Sur et hors de la toile : J.-P. Gavard Perret


Lundi 21 janvier 2008 1 21 /01 /Jan /2008 15:15

"Cooul"

du 30 janvier au 8 mars 2008

Galerie Villa des Tourelles, Nanterre (92) 


Jérôme Boutterin "...Il existe chez Jérôme Boutterin tout un jeu entre le réel et la profondeur de vue à laquelle il soumet son abstraction si particulière. Dans la période des "grilles"  comme dans ses "monochromies"  plus récentes, il déroule sa recherche à la lisière de l'ombre et  de la lumière. Le peintre joue sur deux aspects qui se contredisent et se compénètrent : le monde et son ombre. Son  travail extrêmement mobile et articulé en appelle à la casuistique des fugues musicales. Pas étonnant alors que son exposition se double d'une correspondance avec l'altiste Geneviève Strosser.  Au résultat, un travail en un sens, massif,  une exposition  extrêmement unitaire, indivisible..."

J-Paul Gavard-Perret 


informations pratiques :

Vernissage le mercredi 30 janvier de 18h à 21h en présence de l’artiste.

Rencontre-débat le dimanche 3 février 2008 à 15h avec Jérôme Boutterin, Marc Donnadieu (directeur du FRAC de Haute-Normandie), Gaël Charbau (critique d’art, directeurdes Editions Particules).

Correspondance musicale dans la galerie à 19h avec l’altiste Geneviève Strosser (une programmation de l’ensemble de musique contemporaine tm+ en résidence à Nanterre).



Galerie Villa des Tourelles
9, rue des Anciennes-Mairies
92000 Nanterre
Tel 01 41 37 52 06
Ouverture mardi / jeudi / vendredi de 16h à 19h, mercredi et samedi de 14h à 19h
Entrée libre

voir aussi : le dossier de presse de l'exposition PDF

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Dimanche 13 janvier 2008 7 13 /01 /Jan /2008 12:45

UN MORCEAU D'ESPACE, UNE ESPECE D'HOMME

par  J-Paul Gavard-Perret.

David Scher, " The end is near (in a way) so repent somehow ", galerie Jean Brolly, Montmorency, Paris 3ème, 5 janvier-9 février 2007.



  David Scher



Le dessin (qui constitue la part essentielle du peintre new-yorkais) pense la topologie de l'être : il nous met au centre du lieu où il se déploie. Le dessin devient donc la monstration de l'être. Il en est aussi la parousie car à la fois, il le montre et le dit en le faisant retourner à son origine : celle de la lumière, même si chez l'artiste né en 1952 elle reste avant tout noire. Anthropomorphisme et dessin sont donc imbriqués dans un entrecroisement phénoménologique où tout se tient dans ce que Heidegger demandait à l'art : " faire voir à partir de l'être même ce qui se montre de lui-même ". Scher montre ainsi ce qui d'ordinaire ne se montre pas tant notre vision est recouverte d'habitude et reste ainsi paradoxalement en retrait. Ici le dessin intercepte les mouvements de référenceS vers une monstration particulière. Les lignes cessent de s'effacer devant les êtres, elles deviennent formes pour elles-mêmes d'où leur paradoxe au moment où elles sembleraient pouvoir venir singer le réel. Chaque ¦uvre de l'artiste nous fait face comme une bulle qui boursoufle la surface du support afin de proposer l'épreuve d'une rupture entre le sens idéal de la figuration et la présence humaine qui est là sans que les lignes puissent la rencontrer. Celles-ci deviennent des sortes de monstres privés de sens : articulés pourtant elles n'articulent rien. Elles deviennent les avertisseurs d'états limites des êtres par un langage dont l'idéalité retirée rend soudain capable d'offrir du singulier.



Il existe donc en de telles représentations humaines un suspens où la référence est différée, comme hors du monde ou sans monde (puisqu'il n'existe pas d'appels à des hors champs implicites). A la faveur de cette oblitération du rapport au monde, chaque dessin devient libre d'entrer en rapport avec ceux qui les jouxtent et qui viennent prendre la place de la réalité circonstanciée suggérée habituellement par ce qu'on nomme le vivant. Scher offre ainsi et comme peut d'artistes savent le faire des rapports in-vitro qui constituent de fait et même s'il ne s'agit que de " restes " ce qu'il demeure de l'art lorsqu'il n'est plus que lui-même : à savoir au service de rien : ni du monde, ni de la théorie. Juste de la stratégie qu'il engage. Le dessin devient un morceau d'espace plus qu'une espèce d'homme. C'est à la fois un nuage, une chute, de l'eau avalée quand on a soif, le mur ou l'empierrement du monde, l'instant de tout ce qui voudrait unir mais qui surgit uniquement dans un espace de la séparation. Morcelé par ses intervalles dont il renverse le grand large absolu, le dessin devient l'entre, l'éclaircie de l'ouvert. Le ciel et la terre sont comme réunis sous les pieds des silhouettes et c'est pourquoi la marche esquissée ne possède plus de cesse là où le dessin (fidèle aux injonction de Giacometti) n'a plus besoin d'esquisser de mouvements. Simplement la lacune humaine a remplacé son centre. David Scher en prolonge une extrémité. A savoir celle de son imprononcé : éclat de graphite dans l'éclat blanc de la page où il s'écrase.

