Les édito de la Feuillée : C. Plassart


Jeudi 4 mars 2010 4 04 /03 /Mars /2010 09:33

 

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Lorsque la peinture tient à un fil.

Michael Raedecker brode. Pourtant ses tableaux sont sans ambiguïté aucune, des oeuvres peintes. Non pas parce que la peinture dans des camaïeux de gris sourd procure un fond aux dessins que les fils brodés esquissent. Mais plutôt parce que l'artiste se souvenant qu'une toile est d'abord un ensemble de fils tissés serrés, use de ceux-ci comme de traits dont la qualité tactile dialogue avec le support.

Ghada Amer est une femme peintre qui coud aussi. Elle peint des images extraites de magazines pornographiques dont elle complique la lecture en brodant sur la toile. Les fils en grand nombre cachent et brouillent les dessins de femmes. La toison des fils sert ici davantage à voiler les fantasmes féminins mis en scène par l'artiste qu'à les révéler. C'est un jeu visuel artistique qu'elle propose. Il consiste pour l'oeil innocent à démêler les formes.

Depuis les années 80, les femmes ont pris la liberté de tout faire : photo, vidéo, performance, installation, peinture, sculpture... et les hommes s'octroient le plaisir de coudre. Michael Raedecker et Ghada Amer sont nés tous deux en 1963, le premier en Hollande, la seconde en Égypte. L'un emploie le fil pour révéler, il brode. L'autre l'utilise pour dissimuler, elle montre les coutures, présente l'envers de l'ouvrage. Dans les deux cas et de manière singulière et troublante, leurs oeuvres appartiennent d'abord au domaine de la peinture.

Catherine Plassart

 

 

(1) Ghada Amer, (2) Hessie, (3) Michael Raedecker

 

 

voir aussi : La Feuillée du mars 2010

 

Catherine Plassart 

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Les éditos de La Feuillée

 

 

 

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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 09:26

 

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L'Abstraction photographique.

 

La reproductibilité condamnait la photographie à ne pas être de l'art. Les clichés devaient connaître l'épuisement et l'usure de la répétition à l'infini. Au lieu de quoi, de nombreuses images nous accompagnent depuis des décennies et sont devenues des icônes chargées de poésie.

 

La photographie fixe ce qui n'a existé qu'un instant et ne se réiterera pas. Elle invente un moment et c'est pourquoi quel que soit son sujet, elle est à comprendre définitivement comme une image mentale. Qu'elle informe, représente, surprenne, signifie, donne à voir, dans le grand silence qu'elle installe, elle nous rend chère l'évocation de l'objet connu ou familier et simultanément précieuse la parcelle de lumière qui ouvre la voie de l'imaginaire.

 

Et l'immobilité qu'elle impose, force l'évidence. Elle contient toujours plus que le morceau de réalité qu'elle subvertit. Elle conjugue la subjectivité de l'auteur et celle de celui qui regarde. La photographie est pensive. La photographie est une abstraction.

Catherine Plassart

 

 

 

photos : (1) Eliott Erwitt, (2) Brassaï, (3) Man Ray


voir aussi : La Feuillée du 18 février 2010



Catherine Plassart 

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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /Fév /2010 08:54
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Vanités contemporaines.

Irréparablement creux, le crâne est la représentation en peinture de la vanité en référence à la parole de l'Ecclésiaste « Vanité des vanités, tout est vanité ». Mais cette annonce qui agite comme une menace un au-delà effrayant pour inciter à une attitude méditative et à un engagement moral valait seulement à d'autres époques. Aujourd'hui le motif de la vanité dans les oeuvres des artistes révèle d'abord une absence, un manque, un vide, en relation avec l'écroulement du sentiment d'exister.

La mort est à la fois une évidence et un non-sens. Sa grande faux mortifère attend son heure inconnaissable et imprévisible. Elle n'est plus pour la modernité ni régénération ni rédemption, elle est tragique et absurde, impossible à conjurer. La "vraie mort" qui prouvait l'unité de toutes les composantes de la vie a sombré derrière la ligne de flottaison d'un espace historique antérieur. D'où la violence des oeuvres contemporaines qui perpétuent l'utilisation d'un motif, la vanité, privée de sa signification première mais nourrie des représentations du monde de l'invisible.

Or précisément le peintre qui ne vit que par le regard de l'autre se perçoit de moins en moins visible. Il soupçonne la peinture elle-même d'être vanité et de révéler la vacuité de toute action humaine dans la masse inerte du monde. Ainsi, il choisit l'explosion et le surgissement du sortilège embusqué dans la mémoire, de préférence à un lent glissement vers la disparition et l'oubli. Il fuit le repli sur soi, récuse la déréliction. Les têtes de mort participent à une danse macabre renouvelée ; elles ne cèdent pas à la tentation d'un sommeil immobile et funèbre. Sublimes ou comiques, isolées ou en sarabande elles intègrent le lieu de l'expérience, traduisent la vie, et réaniment dans le théâtre des ombres le jeu d'exister.

Catherine Plassart



Fabrice Rebeyrolle Le saisissement et la fureur. Une chronique de Philippe André. " L'homme est périssable, comme individu et comme genre. Nous ne le savons que trop, mais faisons mine, la plupart du temps, de l'oublier..."

"C'est la vie - Vanités de Caravage à Damien Hirst" , exposition de 160 peintures, sculptures, photographies, vidéos, bijoux, objets sur le thème des vanités du 03/02 au 28/06 au Musée Maillol à Paris



photos : (1) Fabrice Rebeyrolle, (2) Damien Hirst ,(3) Andy Warhol



voir aussi : La Feuillée du 4 février 2010



Catherine Plassart 

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