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Fonder le silence avec Hantaï.
Supposons que la "dialectique" en peinture oscille entre désir et raison. Une peinture "sans langue", au sens d'irrécupérable et soustraite à la domination de la logique et du
concept, relevant de la nature profonde du désir (inconscient ?) et de l'autre côté une peinture enveloppée par la pression de l'esprit, sa part transparente... Alors Hantaï fait
partie incontestablement de la première mesure. Loin par exemple d'un Picasso. Cette cadence qui montre le non-identique, l'opacité, la séparation, la négativité que le désir creuse
et réduit à une chose : "l'oeuvre".
Hantaï animait cette différence à l'extérieur de tout élément communicatif. Il était un homme silencieux aussi. Avec lui vivait l'irruption d'un sens autre, renversant le point de vue
raisonné en peinture et ruinant l'expérience du dialogue. La critique se ramenait donc à l'éloge, à la façon d'André Breton en 1953, à la reconnaissance au mieux d'une méthode : "le
pliage", "le froissage", ou au pire à l'aveuglement devant cette entreprise inachevée et suspendue dans l'attente. A notre avis la signification de cette oeuvre abandonnée aux résidus
métaphysiques (feuillages, comme métaphores de la fin, sur fond d'absence que le blanc résume ?) est imprégnée de la critique du classicisme.
All-over (inspiré de Pollock ?). Peinture monochrome et répétitive qui assume la réduction de l'acte de peindre à une "interprétation" pure et simple du désir sans discussion, pour
passer ensuite à une autre toile, sans substance et équivalente (découpée parfois). Des moments colorés de différents formats. Des points de vue équivalents. Hantaï favorisait ainsi
des rencontres décisives dont l'enjeu était de nous faire accepter ou pas de redécouvrir l'autre face non réfutable de la peinture.
L'artiste, né en Hongrie en 1922 est décédé à Paris à l'âge de 86 ans le 12 septembre dernier. Le Centre Pompidou possède 60 oeuvres de Simon Hantaï.
PG
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Pierre Givodan |
photo : Paris - Centre Pompidou - Simon Hantai - Mariale, 1963.
voir aussi : le site du Centre Pompidou