Mercredi 25 août 2010
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L'étrange destin de Joachim Kuhn
L'imagination de Joachim Kuhn est-elle illimitée?
Comme s'il avait une expérience personnelle du désert J. Kuhn s'en représente aussi la réalité. Poète du piano puis du saxophone improvisés qui a su se mettre très tôt dans la peau des sonorités
jazz, il a pu donner forme à un univers de la pure altérité. Jamais moyen, toujours fin et inspiré, cet allemand né en 1944 à Leipzig joue délicatement et avec complexité. Jamais enfermé non plus
dans son monde, vigoureux, constant et bienveillant, il inspire la sympathie et implique ses auditeurs.
Comme s'il avait renoncé à sa patrie pour toute la vie Joachim Kuhn comprend l'inconnu. Emigrant des sons il a su trouver des connivences actives en plongeant sans effroi dans le monde entier. Il
persiste depuis des décennies à créer la panique face à toutes les mises au pas des gens méfiants.
Véritablement menaçant face à l'ordre sonore il pose la question suivante : quel est le sens du partage du rythme et des sons, de leurs objectifs communs et aspirations universelles ?
Il ne s'adresse qu'à des amis.
PG
écouter entre autres "Joachim Kuhn out of the desert" (You Tube).
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Pierre Givodan
Chroniques musicales
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Dimanche 20 juin 2010
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10:25
Jeff Healey : jamais vaincu.
C'était une romance anglaise de Georges Harrison, où il était question d'un amour endormi, de regards oublieux et de guitares "pleurant". L'homme assis, aveugle, chantait d'une voix vibrante.
Trois minutes après il mordait en interprétant "Yer blues" : la guitare coupante, la mélodie, mesuraient la force du battement de son coeur qui exhalait une plainte amoureuse avec des sons
métalliques. De partout on voyait s'incliner la courant qui passait. Il me regardait au loin, l'oeil vague. Puis quand il eut fini d'interpréter "I think I love you too much" il remua de sa
chaise et se mit à bondir en tenant sa guitare de côté. Je m'approchai humblement de lui après le concert nocturne :
- Vous avez appris à jouer à l'école ?
Il remua ses yeux :
- Crois-tu que la jeunesse apprend ça en classe ?
C'était un homme blond sans patriarche à honorer, un Canadien prodigieux qui ne se retournait que devant l'ombre de Jimi Hendrix peut-être.
- Eh bien ! dit-il en soupirant, ce soir ce fut comme une émeute intérieure encore !
- Oui, lui répondis-je, et la société secrète des hommes sans compromis a aussi épouvanté le bourgeois !
- Vous croyez encore à ça, vous ?
Il haussa les épaules et s'enfonça dans un couloir.
PG
Jeff Healey, auteur compositeur et interprète aveugle est mort en 2008 à l'âge de 41 ans.
Ecouter "See the light" live (You tube) entre autres
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Pierre Givodan
Chroniques musicales
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Mardi 8 juin 2010
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08:35
JB Lenoir : Le signe de la résistance.
Ne vous demandez pas : " Comment fait-il pour vivre heureux ? ". J B Lenoir a vécu pour la paix ("Vietnam Blues"). Pas très prudent cependant, il a payé sa dette à la destruction de pas mal de
préjugés : une mort suspecte après un accident de voiture si l'on se souvient bien. Les guerres, c'est ce qu'il n'a jamais compris. Il s'est irrité contre le mal. Il a signé pour une certaine
idée de l'homme. Et puis son pouvoir royal de jouer le blues. Il s'agit pourtant d'en parler. Cette passion a fait une société d'amis lointains (on songe à Nick Cave interprétant dans le film de
Wim Wenders qui lui est en partie dédié le titre détendu "I feel so good".
Enfin ce que je perçois dans ce monde du blues, c'est cette référence muette à l'engagement non pas pour le lendemain, mais pour l'aujourd'hui ("Alabama blues"). Cette mobilité qu'exprime l'art
de JB Lenoir, c'est la puissance, la force d'esprit de l'homme en action contre le désespoir, jamais séparé des autres, mais secrètement recueilli pour ce qui, au-delà de la musique est la
représentation du changement. Un roulement de tambour et le tour est joué. Contre les anciens mimes de l'autorité Lenoir nous fait sentir le remuement des foules. L'anti-repos par le
mouvement du corps. Puissance aussi de l'acteur, jamais compris. Jeu subtil de guitare et occupation de la scène sans tumulte, grâce à une voix qui efface les contraires. JB Lenoir, ou le saut
perpétuel de l'hommage à l'invention du plaisir. La peinture de la danse de l'esprit aussi. Un précepteur de l'éducation sans modèle impérieux qui choisit le moment pour expliquer le mieux
par la musique sa volonté.
PG
Voir ou revoir le fim de Wim Wenders "The soul of a man" (2003). Et écouter entre autres "I feel so good" JB Lenoir... et la version de Nick Cave dans le film ci-dessus nommé (you tube)
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Pierre Givodan
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