Viennent de paraître



Chroniques intempestives et subjectives à propos de l'art
de Pierre Givodan

Cet essai est un ensemble de méditations et de considérations sur l'art contemporain illustré par un choix de chroniques (art visuel, littérature, musique) parues entre 2005 et 2008 dans le Web Magazine Art Point France Info.


L'ouvrage est disponible en librairie au prix de 17€ ou sur le site des éditions Complicités

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Lundi 17 septembre 2007

VOYAGEUSE EN HIVER

par J.-Paul Gavard-Perret


Evelyn Gerbaud, Exposition, Octobre 2007, Galerie Bread and Roses, 64 rue Madame, Paris 6ème.




gerbaud.jpg


Plus que le " symphonique " de l'image, son effacement, ses lagunes. Que l'image revienne à l'être. Revenir à elle dans le recueillement, le presque effacement, la fragilité, l'effacement du graphite  où les monstres renaissent chat de Shashire, apocalyptiques protozoaires . Mais plus que les effets de vision, le suspens et le dépouillement. Il s'agit de faire vibrer l'extrême fragilité de l'être, l'extrême précarité de ce qu'il voit par ce dessous de traces afin de préciser par le dessin et ses danses le vertige et l'inutilité dans lesquels nous nous trouvons. Faire aussi que les paysages qui nous cernent se désagrègent afin que - en voyant plus mal ou en décalage - le réel on le voit mieux.



C'est alors que tout passe et ne passe pas au moment où l'image se minimalise sobrement, devient pellicule, effluve rien qu'effluve mais brèche essentielle aussi là où se cache un processus de variation ou de dérapage capable de faire " parler " non seulement l'image mais aussi le corps de manière différente à travers son " animalité ". Surgit ainsi une sorte de musique du corps entrevue, une musique plus profonde que celle que ses pulsions et ses pulsations semblent pouvoir offrir. Car s'il peut sembler exister à première vue une sorte de tautologie, se cache une proposition bien plus complexe. Jouant non seulement dans le temps mais sur le temps  les dessins d'Evelyn Gerbaud possède au sein de leur diaphanéité et leurs " monstres " quelque chose d'étranglement concret.



Mais l'oeuvre ouvre aussi à ce que Deleuze appelait un " temps non pulsé " dans lequel l'organisation de l'image se déploie au plus près du cycle ou des cycles qui nous régissent : cycles réguliers (ceux de l'univers, de la nature) ou cycles alternatifs, irréguliers (de la vie animale, végétative mais aussi symbolique). Ne recherchant jamais un concept iconographique, Evelyn Gerbaud revivifie l'univers de l'image. S'introduit chez elle, et pour que l'imaginaire fonctionne, une sorte d'équilibre entre l'idée abstraite et la réalité, entre le fantasme et son rapport avec la réalité. Entre loi et liberté, abstraction et réalisme, sérieux et dérision, chats et reptiliens des temps forts et forcément factices afin que l'être se retrouve soudain placé dans un espace qui le renvoie à son espace premier.



Certes, l'être a parfois du mal à se reconnaître dans des espaces presque vides mais il est - justement - obligé de s'accrocher à ce qui affleure, résiste. L'espace créé par l'artiste est donc complexe composé des ruines du mythe et de nudité  animale. Et c'est cela qui entre en " résonance " avec ce qu'il y a en nous de plus profond et de plus inconnu, ce qu'il convient de capter en forçant le " trait " afin d'ouvrir une brèche. Reposant sur une sorte d'état d'insécurité l'image joue ici sans cesse sur le déséquilibre. Elle renvoie aussi au corps humain qui lui non plus n'est pas dogmatique.



Evelyn Gerbaud construit ainsi un authentique mouvement dans des dessins qui construisent une " narration "  capable de créer  contiguïté entre l'être et les monstres (gentils ou dangereux) qui l'animent. Cela permet à l'imaginaire d'aller au dessous des apparences et des temps acquis : c'est soudain comme si l'on regardait la réalité de dedans et non de dehors. Un louvoiement surgit   dans de tels dessins et leur tumulte gris pour une dynamique blanche, physique, anti-physique,  préhistorique. L'oeuvre plastique devient ainsi comme une suite de pas de danse  : rien de plus répétitif mais rien de plus variable - lorsque les pas ne se veulent non une marche forcée mais une dérive.



Tant de pas  donc pour cette dérive. Tant de " pas à pas  nulle part " selon la belle  formule de Beckett. Émerge enfin tout ce que  l'art plastique dit alors du silence en cette nécessaire déshérence afin que l'image fasse corps non avec lui même mais les monstres qui l'habitent, jouent dedans, de reprises en reprises, de variations en variations aussi infimes qu'infinies.

