoin du crime primordial, Laetitia Férard photographe nous dévoile la part d'ombre de cette primitivité -  le meurtre occulté sur lequel toute notre société se fonde.
 

 

1 Johann G. Hamann, Aesthetica in Nuce.




informations pratiques :

Artegalore
14, rue du Moulin Joly 75011 Paris
01 43 38 68 63

du mercredi au samedi  14h30 à 19h.

Métro 2 Couronnes, Métro 2 Belleville, Métro 11 Belleville



Le silence qui parle Les nouvelles chroniques de Frédéric-Charles Baitinger fredericcharlesb@hotmail.com

Par Art Point France - Publié dans : Le silence qui parle : Frédéric-Charles Baitinger - Partager     - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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