Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /2009 06:56

Chemins de traverse

Peinture / Sculpture


du 19 mars au 18 avril 2009


6,Mandel - Paris (16)



  Patricia Erbelding   Elisabeth Oulès



Patricia Erbelding, Elisabeth Oulès, aller-retour.

Le premier geste de Patricia Erbelding sur la toile consiste à la saupoudrer d'une traînée d'oxyde destinée à rouiller. Un acte de profanation, un outrage à l'indéfectible et insipide perfection de la toile blanche.  Puis elle interrompt le processus de corrosion et soigne par la cire la blessure infligée au support .  Reste la  "cicatrice" souvenir de l'accident provoqué, témoin des soins apportés pour une amoureuse guérison. Dès lors, la peinture peut prendre corps, les couleurs peuvent se déployer, des couleurs élémentaires, sans mélange,  rouge cinabre, noir dense, ou  vert franc, en larges taches et en aplats. Elles  organisent les compositions  qui sont  autant d'espaces propices à une circulation entre le dedans et le dehors, autant de routes pour une recherche de la vérité de soi  liée à un  combat contre les évidences.

La démarche d'Elisabeth Oulès peut paraître assez proche de celle de Patricia Erbelding à ceci prêt que son rapport à ce qui est donné est légèrement différent. Le point de départ de la création du sculpteur ne se trouve  pas dans la nécessité de détériorer et de mettre en cause une "idéalité" mais dans la collecte de ferrailles, rebuts et épaves de l'industrie moderne. Elle ne  provoque pas l'accident, elle le déniche et le révèle. Elle s'empare de bidons, tôles et autres objets trouvés au hasard de ses déambulations. Elle les découpe, les modèle, les peint, et on devine qu'il y a dans ces opérations  de l'empathie pour les reliques métalliques exumées.  Elle leur conserve les traces de leur histoire, dévoile leur inanité présente avant de les reconsidérer et de les transformer. Métamorphosés, ils sont dans le théâtre du sculpteur,  les  piedestals démesurés de figurines filiformes aux profils parfois résignés,  aux accents souvent porteurs du désir de s'élever au dessus des décombres du quotidien.

Les deux femmes ont le métal en commun, une matière dure et pourtant  vulnérable. Elles en usent différemment  parce que leurs façons de questionner la vanité et la vacuité de la société, de s'interroger sur la place réservée à l'individu sont  distincts. Pourtant, l'aller-retour entre leur deux expériences nous  renseigne sur le rapport  somme toute assez similaire de deux artistes singulières au monde qui nous entoure. Il y a un peu d'ironie à retrouver à l'initiative de Nathalie Béreau,  leurs oeuvres conjuguées au 6,Mandel, une luxueuse demeure  sertie de  végétal dans le XVIe arrondissement de Paris, à la fois lieu de vie pour son propriétaire et espace commercial dédié à la décoration et au paysagisme. L'exposition est à voir du 19 mars au 18 avril.

 

Catherine Plassart

 

Photos : (1) Patricia Erbelding, PC3r, 2008, Ht. 100 x 50 cm, oxyde de fer, cire, acrylique sur papier marouflé sur toile (2) Elisabeth Oulès, "Adossé à la nuit III", 2008, métal soudé polychrome, Ht. 97 x 36 x 8 cm, pièce unique

informations pratiques :

Vernissage le mercredi 18 mars de 18h00 à 22h00

6,Mandel
6, avenue Georges Mandel
75116 Paris
contact@6mandel.com

01 42 27 27 93

Du mardi au samedi de 14h30 à 19h

Métro Trocadéro


voir aussi :  le catalogue des  livres d'artiste de Patricia Erbelding


Par Art Point France - Publié dans : Paris : expositions - Partager     - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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