Baselitz : renverser les valeurs
Trois jours plus tard il se fit violence et en un instant d'éclairement il mit son tableau à l'envers :
- Voilà la nature créatrice, se dit-il et elle a horreur de l'idéalisme. On m'a toujours pris pour quelqu'un qui racontait des histoires, mais là n'est pas le problème.
Il avait de la joie à se déclarer qu'il ne ferait jamais retour en arrière . Faire de la peinture figurative détachée du sujet sans renoncer à la figure . Tel était donc le paradoxe.
Pari tenu, plus de vingt ans après si l'on observe à ce jour le parcours du peintre depuis les années 80.
Et l'on constate d'abord que le véritable art est fait de correction, ou plutôt de mise à l'épreuve d'hypothèses, comme en science, et c'est en cela qu'il mérite le respect.
Ensuite, qu'il y a des moments intéressants, où il faut accepter l'ennui, la méchanceté ; des moments de grâce, où l'on doit supporter même le mépris. C'est le prix à payer pour
l'originalité propre à l'invention en peinture.
Car il y a des choix qui ont des conséquences incalculables. On ne comprendrait rien à la victoire de Baselitz si l'on perdait de vue sa volonté d'en finir avec ce que Nietzsche appelait «
l'inconsistant et illusoire idéal... » Il faut ajouter que le second songeait à Wagner ( Le cas Wagner ), quant au premier, on peut croire que c'est aussi une certaine société allemande qu'il
laissait définitivement tomber.
Rétrospective Georg Baselitz au Royal Academy of Arts de Londres du 22 septembre au 9 décembre 2007.
photographie :
Georg Baselitz, Nachtessen in Dresden (Supper in Dresden), detail, 1983. Oil on canvas, 280 x 450 cm. Kunsthaus Zurich. Photo Frank Oleski, © Georg Baselitz.
Bibliographie :
Georg Baselitz
Ce que tu n'es pas est un autoportrait
Ed. Jannink 2002
Texte accompagné d’une eau-forte numérotée.
voir l'ouvrage (achetez avec Art Point France)