Mercredi 6 juillet 2011
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Kimonos
une présentation d'oeuvres récentes dans le cadre
du 3 ème Festival des métiers d'art en Cévennes
15, 16 et 17 juillet 2011
à Pont-de-Montvert (48)
Une affaire de genres.
Elisabeth Gerony a répondu a l'invitation des organisateurs de la troisième édition du festival des métiers d'art en Cévennes. Dans le petit village de Pont de Montvert, les habitants ouvrent
leurs portes aux créateurs d'art. Ceux-ci exposent et font des démonstrations dans des garages, caves, anciennes boutiques...
La technique et le matériau exploités par Elisabeth Gerony dans ses dernières créations, des assemblages de métal expliquent sa présence dans la manifestation. Toutefois elle interroge
car Elisabeth Gerony n'est pas artisan mais bel et bien artiste.
Comment en 2011, différencier les deux ordres de la création ? Historiquement quand dans la seconde moitié du XVIIIème, ils ont été pensés institutionnellement, la chose
paraissait entendue. D'un côté l'homme de métier, l'artisan, de l'autre celui qui exprime le beau, l'artiste. D'un côté la production artisanale, de l'autre une oeuvre qui transforme le
réel. A quoi il faut ajouter, la fonctionnalité de la création dans un cas et et la gratuité de la démarche dans l'autre.
A l'ère moderne, tout devient plus complexe. Ces critères et bien d'autres ne valent plus. Alors, dans ces conditions, qu'est-ce qui me permet d'affirmer que les kimonos d'Elisabeth Gerony sont
des oeuvres d'art et non des objets artisanaux ? Pourquoi Elisabeth Gerony est-elle une artiste et non pas un artisan ? Au moment où la création artisanale est de plus en plus détachée des
valeurs utilitaires, la question m'intéresse.
Le territoire d'Elisabeth est celui de l'insubordination. Son art n'appartient qu'à elle, dans ses dimensions de recherche et de conception. Tout comme l'artisan, elle possède une expertise
technique mais l'élaboration de l'oeuvre exclut le recours aux recettes ou aux trucs. Ainsi l'artiste qu'elle est, met en péril ses intentions et son projet initial, ignorant à l'avance le
résultat de ce qui sera plus tard son oeuvre. Cette prise de risques est au fondement de la construction d'un univers et aussi d'une construction de soi. Une construction totale donc, dans
laquelle l’artiste se donne physiquement mais aussi et surtout spirituellement.
Or depuis cent ans, il suffit d'exposer un urinoir dans un musée pour qu'il ait statut d'oeuvre d'art. On imagine que sur un mode identique, une oeuvre d'art présentée au milieu de
productions artisanales dans un festival dédié aux méters d'art court le danger de changer de catégorie. A ce stade, il ne reste plus que deux réponses possibles me semble-t-il : soit
l’art appartenant à tout le monde, chacun en fait sa propre définition, soit à l'opposé, le point de vue élitiste selon lequel un regard aiguisé distinguera le supplément d'âme ayant soufflé
sur la matière pour la transformer en oeuvre d'art.
Pour ce qui me concerne, ce que je réclame est la pérennité de la distinction entre les genres. Non pas pour établir une hiérarchie entre eux, les confronter ou les opposer. Non, certes non
! Mais il me semble qu'on aimera d'autant mieux les uns ou les autres, qu'on les connaîtra pour ce qu'ils offrent de spécifique à nos esprits et à nos yeux.
Catherine Plassart
photos : (1) Kimono rouge, assemblages zinc, fil de fer galva , mordant et techniques de gravure 2010 (2) Kimono aux poissons, assemblages zinc, fil de fer galva , mordant et techniques de
gravure 2011
Informations pratiques :
Festival des Métiers d’art en Cévennes
70 artistes et artisans d’Europe
présence de Roland Daraspe
orfèvre Maître d’art, parrain de cette 3e édition
48220 Pont-de-Monvert
Contacts :M-Luce Bozom : 06 15 15 63 20 / Michel Jouinot : 06 80 22 39 50
voir aussi : la vitrine d'Elisabeth Gerony dans Art Point France