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Trublion
"L'artiste choisit son objet autant qu'il est choisi par lui." Cette citation extraite du Discours de Suède (1957) d'Albert Camus est à elle seule une clé pour comprendre le travail de
Michelangelo Pistoletto.
En effet l'homme ne choisit ni son temps ni son lieu ni son histoire. L'homme fait avec. Mais il peut aussi faire comme si. C'est à dire choisir ses références, ses préférences, ses valeurs etc. Cela isole, cela complique, cela perturbe, cela gêne parfois.
Mais a-t-il vraiment le choix ? Tel est à notre avis l'enjeu du débat.
Il semble que, à partir de l'instant où l'artiste assume ses responsabilités de créateur, il est obligé de s'engager dans la voie d'élire et de négliger. Pour nous Pistoletto montre les ravages du temps, mais aussi ceux de l'illusion. Il nous fait toucher du doigt le mystère du beau qui dépasse les clivages politiques et sociaux, à la façon d'un Marx qui serait fasciné par la pérennité de l'esthétique gréco-latine dans l'histoire du goût occidental. Mais il y a plus.
Comme sans doute une mélancolie, un désabusement qui attestent le choix d'avoir pris le parti de constater comme un décès : celui d'une certaine fonction de l'art, et de tenir à occuper la place
du trublion.
En somme cet artiste joue sur plusieurs plans : celui du fossoyeur de l'Art ancien et celui de l'annonciateur de la mort de l'art ou de sa métamorphose infinie. Devenir et renaissances qui prennent peut-être ici le dessus sur la question de la destination et du destinataire de toute création.
Exposition Michelangelo Pistoletto, MAMAC de Nice, du 30 juin au 04 novembre 2007.