"Des Légendes visuelles".
par Pierre Givodan
Elle est d'ailleurs, cette peinture. Des année passées à voir du pays, des paysages qui font un tout. Quelque chose qui n'évoque pas directement un art réaliste ou naturaliste. Mais
une technique, une maitrise qui puise en soi, dans sa propre profondeur. Un peintre, donc, qui a une idée de l'oeuvre qui parle d'elle-même et vise une direction lointaine. Rien de
"conceptuel", de plus. Mais plutôt une affaire de "réalisation". Est-ce nouveau ?
Ce travail proche du lexique du cinéma donne à penser des séries d'images qui répètent des thèmes courants, récurrents parfois, loin de la fureur de la vie sociale. Une ferveur intime
plutôt qui nous renvoie aux "révolutionnaires" du début du XX ème, voire de la fin du XIX ème. Paysages, personnages, couleurs. Des réminiscences de l'Impressionnisme, de
l'Expressionnisme, de la peinture "métaphysique" et surtout des synthèses diverses.
Une peinture postmoderne, passionnée par l'irrespect des spécialités qui s'enseignent et se discutent dans les écoles. Un résultat qui donne malgré tout le sentiment d'une expansion
au coeur de l'histoire de la peinture. Le parcours de Doig est international. Il a traversé plusieurs capitales du monde mais ne semble le porte-parole d'aucune autorité
autre que la sienne. Continuateur d'un mouvement subjectif, il exprime à notre avis d'abord une conscience poétique et des années de fréquentation avec la musique, la photo, le
cinéma, selon ses propres
mots.
Cette exposition parisienne fait le constat d'une préoccupation esthétique qui rayonne d'un enthousiasme à peindre et d'une évocation parfois troublante du vide qui menace sous nos
pas. Comme si Peter Doig tendait à détruire les mécanismes psychiques de la perception, ou du moins à les faire trembler.
PG contact@pierregivodan.com
Musée d'Art Moderne de la ville de Paris. Exposition Peter Doig, du 30 mai au 7 septembre 2008.