Partager l'article ! Patricia Erbelding / Elisabeth Oulès: Chemins de traverse Peinture / Sculpture du 19 mars au 18 avril 2009 ...
Chemins de traverse
Peinture / Sculpture
du 19 mars au 18 avril 2009
6,Mandel - Paris (16)
|
|
Le premier geste de Patricia Erbelding sur la toile consiste à la saupoudrer d'une traînée d'oxyde destinée à rouiller. Un acte de profanation, un outrage à l'indéfectible et insipide perfection
de la toile blanche. Puis elle interrompt le processus de corrosion et soigne par la cire la blessure infligée au support . Reste la "cicatrice" souvenir de l'accident provoqué,
témoin des soins apportés pour une amoureuse guérison. Dès lors, la peinture peut prendre corps, les couleurs peuvent se déployer, des couleurs élémentaires, sans mélange, rouge cinabre,
noir dense, ou vert franc, en larges taches et en aplats. Elles organisent les compositions qui sont autant d'espaces propices à une circulation entre le dedans et le
dehors, autant de routes pour une recherche de la vérité de soi liée à un combat contre les évidences.
La démarche d'Elisabeth Oulès peut paraître assez proche de celle de Patricia Erbelding à ceci prêt que son rapport à ce qui est donné est légèrement différent. Le point de départ de la création
du sculpteur ne se trouve pas dans la nécessité de détériorer et de mettre en cause une "idéalité" mais dans la collecte de ferrailles, rebuts et épaves de l'industrie moderne. Elle
ne provoque pas l'accident, elle le déniche et le révèle. Elle s'empare de bidons, tôles et autres objets trouvés au hasard de ses déambulations. Elle les découpe, les modèle, les peint, et
on devine qu'il y a dans ces opérations de l'empathie pour les reliques métalliques exumées. Elle leur conserve les traces de leur histoire, dévoile leur inanité présente avant de les
reconsidérer et de les transformer. Métamorphosés, ils sont dans le théâtre du sculpteur, les piedestals démesurés de figurines filiformes aux profils parfois résignés, aux
accents souvent porteurs du désir de s'élever au dessus des décombres du quotidien.
Les deux femmes ont le métal en commun, une matière dure et pourtant vulnérable. Elles en usent différemment parce que leurs façons de questionner la vanité et la vacuité de la
société, de s'interroger sur la place réservée à l'individu sont distincts. Pourtant, l'aller-retour entre leur deux expériences nous renseigne sur le rapport somme toute assez
similaire de deux artistes singulières au monde qui nous entoure. Il y a un peu d'ironie à retrouver à l'initiative de Nathalie Béreau, leurs oeuvres conjuguées au 6,Mandel, une luxueuse
demeure sertie de végétal dans le XVIe arrondissement de Paris, à la fois lieu de vie pour son propriétaire et espace commercial dédié à la décoration et au paysagisme. L'exposition
est à voir du 19 mars au 18 avril.
Catherine Plassart
Photos : (1) Patricia Erbelding, PC3r, 2008, Ht. 100 x 50 cm, oxyde de fer, cire, acrylique sur papier marouflé sur toile (2) Elisabeth Oulès, "Adossé à la nuit III", 2008, métal soudé
polychrome, Ht. 97 x 36 x 8 cm, pièce unique
informations pratiques :
Vernissage le mercredi 18 mars de 18h00 à 22h00
6,Mandel
6, avenue Georges Mandel
75116 Paris
contact@6mandel.com
01 42 27 27 93
Du mardi au samedi de 14h30 à 19h
Métro Trocadéro
voir aussi : le catalogue des livres d'artiste de Patricia Erbelding