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Samedi 3 mai 2008

jusqu'au  8 juin 2008


Petit Palais - Paris






Le paradoxe de Goya graveur est que plus il se contient moins il se  trahit. Moins il en rajoute et plus il s'exprime.Comme si le graveur  prenait le relais du peintre.Les difficultés de la peinture étant  compensées par le maintient, le rassemblement, véritable tour de  force, quand on songe à ses reprises de Vélasquez et à ses clins  d'oeil à Rembrandt. Mais il réussit sans donner le sentiment de  l'effort, comme sans y penser. Et l'on aime. C'est répétons-le  l'accomplissement de la maîtrise compatible avec le minimum de moyens.


Mais il y a plus. Comme une volonté passionnée de faire vivre  l'Espagne et les siens, de leur porter secours.De ne jamais les perdre  de vue ni les abandonner, de se dévouer corps et âme à leurs bonheurs  et à leurs malheurs, depuis les jeunes filles légères et gaies  jusqu'aux mères terrassées par la douleur des "Désastres de la  guerre". Un désir fou, en toutes circonstances de retenir l'existence.




Aimer ou mourir.Telle semble être la question que pose Goya dans cette  production en noir et blanc. Aimer en renonçant à haïr ou mourir,  comme celui qui accepte de n'être rien : "Le Garroté" par exemple en  est la métaphore. Quant à la douceur ineffable d'aimer , elle est  rendue dans la contradiction vivante des "Caprices" notamment. C'est que Goya était insoluble dans la rationalité. En bon Espagnol  celui-ci se débat entre Les Lumières venues de France et d'Europe et  la fatalité d'un destin qui pèse sur les hommes du Sud. Le sentiment  tragique de la vie n'a pas attendu Unamuno pour éclore sur cette terre  des possibilités impossibles et des évasions intérieures.

Sensible à  l'immoralité du monde et à sa finitude, disposant de la ruse de l'art  et de l'ambiguîté du beau, Goya fonce tête baissée sur l'irrationnel  qu'il tente, vainement  de neutraliser ici.


Sublimation de l'art qui cherche une réponse à la question du Tout et  du Rien en tâtonnant dans l'indicible. Enfin le second point se place à la hauteur des solutions  vertigineuses et infinies. Non plus Tout et Rien mais mais l'un dans  l'autre, indiscernables, indifférents ou qui reviennent au même.

Plus  d'optimisme ni de pessimisme mais un héroïsme de l'extrême, à  mi-chemin de la vie et de la mort, ce qui lui permet de dépasser  définitivement la médiocrité dans les "Tauromachies" ou les  "Disparates" entre autres.
 

Goya graveur se révèle donc définitivement inadapté à la moyenne et  aux compromis impurs dans un monde de relative médiocrité. Bien loin  des jouîssances égoîstes son art est comparable à un devoir cruel, car  tôt ou tard la mort mettra à nu la vie, l'amour et le rêve de  l'artiste est de faire reculer l'instant fatal.


Il était donc important ici à Goya de rappeler ces évidences oubliées  de beaucoup, hier comme aujourd'hui : que vaut la vie sans une raison  vitale d'exister ? Et inversement qu'en est-il du mystère du destin ? Ou mieux : la folie de l'amour nous donnera-t-elle la force  d'outrepasser le néant ?


PG  contact@pierregivodan.com



exposition "Goya graveur" au Petit Palais à Paris, jusqu'au 8 juin 2008.


lire aussi : "Les caprices d'hier et d'aujourd'hui" dans La Feuillée du 06/03/2008


Informations pratiques :

Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris :
Avenue Winston Churchill – Paris (8e)

Renseignements au 01 53 43 40 00

Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 20h pour les expositions temporaires.
Sauf les lundis et jours férié

voir aussi : www.petitpalais.paris.fr

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