"L’Amour"
du 12 septembre au 9 novembre 2008
Centre d’art contemporain d’Ivry - le Crédac Ivry-sur-seine (94)
L'escalade du dessin.
L'histoire malheureuse de Bruno Schulz, est celle d'un artiste contraint sous la menace de décorer la chambre du fils du SS Félix Landau. En 2004, Stéphane Calais peignait "L'assassinat de Bruno
Schulz". Au CREDAC, centre d'art contemporain d'Ivry, le tableau introduit une installation, cabane de conte pour enfant entièrement couverte de dessins représentant des friandises, en partie
détruite comme par une explosion.
Plus monstrueux que la censure, il y a aux yeux de Calais, le détournement du sens de l'oeuvre quand un pouvoir intrinsèquement étranger se l'approprie. Ce qui est en jeu pour l'artiste,
c'est donc l'expérience douloureuse d'une impossible autonomie de l'oeuvre et des limites de la liberté de l'artiste.
D'où sans doute, la présence dans l'exposition, d'une autre installation "la machine à peindre". Déploiement de grands lès de moquette blanche suspendus au plafond, maculés de peinture
noire, face à de grands dessins saturés de noir, illisibles et violents qui se confrontent à une suite de portraits aux traits fins et délicats, la série 'M.H.S' (mythe, histoire, studio).
Tout l'univers de l'artiste se déploie : présence de l'intime, avec le blanc, les plis, le papier, le dessin, et en contrepoint dimension monumentale de l'ensemble,
agressivité des giclures, tragédie du noir, traumatisme de l'informe. L'artiste se souvient de ses maîtres, de ses admirations, il considère son expérience, il en sait trop
maintenant... Il est alors conduit à exprimer ouvertement son inquiétude quand à la capacité de l'art à dire ce qui est important, à communiquer sans ambiguité.
Quand il reprend pour la réinterpréter "Maintenant/Now" une oeuvre de 1997, composée de trente-six lanternes aux couleurs acidulées à l'approche desquelles une voix s'enclanche pour
dire un poème réquiem, il se souvient qu'il pouvait paraître plus léger, plus ludique à ceux qui regardaient l'oeuvre de loin. Pourtant les murmures nichés dans leurs fragiles bulles de
lumière exprimaient déjà avec gravité ses doutes. .
J'aurais souhaité lui poser la question. Pourquoi l'amour ? Pourquoi ce titre pour l'exposition du CREDAC à Ivry ? Car Stéphane Calais me paraît occuper le volume entier d'une vaste
interrogation qui concerne sa propre pratique du dessin et plus largement l'esthétique graphique. Alors, 'L'amour" juste une déclaration ou le désir d'affirmer qu'il existe une chose qui
importe, qui est vraie quand tout pose problème... L'exposition est à voir jusqu'au 9 novembre 2008.
Catherine Plassart
informations pratiques :
Centre d'art contemporain d'Ivry - le Crédac
93 avenue Georges Gosnat
94200 Ivry-sur-Seine
01.49.60.25.06
Entrée libre - Du mardi au vendredi de 14h à 18h, samedi et dimanche de 14h à 19h
voir aussi : le site du CREDAC www.credac.fr, le site de l'artiste http://www.stephanecalais.net/