jusqu'au 8 juin 2008
Petit Palais - Paris
Le paradoxe de Goya graveur est que plus il se contient moins il se trahit. Moins il en rajoute et plus il s'exprime.Comme si le graveur prenait le relais du peintre.Les difficultés
de la peinture étant compensées par le maintient, le rassemblement, véritable tour de force, quand on songe à ses reprises de Vélasquez et à ses clins d'oeil à Rembrandt. Mais
il réussit sans donner le sentiment de l'effort, comme sans y penser. Et l'on aime. C'est répétons-le l'accomplissement de la maîtrise compatible avec le minimum de moyens.
Mais il y a plus. Comme une volonté passionnée de faire vivre l'Espagne et les siens, de leur porter secours.De ne jamais les perdre de vue ni les abandonner, de se dévouer corps et
âme à leurs bonheurs et à leurs malheurs, depuis les jeunes filles légères et gaies jusqu'aux mères terrassées par la douleur des "Désastres de la guerre". Un désir fou, en
toutes circonstances de retenir l'existence.
Aimer ou mourir.Telle semble être la question que pose Goya dans cette production en noir et blanc. Aimer en renonçant à haïr ou mourir, comme celui qui accepte de n'être rien : "Le
Garroté" par exemple en est la métaphore. Quant à la douceur ineffable d'aimer , elle est rendue dans la contradiction vivante des "Caprices" notamment. C'est que Goya était insoluble
dans la rationalité. En bon Espagnol celui-ci se débat entre Les Lumières venues de France et d'Europe et la fatalité d'un destin qui pèse sur les hommes du Sud. Le sentiment
tragique de la vie n'a pas attendu Unamuno pour éclore sur cette terre des possibilités impossibles et des évasions intérieures.
Sensible à l'immoralité du monde et à sa finitude, disposant de la ruse de l'art et de l'ambiguîté du beau, Goya fonce tête baissée sur l'irrationnel qu'il tente,
vainement de neutraliser ici.
Sublimation de l'art qui cherche une réponse à la question du Tout et du Rien en tâtonnant dans l'indicible. Enfin le second point se place à la hauteur des solutions vertigineuses et
infinies. Non plus Tout et Rien mais mais l'un dans l'autre, indiscernables, indifférents ou qui reviennent au même.
Plus d'optimisme ni de pessimisme mais un héroïsme de l'extrême, à mi-chemin de la vie et de la mort, ce qui lui permet de dépasser définitivement la médiocrité dans les
"Tauromachies" ou les "Disparates" entre autres.
Goya graveur se révèle donc définitivement inadapté à la moyenne et aux compromis impurs dans un monde de relative médiocrité. Bien loin des jouîssances égoîstes son art est
comparable à un devoir cruel, car tôt ou tard la mort mettra à nu la vie, l'amour et le rêve de l'artiste est de faire reculer l'instant fatal.
Il était donc important ici à Goya de rappeler ces évidences oubliées de beaucoup, hier comme aujourd'hui : que vaut la vie sans une raison vitale d'exister ? Et inversement qu'en
est-il du mystère du destin ? Ou mieux : la folie de l'amour nous donnera-t-elle la force d'outrepasser le néant ?
PG contact@pierregivodan.com
exposition "Goya graveur" au Petit Palais à Paris, jusqu'au 8 juin 2008.
lire aussi : "Les caprices d'hier et d'aujourd'hui" dans La Feuillée du 06/03/2008
Informations pratiques :
Petit Palais, Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris :
Avenue Winston Churchill – Paris (8e)
Renseignements au 01 53 43 40 00
Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Nocturne le jeudi jusqu’à 20h pour les expositions temporaires.
Sauf les lundis et jours férié
voir aussi : www.petitpalais.paris.fr
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