Mercredi 17 mai 2006 3 17 /05 /Mai /2006 08:54

La conduite sceptique à l’heure du réflexe rationnel

« La supériorité du fanatisme, laissons-la aux fanatiques sans regret, sans mauvaise conscience . »

Celui qui est prêt à mourir et à faire mourir pour ses idées est un croyant pour Raymond Aron. Celui qui est prêt à vivre pour les idées et à faire advenir l’humain partout où il végète est un homme du doute. Sceptique est celui qui fait reposer sa recherche sur le doute constitutif de la pensée. En cela Aron est cartésien . Je pense car je suis dans le doute. Ces évidences vieilles de plusieurs décennies dans le cas de Raymond Aron , dont il faut relire par exemple « L’Opium des intellectuels », voire de plusieurs siècles dans le cas de Descartes, celui du Discours de la méthode et avant lui de Montaigne ( Essais) sont notre richesse.

Notre pain béni .

Quelle est en effet la supériorité du fanatique ?

Celle de l’animal qui ne pense pas. Celle de la brute qui construit un monde de fantasme, celle de l’inculte qui se nourrit de substituts occultes de vérités oubliées .

Or il n’y a pas de place dans la conscience pour les faiblesses de l’esprit. La conscience grandit avec la force du doute sur soi et le monde .

« Si la tolérance naît du doute, qu’on enseigne à douter des modèles et des catégories, à récuser les prophètes de salut, les annonciateurs de catastrophes.»( Opium des intellectuels).

Il y a donc quelque courage à faire de nos jours l’éloge de la tolérance et pourtant celle-ci est le but logique de la conduite sceptique. M ais il ne faut pas oublier que cette dernière

est l’ennemie acharnée et sans pitié aucune des amis de la table rase, les rieurs malicieux amoureux transis du néant et de sa face lumineuse : la politique de la « promesse » .

Contre les partisans de la « promesse » (du paradis sur terre, de la société enfin réconciliée, de la communauté des « fils », des « frères » , des « camarades » unis etc. Aron a toujours opposé en dernier lieu celle des solitaires de la raison, dégrisés de l’enthousiasme , défenseurs de ce qui fait éternellement la dignité de l’homme : la révolte de la pensée, et le réflexe rationnel. On l’en remercie aujourd’hui encore .

 
 

Pierre Givodan

Chroniques intempestives

 
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Par Art Point France - Publié dans : Les chroniques intempestives : P. Givodan - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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