Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 06:33


du 10 décembre 2008 au 28 février 2009


galerie Area-La Réserve, Paris



Philippe Garel


Il y a toutes sortes de rires : il y a le rire de l'idiot, le rire du moqueur, le rire gras et obscène de l'escroc ; et puis il y a le rire fou et désespéré de celui qui sait, le fou-rire du condamné à mort regardant ses bourreaux détruire ce qu'il aime. Les dents en avant, exhibant le crâne sous la chair, le rire est à l'homme ce que la bombe atomique est à la nature : un point limite au-delà duquel la vie bascule dans son autre, dans les limbes cyniques de son masque mortuaire.

Par Frédéric-Charles Baitinger


Mieux vaut en rire
Sublimant les contradictions qui le hantent, Philippe Garel n'est pas seulement un peintre et un sculpteur au talent exceptionnel, mais un « penseur subjectif » ayant à cœur de faire de sa pratique le creuset alchimique de ses pensées. Se servant de la figuration comme d'un domaine plastique où la réalité n'est pas seulement reproduite mais réinventée, son œuvre attire l'œil du spectateur dans un monde onirique où la beauté des formes n'a d'égale que la profondeur des sujets traités.

Panoramatomique. Dans un ciel d'apocalypse, un nuage atomique s'élève lentement au-dessus d'une ville encore intacte. Inquiétante étrangeté de cette aréale colonne de fumée aux tons bleus, gris, oranges et verts. L'arc de triomphe qui lui sert de piédestal, loin de ployer sous sa violence semble nourrir son explosion. Et si les bombes n'avaient pas pour vocation de détruire le monde, mais d'insuffler aux ruines de notre civilisation, l'éclat vénéneux de leur souffle radioactif ?

Vous riez ? Et pourtant, l'humour Philippe Garel est le sérieux véritable. Il est le propre de l'homme pour peu que celui-ci fasse l'effort d'être réfléchi. Qui ne pense pas ne saurait rire. Au mieux, l'homme superficiel glousse. Il cligne des yeux, déforme son visage, mais ne s'élève pas jusqu'au suprême détachement de l'humour. C'est là, en tout cas, les pensées que nous inspire la série de portraits – rire – que l'humoriste Garel à placé en vis-à-vis de ses panoramatomiques.

Subtile esquisse de nos émotions voilées, cette série de têtes, modelées dans la terre puis retranscrites sur le papier, nous livre avec une acuité et une sincérité déconcertante, l'intention profonde qui unifie les recherches de l'artiste. Si Garel distord les règles classiques du portrait ce n'est pas pour exhiber le monstrueux ou le difforme – tentation à laquelle succombe une bonne partie de la peinture contemporaine – mais pour trouver une faille qui puisse le conduire à même la vérité d'une expression.

Dès qu'un homme rit, les secrets de son âme s'impriment sur son visage et cela, même quand son rire est forcé : voyez, semble nous chuchoter sa grimace, me voici enfin livré pour vous. "L'humour est lyrique, c'est le sérieux le plus profond de la vie – profondeur qui se cristallise en des formes baroques – c'est la veine d'or non fluens – les molimina [la tâche] de la vie supérieur". Sören Kierkegaard, Papiers



informations pratiques :

la réserve d'area
50, rue d'Hauteville
75010 paris
(+33) 1 45 23 31 52
aurelia.marcadier@wanadoo.fr

ouvert du mercredi au samedi de 15h à 19h
Accès : métro Château d'eau (ligne 4) ou Bonne Nouvelle (ligne 9 et 8)


voir aussi : www.lareserveparis.com
Par Art Point France - Publié dans : Le silence qui parle : Frédéric-Charles Baitinger - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
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