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"L'Illusion du tranquille"
Géraldine Lay et François Deladerrière "L'Illusion du tranquille" Chapelle Saint-Jacques, centre d'art contemporain, Saint Gaudens, et image/imatge, Orthez
Deux expositions : du 19 juin au 14 août 2008, image/imatge, L’Imprimerie, 15, rue Aristide-Briand, 64300 Orthez, tél. 05 59 69 41 12, et, du 31 octobre 2008 au 21 février 2009, Chapelle
Saint-Jacques – centre d’art contemporain, avenue du Maréchal-Foch, 31800 Saint-Gaudens, tél. 05 62 00 15 93. François Deladerrière et Géraldine Lay sont représentés par la galerie Le Réverbère,
38, rue Burdeau, 69001 Lyon.
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| F. Deladerrière | G. Lay |
Monstre va
par Jean-Paul Gavard-Perret
C'est à une rencontre avec une étrange narrativité photographique que nous convient les deux artistes réunis sous le titre de "L'illusion tranquille". L'intitulé est à l'image des tirages exposés
: bourré d'humour. Les thématiques, les sujets ou objets saisis par G. Lay et F. Deladerrière sont mis en scène avec élégance, en divers jeux entre le subtil et le criard, l’arrogant et le
secret. Là où derrière l'apparence, le grotesque dessine l’ envers du miroir de nos territoires de rêve, il reste carcasse de voiture et trophée de chasse dont les têtes mortes
"imaginent" qu'elles peuvent brouter encore. Les deux artistes découpent une sorte de no man’s land. Dans une suite de lieux, par un effet de trop plein, des variations dessinent une
sorte de friche du monde où les fantasmes ne fonctionnent plus. Surgit un double maillage qui circonscrit une zone d’abandon où le "bon" mauvais goût (en particulier chez Géraldine Lelay) offre
une “ statuaire ” délétère et outrancière. Les deux artistes ne cherchent cependant aucune dramatisation, aucun effet misérabiliste. Ils se contentent de montrer une symphonie acide et
cassée de couleurs qui viennent se moquer des figures qu’elles sont censées recouvrir. De ce bric-à-brac surgit paradoxalement un espace vacant donc ouvert et presque aussi onirique
qu'ironique.
Tout se joue dans un kitsch où se mêlent la rigidité longiligne et les verticales des structures. Cela crée des paysages qui ne s’arc-boutent pas forcément sur le passé (que laissait présager
l'adjectif du titre “ tranquille ”) mais prennent presque des aspects de paysages de science fiction en l'absence de présence humaine. La photographie crée des sortes de “ borderlands ”
qui échappent à toute localisation précise et donnent une éternité à cette touche éphémère du passé soudain figé. Des restes portent témoignage de l'activité de l’homme dans ces
natures plus que mortes aux couleurs souvent abusives et drôles. De tels clichés ne sont ni mémoire, ni critique d’un certain mauvais goût. Les photographes proposent plus et mieux : ils nous
contraignent à appréhender un vertige d'objets qui appellent l’imaginaire puisqu'ils sont devenus inutiles. personnifiés, ils nous regardent et semblent s’amuser de l’effet qu’ils
produisent. Dès lors ils instaurent un élément scénographique essentiel ouvert sur un inconnu qui nous parle vraiment.