du 19 septembre au 12 octobre 2008
La Générale - Paris (19)
La nature inerte s'anime parfois d'un étrange frisson, d'un balbutiement à peine audible mais que pourtant nous percevons. Telle une âme se dérobant aux limites de sa forme, la nature
ondoyante se révèle enfin à nous sans son voile – mais ce que nous découvrons d'elle n'est pas la vérité nue - la possibilité d'une connaissance parfaite et totale - mais son exacte contraire :
l'inconnu, en ses infimes variations.
Par Frédéric-Charles Baitinger
Les oeuvres de Nicolas Dusollier travaillent à même ce frisson ; ce moment pathique où nous appréhendons le monde en-deçà de toutes formes connues. Et elles font même plus : elles tentent de
donner corps à cette impossible possibilité de voir (sans comprendre) à travers une expérience sensible que l'on pourrait presque appeler : une expérimentation sur la vue constamment rapporté au
sentiment d'angoisse.
Quand nous nous tenons en face de l'oeuvre intitulée « What we see, what we know, what we live? » (avec éclairage lumineux fréquentiel), que voyons-nous, sinon une forme évanescente
qui, en même temps qu'elle se matérialise devant nous - l'instant d'un flash – se retire aussitôt en nous laissant un sentiment de manque ? Au moment où nous croyons discerner l'ébauche d'une
forme, nous constatons que celle-ci a déjà disparue, sans pour autant pouvoir oublier sa présence : un X se tient là, quelque part, virtuellement proche et distant; toujours menaçant dans ses
absences.
Saisi d'angoisse, nous le voyons réapparaître à intervalles réguliers. L'attente de son apparition définit la durée de notre attente : plus la forme s'obstine à se dérober et plus alors notre
imagination s'élance hâtivement à sa poursuite, suppléant s'il le faut à son incessante disparition. Ainsi l'exige l'appétit de notre imagination toujours assoiffée de formes, et créant sans le
savoir le mal dont elle souffre.
Il y a là quelque chose de comique et désespérant à la fois : il nous est moins pénible et angoissant de contempler le noir que d'y percevoir par intermittence une forme ; du moins quand cette
forme n'est pas clairement discernable. Car son absence répétée, ou plutôt les multiples présences imaginaires que ces absences engendrent, font naître en nous un sentiment trouble et nauséeux :
un sentiment d'angoisse.
Mais réduire une telle expérience à sa part négative reviendrait à manquer la clarté intérieure qui parfois l'accompagne. Comme l'écrit si justement Kierkegaard, « l'apprentissage véritable
de l'angoisse est le suprême savoir1 ». Mais ce savoir n'est pas une connaissance comme les autres ; il est une épreuve par laquelle chacun doit passer s'il veut un jour réussir à aimer le
monde en vertu même de sa méconnaissance.
Nicolas Dusollier est un artiste français qui vit et travaille à Berlin depuis 2008.
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Le silence qui parle Les nouvelles chroniques de Frédéric-Charles Baitinger fredericcharlesb@hotmail.com |
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