Les chroniques intempestives : P. Givodan


Mercredi 18 mai 2011 3 18 /05 /Mai /2011 11:35

 

Le visible et l'invisible

 

Chercher et trouver
 
La question métaphysique du visible (déjà là, déjà construit, déconstruit, reconstruit) et de l'invisible (inaperçu, non percevable, dépassant la perception) recoupe celle de l'idée de   peinture.
En effet il s'agit de se demander d'abord s'il y a des modèles que le peintre retrouverait à l'oeuvre dans la nature ou dans son inspiration, ou si au contraire ce dernier est toujours le premier créateur d'un monde en lequel il s'impose comme fondateur. Lorsque celui-ci décide de se limiter à un style, disons un "langage", il reconnaît déjà sa dette à des maîtres . Dans le cas contraire l'artiste fait l'expérience de l'errance en art, laquelle le met en danger perpétuel. Deux exemples: Picasso ("Je ne cherche pas, je trouve"), André Masson (toujours en recherche, du cubisme au surréalisme, puis à l'expérimentation de l'automatisme).
 
Trouer la toile
 
Lucio Fontana (né en 1899 en Argentine et mort en 1968 en Italie) a crevé la toile. Le trou dans la peinture est l'épreuve du fond et du vide en deçà de celui-ci.
La peinture révèle l'envers du décor. Derrière le spectacle du monde : le rien, le néant. Tout est donc dans l'apparence que l'artiste révèle telle. En cela l'art est bien métaphysique encore et le peintre concurrence Platon. Cachez donc ce néant que je ne saurais voir. Etre ou ne pas être artiste se lit ici : soutenir ou pas le rien derrière l'apparence de la couleur, de la trace, de l'étendue de l'espace de la toile.
 
La quête
 
Peut-on aller plus loin encore ? L'important n'étant pas le but, mais plutôt le chemin, on doit s'intéresser maintenant à l'idée de progrès en peinture.
La première idée à affirmer est que la recherche de la nouveauté annule tout crédit dans une démarche artistique. Seuls les critiques extérieurs voient du nouveau  là ou il n'y a que répétition, travestissement et détournement plus ou moins reussi en art. Prenez la figuration en peinture. Elle se nourrit depuis environ un demi-siècle  de bande dessinée (Guston), cinéma, photographie et opère des synthèses qui libèrent l'artiste de l'Art pauvre et de ses variantes conceptuelles. Le culte du nouveau se déploie dans les chapelles du dogmatisme (l'Etat des fonctionnaires et les écoles d'art des professeurs).
 
Circularité du procès artistique
 
L'art est ainsi bien circulation, mouvement d'aller-retour, révolution. Et l'on voit revenir ce qui a été (néo-académisme, néo-dogmatisme) et disparaître ce qui fut d'abord la norme afin de servir de prétexte à "l'écriture" à venir.
Au mieux, retenir l'idée selon laquelle la peinture notamment est le produit de la peinture ( "La peinture s'apprend au musée", Renoir). L'histoire des formes n'ayant ni commencement ni terme. Processus infini qui signe bien le décès des partisans d'une histoire de l'art comprise comme le déploiement d'un être qui naîtrait, croîtrait et dépérirait.
Le peinture est éternelle, à la façon du monde et de tout ce qui se manifeste ici-bas dans la déclinaison et l'écart.
 
Pierre Givodan

 

 

LUCIO-FONTANA

 

Lucio Fontana Concetto Spaziale

 

 

lucio_fontana_concetto_spaciale

 

Lucio Fontana Concetto 

 

 

guston.jpg

 

Philip Guston Sans Titre 1980

 

Pierre Givodan

Chroniques intempestives

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Dimanche 15 mai 2011 7 15 /05 /Mai /2011 11:37

 

 

 

La liberté en peinture 

 

"Il faudrait pouvoir montrer les tableaux qui sont sous le tableau " Picasso


 
Le palimpseste
 
Effacement, recouvrement ou alors profondeur établie à partir du blanc comme fond, mais l'important étant que ce blanc est conçu déjà comme épaisseur, couche, peinture.
Peinture sur peinture donc . La peinture ne s'établit pas elle-même. Elle n'est pas première. Au fondement de la peinture il y a du déjà peint , effacé, recouvert ou posé sur la toile vierge.
Ainsi l'acte de peindre ne fonde rien . La peinture est dérivée d'une peinture antérieure. On ne commence jamais un tableau, on le recommence. Répétition. Mais non pétition de principe. Il n'y a plus de principe en peinture, pas de vérité aujourd'hui qui ne se prétende relative à un contexte, une période, une étape dans la création. Exit l'idée de Peinture donc avec Ryman par exemple.
 
