L’africain souterrain
On se souvient de lui comme du pianiste mythique de John Coltrane. On aurait tort cependant d'oublier le compositeur de "Song for my lady", son lyrisme, ses envolées, ses improvisations si caractéristiques, relevées par le saxophone de Sonny Fortune. Il s'agit évidemment de Mac Coy Tyner, pianiste à rendre jaloux n'importe quel amateur de clavier bien tempéré.
Et puis l'on réentend ses adaptations de "Impressions", "Aisha", la batterie de Elvin Jones, si subtile et la basse de Ron Carter tellement claire. Freddie Hubbard à la trompette, Eric
Dolphy au saxophone...c'est vraiment inespéré et assez incompréhensible. Cela paraît si simple et pourtant on frôle le génie.
On passe ensuite à la phase encore plus personnelle, franchement ludique et exotique :"Hymne song". Le fameux Jack De Johnette est à la batterie et Eddie Gomez à la basse ; l'euphorie vous gagne.
" I Wanna Stand Over There", et l'on est franchement ailleurs. Cecil Mc Bee ( basse) n'y est pas pour rien. Le sommet est pour moi atteind avec le "Prélude in E minor op 28 n° 4" de Chopin repris
et déconstruit par Mc Coy.
"Génésis" est surprenant de trouvailles au niveau de l'orchestration et des arrangements de cuivres. On croise aussi Stéphane Grappelli qui revient honorer au violon John Coltrane
pour jouer "Mr P.C".
"Poursuit" nous conduit enfin au pays de Mac Coy Tyner : l'Afrique souterraine, son soubassement rythmique et sonore, sa pulsation sourde que génère Guilherme Franco aux percussions. Et l'on
termine ce parcours mémorable avec "Ev'ry Time We Say Goodbye", le saxophone de John Coltrane et ce jeu si retenu, si coulant et fluide de Mac Coy. La démonstration est limpide et on en redemande
pour trente ans.
Le disque en a dix déjà. " Warner Jazz, Les Incontournables, Mc Coy Tyner (1997)".
PG
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Pierre Givodan |


