Lorsque la peinture tient à un fil.
Michael Raedecker brode. Pourtant ses tableaux sont sans ambiguïté aucune, des oeuvres peintes. Non pas parce que la peinture dans des camaïeux de gris sourd procure un fond aux dessins que les fils brodés esquissent. Mais plutôt parce que l'artiste se souvenant qu'une toile est d'abord un ensemble de fils tissés serrés, use de ceux-ci comme de traits dont la qualité tactile dialogue avec le support.
Ghada Amer est une femme peintre qui coud aussi. Elle peint des images extraites de magazines pornographiques dont elle complique la lecture en brodant sur la toile. Les fils en grand nombre cachent et brouillent les dessins de femmes. La toison des fils sert ici davantage à voiler les fantasmes féminins mis en scène par l'artiste qu'à les révéler. C'est un jeu visuel artistique qu'elle propose. Il consiste pour l'oeil innocent à démêler les formes.
Depuis les années 80, les femmes ont pris la liberté de tout faire : photo, vidéo, performance, installation, peinture, sculpture... et les hommes s'octroient le plaisir de coudre. Michael Raedecker et Ghada Amer sont nés tous deux en 1963, le premier en Hollande, la seconde en Égypte. L'un emploie le fil pour révéler, il brode. L'autre l'utilise pour dissimuler, elle montre les coutures, présente l'envers de l'ouvrage. Dans les deux cas et de manière singulière et troublante, leurs oeuvres appartiennent d'abord au domaine de la peinture.
Catherine Plassart
(1) Ghada Amer, (2) Hessie, (3) Michael Raedecker
voir aussi : La Feuillée du mars 2010
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Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org
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