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Chroniques intempestives et subjectives à propos de l'art
de Pierre Givodan
Cet essai est un ensemble de méditations et de considérations sur l'art contemporain illustré par un choix de chroniques (art visuel, littérature, musique) parues entre 2005 et 2008 dans le
Web Magazine Art Point France Info.
L'ouvrage est disponible en librairie au prix de 17€ ou sur le site des éditions Complicités
Alexanderplatz
du 14 mars au 17 mai .2008
Galerie Blancpain Art Contemporain - Genève
C’est sur cette place centrale de Berlin que se retrouvent Eva-Maria Wilde (*1972 à Dresde, Allemagne) et Yves Mettler (*1976 à Morges, Suisse) pour une exposition commune à la galerie BLANCPAIN
ART CONTEMPORAIN. Wilde y a grandi, Mettler y a débarqué, les deux y vivent. Élément central de l’histoire culturelle de la ville, comme de la mémoire collective, Alexanderplatz prend malgré ses
multiples transformations, tant architectoniques que fonctionnelles, une position clé dans la carte mentale aussi bien des berlinois que des visiteurs de la capitale.
L’histoire mouvementée de la ville de Berlin se laisse lire à la surface de cette place qui devait devenir le centre représentatif de l’ex-Allemagne socialiste. Si celle-ci fut le théâtre de
manifestations spartakistes en 1919, elle fut également le lieu de rassemblement du 4 novembre 1989 d’un million de personnes annonçant la chute du mur. Ainsi chaque période historique
déterminante a exprimé, par le biais de concours d’urbanismes articulés autour de cette place, sa volonté politique. Bien que ces concours aient cherché à affirmer leur époque respective, leur
réalisation a également montré l’écart manifeste entre les désirs et la réalité. Aucun des concours n’a du reste pu être réalisé entièrement. Chaque réalisation été interrompue, faisant
disparaître certains éléments au profit d’autres. Cette transformation de l’espace urbain, repérable à partir des façades et des conceptions spatiales de l’Alexanderplatz, est le point de départ
de la collaboration des deux artistes.
Après avoir rassemblé un fonds d’images d’archives de la ville, de la région et rencontré Hubert Matthes, l’un des architectes du collectif socialiste qui a jadis planifié la place, ils ont
constitué leur propre documentation du site, chacun suivant ses propres axes de recherches. C’est à partir de ce matériau que Wilde et Mettler ont recomposé une histoire et une image
d’Alexanderplatz. En respectant les perspectives historiques et architectoniques prévues des différents plans, leur reconstitution propose un modèle à part entière parallèle à cette place
toujours en train de se faire et de se défaire.
L’installation visible à BLANCPAIN ART CONTEMPORAIN est composée d’un ensemble de façades des différentes époques, chacune réalisée dans un matériau différent: une grille de bois en référence à
la verrière de la gare provenant de l’époque socialiste, un cadre flottant pour la structure de la fabrique Minol, deux rideaux reproduisant des prototypes de bâtiments modernistes, une toile
sprayée semblable aux habillages temporaires produits par les échafaudages des chantiers et deux cut-outs, l’un pour la façade néo-classique du grand magasin Tietz (la plus grande façade
commerciale d’Europe visible en 1904) et l’autre pour le Centrum Warenhaus, grand magasin de l’Allemagne socialiste dont la façade a récemment été enlevée par l’actuel propriétaire.
L’installation produit un ensemble de superpositions, dont le plan est basé sur la spirale (forme de la place durant la période socialiste atteignant alors quatre-vingt mille mètres carrés et
construite la même année que la Spiral Jetty de Smithson). Elle transforme ainsi l’espace de la galerie et propose par ses matériaux et sa composition un espace où les structures rigoureuses se
confondent les unes avec les autres, ouvrant un espace au plan complexe croisant les lignes de fuite et les plans de rencontres. L’exposition donne aussi à chaque artiste l’occasion d’exercer ses
propres outils d’interprétation du matériau urbain.
De sa recherche de décomposition des structures urbaines, Eva-Maria Wilde a développé un prototype de façade de gros oeuvres sous forme de chablon qu’elle emploie ici comme élément générique au
sein des éléments historiques: image de jour, image de nuit, deux façades verticales traversent l’espace de la galerie de part en part. Le chablon est sprayé sur la toile, emprunt direct à la
sous-culture urbaine. Eva-Maria Wilde intervient également dans l’exposition avec un ensemble de collages basés sur le fonds d’images constitué: des assemblages de photographies, de photocopies,
de dessins découpés, déchirés et recomposés, des bouts de façades issus de son fonds de recherche pour générer les images fragmentaires et superposées de la réalité et de la mémoire. Des
peintures laquées noir blanc d’une facture empreinte de la matérialité du pinceau forment finalement une série de figures urbaines abstraites, signes condensés de l’urbanité globale.
Yves Mettler reprend pour sa part le motif de la spirale de l’ancienne place socialiste avec un disque vinyle proposant au visiteur de s’approprier la place sous forme d’un mantra basé sur la
contradiction inhérente à la planification de l’espace public. Il complète l’interprétation historique du lieu avec un bloc de sérigraphies basées sur une confrontation des projets architecturaux
de chaque époque avec des clichés de la figure du passant contemporain.
photo : Alexanderplatz, installation matériaux divers, bande son disque vinyle 5 mn
dimensions variables, 2008
Informations pratiques :
Galerie Blancpain Art Contemporain - Genève
63, rue des Maraîchers
CH -1205 Genève
T: +41 22 328 38 02
du mardi au vendredi 14h30-18h30
samedi 14h00-17h00
et sur rdv