Dessins & gravures
du 3 au 7 décembre 2008
Galerie des Ateliers d'Artistes de Belleville - Paris (20)
Entre les marques du burin sur le cuivre et les traces de la plume laissées sur le papier, s'ébauchent les signes d'une pratique occulte, les chants d'encre d'une âme de rosée. Il faut que chaque trait laissé soit l'emprunte d'une aube frémissante, chaque tâche domptée le symptôme d'une victoire sur l'informe : pour être toute entière dans son art, Cécile Carrière lui a livré son corps. Hoc est emin corpus muem – Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous.
Par Frédéric-Charles Baitinger
Corps de signes, corps cabalistique, corps alchimique et pierre philosophale – la rédemption de l'artiste est son oeuvre même, la signature de sa renaissance.
Toute matière est forme pour l'oeil du mage : les créatures sont des symboles, les arbres un alphabet; chaque surface recèle en puissance la sens caché de ses arcanes. Artiste médium, Cécile Carrière figure l'inavouable secret de nos dérèglements. Tour à tour radieuse et enfantine, puis sombre et désespérée, l'humeur d'encre de ses gravures, tout comme celle de ses dessins, ne connaît pas la paix. A califourchon sur une bascule de chair, son être zigzag entre ciel et terre au même rythme que ses passions.
Ainsi vient la confusion. Les corps se mêlent et se dédoublent. Le monde vacille. Chaque être s'appartient et renonce à son identité. Corps appui ou corps tombeaux, corps auréolé ou corps colère: chaque ligne s'anime d'un bourdonnement sacré, chaque qualité passe dans son contraire.
Effigere dit Empédocle : modeler et remodeler la terre; la malaxer, la presser sous ses doigts : « Quand le démon au démon se fut plus largement mêlé, Ils tombaient l'un sur l'autre, comme ils se trouvaient chacun, et d'autres, outre ceux-là sortirent en foule, joints. » (Simplicius, De Caelo)
Qui de l'homme ou de la femme, dans le dessin « Croisé », porte l'autre ? Qui soutient le mouvement et qui le retient en arrière ? Nul ne peut le dire car la vérité tient justement dans la confusion de leur rencontre - dans leur devenir commun.
Figurant ce qui unit l'individu au groupe et le groupe à l'individu, les oeuvres de Cécile Carrière ne cessent de nous clamer cette vérité : « No man is an island1 ». Révélant ainsi à qui a des yeux pour voir que nul homme n'est séparé des êtres qui l'entourent, la force de leurs traits nous emporte par-delà les limites du convenable, dans un monde où toute forme ne vit que pour disparaître au profit de ses doubles.
1. John Donne, Devotions Upon Emergent Occasions, Meditation XVII
Informations pratiques :
Galerie des Atelier d'Artistes de Belleville
32 rue de la Mare
75020 Paris
voir aussi : www.ateliers-artistes-belleville.org et le site personnel de l'artiste www.cecilecarriere.com
|
|
Le silence qui parle Les nouvelles chroniques de Frédéric-Charles Baitinger fredericcharlesb@hotmail.com |