 


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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 /10 /Oct /2007 16:05

L'ESPACE DES SIGNES ET LES FORMES DE L'ESPACE .

par J.-Paul Gavard-Perret




CHRISTINE CROZAT



Dans l'acte de la dessinatrice  et de la vidéaste nous pouvons reconnaître la conjonction de deux regards. Celui de silex : tout en concentration, il communique à l'espace une rigueur. L'autre est comparable à celui que les chinois nomment " regard du poignet vide " : la tension de corps s'y annule pour conduire le regard en résonance avec le monde : l'artiste n'y  est plus que réceptivité sans projet (apparent), ni " souci ". Dans les deux cas cependant, et Christine Crozat le prouve, ce n'est pas seulement le regard qui est en jeu mais le corps tout entier. Le regard, induit les signes qu'il repère et isole, devient une esquisse motrice du corps exposé à l'espace. De la sorte s'établit un cycle non seulement du regard à la main mais de monde à monde - par cette dernière formule il faut comprendre que l'artiste s'érige comme relais entre les deux là où ils s'articulent mutuellement à l'intérieur de la créatrice comme en chacun de nous. Mais avec  une différence : ces signes sont considérés aussi (ou surtout) du point de vue esthétique.



Le rapport qu'entretient l'artiste avec le monde se forge en une intériorité réciproque. Le réel pour elle n'est pas l'occasion d'un dessin, d'une vidéo ni même l'occasion de confirmer ou d'infirmer une théorie ou une pratique de l'image ou d'une logo-machie. C'est une suite de moments de choses que Christine Crozat ne donne pas en livraison mais sous forme d'états critiques. Elle décèle et descelle le monde à travers sa signalétique pour accéder à une sorte d'essence, de langage d'un langage. Chaque oeuvre donne ainsi jour dans l'espace, à une texture, un flux, une émergence ou tout aussi bien un défaut - par manque ou par excès. Ce qu'elle traque est donc l'écart dans le réel - un écart pas forcément perçu comme tel mais qui fait signe au signe lui-même pour le transgresser ou le déplacer. Le monde n'est cependant pas pour elle un objet : il est ce d'où chaque élément apparaissant se fait annoncer comme " étant ". Il est ce qui doit s'ouvrir à nous au lieu même de notre ouverture à lui et de notre conscience des signes qui nous induisent à une lecture univoque.



Le rapport moi-monde impliqué dans cette rencontre, dans ce travail n'est donc pas un rapport entre deux choses données, acquises. Il est constitué de ce mouvement qu'il faut appeler et rappeler sans cesse lorsque l'on est comme Christine Crozat une artiste digne de ce nom. Plus que monde ou de ses signes il faut alors parler de phénomène. Ce dernier est, à chaque fois, le trait du monde dans lequel celui-ci se fait jour dans un éclair de réalité reprise, re-décodée, reconsidérée. Mais cette potentialité n'apparaît qu'avec une co-naissance au monde, avec une sorte d'ascèse mais aussi dans le sentir et la lucidité. Peu en sont capables, Christine Crozat le prouve en créant des oeuvres qui ne sont pas des signes mais des formes. Une forme peut-être ligne, point ou surface en tant qu'ils informent l'espace en se formant eux-mêmes. C'est pourquoi dans une telle recherche les formes ne sont pas signes. Un signe est indifférent au lieu dans lequel il se configure. Une forme est intransposable dans un autre espace : celui où elle s'expose fait partie d'elle autant qu'elle de lui. Ils sont l'un à l'autre en incidence interne réciproque. Une forme de Christine Crozat est donc plus qu'un signe : elle instaure l'espace dans lequel elle a lieu. Elle n'est pas, elle existe, surgit en géodésique de l'espace avant d'être limite d'une figure ou indication d'un contour.

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