 

par Art Point France publié dans : Sur et hors de la toile : J.-P. Gavard Perret ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback
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Lundi 17 septembre 2007
peintures, oeuvres sur papier, livres


du 21 septembre au 31 octobre 2007


galerie Remarque - Trans-en-Provence (83)
 

hollan7.jpgLe privilège du galeriste est d'entrer dans l'atelier du peintre. Il s'engage alors au côté de l'artiste  sur la route du processus créatif, à l'écoute des commentaires, explications, confidences,  spectateur attentif des remoux qui naissent des évolutions.



Alors que le monde change, le galeriste demeure celui qui regarde,  écoute, transmet... 

 

hollan1.jpgStéphanie Ferrat  et Jean-Pierre Sintive "ne montent  jamais" une exposition sans avoir "visité" l'artiste dans son lieu de  travail. Subjugué par Alexandre Hollan, Sintive me confie "Il faut l'avoir rencontré au moins une fois dans sa vie". 


L'invitation est pressante. Hollan sera à la galerie Remarque  le 21 septembre,  jour du vernissage à partir de 18h. A ses côtés, le temps d'une lecture la poètesse canadienne Louise Warren, intime du travail du peintre dira ses textes.

 

hollan2.jpgCar le poète est aussi un familier de l'atelier. 


Quand Yves Bonnefoy a pénétré le territoire de l'oeuvre intense et raffinée de Hollan, il s'en est suivi un petit livre "L'après-midi d'Alexandre Hollan". Paru en 1995, il a grandement participé à la découverte du peintre d'origine hongroise dont l'univers plastique impressionnant  est nourri d'un affrontement quotidien avec les mystères du visible.  

Ils sont plusieurs à percevoir la dimension quasi-mystique de l'oeuvre de Hollan. Ainsi Michel Nuridsany (Extrait du catalogue du Musée Vasarely à Budapest) :



"Il y a là une lenteur fascinante, moment suspendu dans la vacance de toute dynamique. Où rien ne paraît fixé. Ouverte à la lumière, même au plus profond de l'obscur, la peinture d'Alexandre Hollan se livre à l'énigme, en attente de l'apparition. Alors le silence se répand et c'est l'épiphanie. " 

 

 

hollan6.jpgYves Bonnefoy à nouveau  (Extrait du "L'arbre, le signe, la foudre") :  



" ... L'arbre que dessine Hollan attend la foudre. Ces yeux savent percevoir, sous l'apparente continuité de l'écorce, des branches, du feuillage - ces perceptions que les mots suggèrent -, les mille failles qui communiquent avec la véritable substance, laquelle n'est pas la matière, infiniment divisible, mais l'Un, mais l'expérience de l'Un... "

 

 hollanlivre.jpg

La galerie Remarque à l'occasion de l'exposition  monographique de Hollan   publie "Incertitudes". L'ouvrage comprend un  texte de Louise Warren, une vignette et une oeuvre originale de Alexandre Hollan.

 

voir aussi : le site de la galerie Remarque
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Lundi 17 septembre 2007
 
velicovic-ixels.jpg
 

Visages de Velickovic

Le surgissement du néant

 

Il faudrait dire le sentiment qui ressort de cette accumulation de visages, aussi durs que des pierres, aussi seuls qu’au premier ou au dernier jour de la Création. Tout droit sortis des mains du diable, quand la nuit vient lentement entourée de terre et de sable. 

 

Velickovic peint en état de forte concentration depuis les profondeurs de la conscience , dans un clair-obscur immobile qui donne ici aux têtes un aspect fantastique. On voit croître l’impression de l’horreur. Comme un abattement s’élève de ces portraits d’inconnus. Des hommes sans âge donc.  

 

 Et l’on cherche toujours à comprendre d’où vient cette désolation…Des voix muettes et sourdes sonnent le glas de l’espérance.Le regard se perd dans cette humanité humiliée, rendue vaine, composée de débris de crânes et d’os aussi. On ne sait dans quel piège est tombé un jour le peintre. On se confond en conjecture.  

 

Ces yeux assombris. Ces faces de noyés qui cherchent un visage. L’idée de la mort apparaît sans fard.  

 

Le portrait comme réponse à l’énigme du sujet « Qu’est-ce que l’homme ? ».

PG contact@pierregivodan.com


Exposition du 1er au 30 septembre : « Visage ou portrait ? », huit artistes. Galerie Univer, Cité de l’Ameublement, Paris (11ème).

 
voir aussi : le site de la galerie Univer
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