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jusqu'au 28 septembre 2008
Musée de Grenoble
Le rituel de la lumière.
A propos de Laib, il faut parler de dépouillement plutôt que de minimalisme. L'artiste a tout oublié des contingences, de la violence du monde, de ses vices et de ses appétits. Il est dans un
ailleurs et nous chuchote à l'oreille, un secret... Un secret ? Pas une idée, pas un point de vue, une vérité non révélée.
Comme un grand sorcier ou un prêtre, il tamise le pollen, verse le lait, ou empile les grains de riz.. Le blanc, le jaune sont éblouissants. Ils invitent au partage avec l'autre, à la
réconciliation avec soi-même.
Les installations de Wolfgang Laib donnent de l'esprit aux lieux. La magnificence émerge de l'insignifiant, du ténu, de l'impalpable. La silhouette du créateur s'imprime sur toutes ses
oeuvres, donnant à la notion d'individu toute sa place dans un processus artistique qui n'omet rien dans sa tentative d'atteindre le beau.
A opposer :
Aux immondes immondices de Christoph Büchel.
Dès l'instant qu'une création ne sert strictement à rien, il ne faudrait pas en parler, car c'est encore lui faire trop de publicité que d'en dire tout le
mal que l'on en pense. Pourtant, il est parfois nécessaire de faire le point sur la haute mer de l'art institutionnel, car il a une portée politique et engage des responsabilités. A quoi jouent
donc les élus et les nantis lorsqu'ils se gobergent devant le tas d'ordures, organisé en habitat de fortune pour miséreux, en tanière sordide pour SDF, dans un grand musée, le
Palais de Tokyo ? Vivent-ils la misère par procuration ? Se font-ils peur et se confortent-ils dans l'assurance qu'ils sont du bon côté ?
"Dump" de Christoph Büchel est une réalisation vaine et ignomineuse. Qui oserait parler ici de dénonciation ? Les états de la pauvreté dans la rue ne sont-ils pas suffisamment
frappants ? Qui ignore l'existence du dénuement et de la misère ? Refuser à "Dump" le statut d'oeuvre d'art n'est pourtant pas suffisant. Il faut de plus dénoncer
ce qu'une telle entreprise muséale trahit et se méfier de l'intention manifeste de tromper les candides, de manipuler les non-avertis, les indéterminés.
Manifeste :
Quand une création se réduit à son propos, elle n'a rien dit. Une oeuvre d'art ne brasse pas les évidences. Elle n'obtient pas son statut sous prétexte d'une exposition
dans une salle de musée. Elle est bien plus exigeante. Elle réclame que s'allume, dans le regard de celui qui s'y confronte, la petite flamme de la félicité et que
s'exprime la jubilation qui naît, du sentiment d'approcher une totalité. Voici qui élimine du champ de l'art, cette "expérience contemporaine" signée Büchel , proposée par le
Palais de Tokyo. Voilà, qui atteste le talent de Wolfgang Laib. On le remercie de nous procurer grâce à ses sculptures et ses installations une délicate sensation d'intense plénitude.
Son exposition est à voir jusqu'au 28 septembre au Musée de Grenoble.