Chroniques musicales : Pierre Givodan


Jeudi 27 mai 2010 4 27 /05 /Mai /2010 17:59

 

Luther Allison

 

Luther Allison supporte la lumière.
 
La force du travail de Luther Allison (1939/1997), sa valeur, puise dans la détermination à faire voler en éclat la vie sur le déclin, l'entretien et la reproduction de la facilité limitée à l'énergie agissante pour le voisin. Il a tracé sa route loin des contingences qui invitent à se réfugier dans l'asile du chez soi. Il frappe d'étonnement les sourds d'oreille. Le jour d'avant tout était calme, on se questionnait sur la cause des causes, la volonté absolue de tout dire enfin. Et puis il a commencé à s'agiter. Il a répondu "Low Down and dirty" et la tempête a fait basculer la mer. Et les foules l'ont adoré. Et les dieux, la Nature l'on sauvegardé.


Pourquoi me répondrez-vous? Parce qu'il n'y a pas tant que ça d'hommes qui parlent "les langues de tous les hommes et même des anges" pour plagier l'Evangile. Ce chanteur et guitariste écrit la vérité de sa foi dans le blues bien plus haut que la raison. Il préfère l'excellence à la vulgarité qui fait autorité désormais jusque dans les banlieues. Créé supérieur aux autres animaux, Luther supporte la lumière et dit "croyez dans la vie et vous comprendrez".


PG


DVD "Live in Paradise" Ruf Records 2001.
Ecouter  par exemple aussi you tube " Luther Allison- I wanna know".

 

 

Pierre Givodan  

Chroniques musicales

 

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Mardi 18 mai 2010 2 18 /05 /Mai /2010 18:54

 

Elmore James

Elmore James : le blessé.

Si les esprits qui courent les bois la nuit cessaient une seconde de se poursuivre, il est incontestable qu’il inventeraient l’exception, bien loin des vérités habituelles, avec la même facilité, on l’espère, qu’Elmore James.
C’est avec un bâton peut-être qu’il a brisé le corps d’un serpent. C’est vrai. Mais ce qui l’est encore plus, on dira que c’est son cri du blues. Et ce n’est pas que des mots.
Elmore James (1918,1963) a essayé par sa voix de savoir ce que dit le tempérament mélancolique : l’ancien est le nouveau (et vice-versa). Où est le printemps ?
Elmore chante depuis toujours le droit à la force de dire aussi que le ciel crie « The sky is crying » et que cela lui fait mal « It hurts me too ».
Les ouvriers du temps s’en fichent sans doute. Mais la perte du sentiment de sécurité ; la découverte du principe de difficulté : le doute…tout cela n’est pas soluble dans le rire.
Elmore travaille donc à refaire le périple de la quête d’un sol dur, loin du fini. Inconnue de beaucoup cette pensée pâle à de quoi paraître antinaturelle. Il en sait presque trop et il souffre.
On s’accordera à sa contradiction sans remède, qui envoûte ; à sa voix qui refuse malgré tout d’aller buter contre la tristesse.
PG

 


Ecouter par exemple You Tube Elmore James « it hurts me too »

 

Pierre Givodan

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Lundi 10 mai 2010 1 10 /05 /Mai /2010 09:04

 

Larry Garner

 

Larry Garner : la forve vivante
 
Doit-on penser à des sentiments, des idées que notre imagination déroule (qui n'existent pas hors de notre esprit) ? Chacun s'accordera au moins sur le swing. Il semble pourtant que le jeu de guitare, les sensations limpides, l'idée qui s'exprime d'une révolte maîtrisée, sans mélange et combinée à l'histoire du blues (de Muddy Waters à Stevie Ray Vaughan), rien de tout cela n'existe uniquement pour soi. On peut grâce à Larry Garner obtenir une connaissance intuitive de cette musique. Le morceau que j'entends, l'espace que je vois (Louisiane?), la couleur du son, les impressions sonores, visuelles, existent absolument, comme des choses qui me sont complètement intelligibles. Telle est la liberté de la "théorie" Larry.


Sa musique libère le désir intensément et crée les conditions préalables de la fin de tout asservissement. Pas de standard, mais la destruction de toute dépendance ("For you Mr. King"). Le moi s'accorde cependant avec les célébrités dont il s'honore. L'action de la guitare se réfléchit et se donne entièrement alors dans un acte primitif. Vouloir seul cette avancée sur le terrain de la force vivante est en soi un acte de résistance.


C'est pourquoi il n'est rien de hasardeux dans ce blues. Tout y est déterminé absolument, à l'infini ("Show me that you love me". Son humeur est égale ( "Someplace for evil"); une drôle de bête finalement. L'évolution d'un esprit que l'on peut appeler miraculeux, le choix de la responsabilité de continuer à chanter le blues ("Keep singing the blues"). Et au centre de tout l'humilité d'un univers de la pure subjectivité. Un vie morale en somme qui goûte le champagne ("Champagne and reefer")et le mouvement (Funk it up"). Pour plagier Dostoïevsky " Si Garner n'existait pas, tout ne serait pas permis."


PG


 Ecouter Larry Garner "Here Today Gone Tomorrow" ( 2008, Dixiefrog Records).

 

Pierre Givodan 

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