Feu sur la peinture idéale
 
Il fut sans doute un temps ou l'on avait une idée à priori de la peinture , du sujet et du peintre, de sa vocation, de l'appel auquel il répondait : peinture religieuse, mythologique, oeuvre de commande.
Mais aujourd'hui nous n'en sommes plus là . Le réel semble avoir ruiné l'idée. La peinture se fait pour rien, ou plutôt pour affronter la perte des certitudes. Peinture post-moderne enfin. Plus de grand récit donc, mais le récit d'une perte. Perte du sens ... ou sens en devenir. Renversant la première certitude cartésienne (je pense que je suis peintre donc je m'efforce d'exister tel), la posture actuelle, à rapprocher du "projet" existentialiste donne : j'existe comme peintre donc je me pense progressivement tel. C'était déjà le cas avec Edward Hopper au milieu du XXème siècle.
 
"L'autodafé" symbolique (Munich, 1937)
 
Un moment historique : l'exposition inaugurée sous le régime nazi de " l'art dégénéré ". Cela suppose que derrière Klee et les partisans  de l'art du XXème siècle une guerre se joue dans le goût de l'époque, opposant l'esthétique néo-classique, nostalgique d'une culture, d'un monde disparu et les disciples de l'abstraction et de la fin de l'art imitatif ou normatif. "L'art rend visible" (l'invisible), Klee, ou l'art reconstruit le visible (Speer, architecte d'Hitler).

Pierre Givodan

 

 

 

  Robert-Ryman

 

Robert Ryman 9 série Blanche 2004

 

 

Edward-Hopper-Self-Portrait.jpg

 

Edouard Hopper Autoportrait

 

 

Klee.jpg

 

Paul Klee La légende du Nil 1937

 

 

Pierre Givodan

Chroniques intempestives

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Mardi 26 octobre 2010 2 26 /10 /Oct /2010 10:17

 

 

Damien Hirst

 

 

L’impureté dans l’art
(et le désert croît)

La volonté de salir et le désir d’impureté sont l’expression du mauvais esprit. Je ne vous aime pas dit l’artiste en mal de souffrance. Et je n’aime pas non plus « l’image » que vous avez fait de moi. Je me salis. Je me mets en scène et je vous dévisage. Je suis un monstre. Art de l’exception visible au cinéma, parfois en peinture, en photographie. Art de la provocation. Du corps malmené, des icônes crucifiées. Musique pleureuse qui gémit son mal-être de spasmes et borborygmes crachés. Y a-t-il une époque pour cet état de la conscience ? Appelons là Adolescence psychique. Ou refus de grandir ou plutôt de se grandir. Conscience de la petitesse de l’âme, infiniment creuse, vidée et malheureuse.

 

Mais il y a plus, nous vivons aussi l’acte de naissance de la violence justifiée contre toute inscription dans une continuité. Art de la rupture, de la cassure. Art de la déconstruction et de la destruction, en sculpture, installation. Art de la table rase et de la volonté d’en finir avec l’histoire, le passé, la mémoire au nom d’un désir aveugle sur son véritable objet. Refus du beau, trop naturel, du sublime, trop romantique, de l’enthousiasme, trop primaire et même de la jouissance, décidément naïve, que donne encore parfois quelque artiste isolé… osant.


Et pourtant il y a une histoire de l’art qui assume encore le bonheur de vivre. La joie d’exister. Des peintres, musiciens, gens de théâtre ou de cinéma, des poètes qui cultivent l’harmonie, même et surtout dans la musique, le dialogue, la composition. Un désir assumé de pureté ; le mot qui désormais devrait sonner faux, mais pourquoi ? La haine se vend bien, la colère rapporte gros et il y a un commerce de la laideur, voire même des modes qui justifient une « culture » des perdants de l’histoire qui veulent le pouvoir. Car nous y sommes. Le refus d’hier, le désir du soir, la volonté d’en finir, le nihilisme en somme dans l’art et dans les apparences ne sont que la manifestation concrète de cette perte d’origine non comprise ( mal voulue) dont se repaissent les partisans de l’impur qui hantent musées, décors et places laissées vides.
PG

 

 

 

 

 

André Cerrano Piss Christ

 

André Cerrano Piss Christ

 

 

 

maurizio cattelan

 

Maurizio Cattelan Hitler

 

 

 

nan-20goldin5.jpg

 Nan Golding

 

 

photo (1) : Damien Hirst  The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living (1991)

 

 

 

 

Pierre Givodan

Chroniques intempestives

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