Chroniques musicales : Pierre Givodan


Jeudi 10 mai 2007 4 10 /05 /Mai /2007 11:32

 

Mc Coy Tyner  

L’africain souterrain

 

On se souvient de lui comme du pianiste mythique de John Coltrane. On aurait tort  cependant d'oublier le compositeur de "Song for my lady", son lyrisme, ses envolées, ses improvisations si caractéristiques, relevées par le saxophone de Sonny Fortune. Il s'agit évidemment de Mac Coy Tyner, pianiste à rendre jaloux n'importe quel amateur de clavier bien tempéré.


Et puis l'on  réentend ses adaptations de "Impressions", "Aisha", la batterie de Elvin Jones, si subtile et la basse de Ron Carter tellement claire. Freddie Hubbard à la trompette, Eric Dolphy au saxophone...c'est vraiment inespéré et assez incompréhensible. Cela paraît si simple et pourtant on frôle le génie.


On passe ensuite à la phase encore plus personnelle, franchement ludique et exotique :"Hymne song". Le fameux Jack De Johnette est à la batterie et Eddie Gomez à la basse ; l'euphorie vous gagne. " I Wanna Stand Over There", et l'on est franchement ailleurs. Cecil Mc Bee ( basse) n'y est pas pour rien. Le sommet est pour moi atteind avec le "Prélude in E minor op 28 n° 4" de Chopin repris et déconstruit par Mc Coy.


"Génésis" est surprenant de trouvailles au niveau de l'orchestration  et des arrangements de cuivres. On croise aussi Stéphane Grappelli qui revient honorer au violon John Coltrane  pour jouer "Mr P.C".


"Poursuit" nous conduit enfin au pays de Mac Coy Tyner : l'Afrique souterraine, son soubassement rythmique et sonore, sa pulsation sourde que génère Guilherme Franco aux percussions. Et l'on termine ce parcours mémorable avec "Ev'ry Time We Say Goodbye", le saxophone de John Coltrane et ce jeu si retenu, si coulant et fluide de Mac Coy. La démonstration est limpide et on en redemande pour trente ans.


Le disque en a dix déjà. " Warner Jazz, Les Incontournables, Mc Coy Tyner (1997)".


PG

 

 

Pierre Givodan

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Mercredi 18 avril 2007 3 18 /04 /Avr /2007 17:47

 

Archie Shepp

 

Se ressouvenir avec Archie Shepp

 

Pour plagier Camus nous dirons qu’il n'y a qu'un problème philosophique sérieux et c'est non pas le suicide, comme ajoutait celui-ci dans le Mythe de Sisyphe (ouvrage de jeunesse) mais la question du Commencement. Archie Shepp est le musicien de cette interrogation.


En effet la question du commencement est connexe à celle de l'origine et aussi de la fin de toute chose. Les choix musicaux de celui qui fut un des fondateurs du Free Jazz s'enracinent dans des choix de vie (Amérique, Europe, France et retours...), des déplacements géographiques, des aventures artistiques (monologues, dialogues), des détours.


Mais toujours une même quête biographique, autobiographique, vitale, filiale, existentielle et, osons le mot, métaphysique.


Il n'y a en effet aucune légèreté, mais pas non plus de maladie, de peur, ou de raté dans sa musique. Pour tout dire ce professeur d'histoire de la musique afro-américane  respire la santé. Mais il y a plus, comme une application à approcher l'essentiel, à cerner ce qui fait sens dans l'apparence d'une vie. Comme un chant lointain qui perdure... un lyrisme sans gâtisme, ni régionalisme ou provincialisme.


J'ai rencontré Archie Shepp il y a longtemps. J'étais âgé de 18 ou tout au plus 20 ans. Il m'a renvoyé à moi-même lorsque je l'ai questionné sur son inspiration. L'art, bien compris, renvoie toujours à soi, mais son enjeu est ailleurs évidemment, dans ce qui ouvre le moi à autre chose qu'à la haine ou le mépris. Quelque chose de plus beau, de plus haut, que nous ne pouvons qu'entrevoir à partir de l'intuition d'un Commencement. A partir d'une certaine idée de l'origine et de l'anticipation de la fin.


Derrière l'identité, l'histoire, la mémoire, c'est à un Ressouvenir pour plagier cette fois un autre écrivain et vrai philosophe (il s'agit de Platon) qu'Archie Shepp nous conduit. Ecoutons pour s'en convaincre "Goin' Home" enregistré avec Horace Parlan.


En résumé, les faibles passent et s'effacent en boitant, mais les courageux laissent une trace. Archie Shepp le démontre encore avec "la grâce" .


Pierre Givodan

 

 

 

Lundi 7 mai 2007 à 19h30


Les Soirées Nomades et Archieball présentent


Born Free
Concert anniversaire des 70 ans d’ Archie Shepp


Jardin de la Fondation Cartier pour l’art contemporain Paris

Avec Born Free, Archie Shepp inaugure une rencontre exceptionnelle et audacieuse entre musiciens américains, français et africains, toutes générations confondues. Entre hip hop, jazz libertaire et musique africaine, le projet Born Free est l’expression actuelle la plus aboutie de la musique africaine-américaine. Parce qu’il n’y a pas d’anniversaire sans surprises, Archie Shepp invitera lors de ce concert hors normes quelques-uns des meilleurs jazzmen qui l’ont accompagné au cours de sa carrière.

Avec
Archie Shepp : saxophones ténor et soprano, voix ; Jalal : voix ; Rocé : voix ; Cheick Tidiane Seck : clavier ; Avery Sharpe : basse électrique ; Pavel Shepp : percussions ; Stéphane Guéry : guitare ; Tom McClung : piano; Steve McCraven : batterie ; et d’autres invités...

 

La Fondation Cartier pour l'art contemporain est ouverte tous les jours, sauf le lundi, de 12h à 20h. 261, boulevard Raspail 75014 Paris


métro Raspail
bus 38 et 68
RER Denfert Rochereau

 

voir aussi : le site de la Fondation Cartier

 

Pierre Givodan

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Jeudi 29 mars 2007 4 29 /03 /Mars /2007 05:40

 

Nous ne sommes pas des animaux !  mais alors que sommes-nous ?


Nous sommes des êtres libres, c'est à dire "anti-naturels". Nous refusons le monde comme il nous est  donné. Pourquoi ? Parce que nous ne nous identifions pas à lui . Il contient la mort, le temps, le néant. Nous sommes des êtres finis qui pensons l'Etre comme infini, éternel... C'est pourquoi nous avons inventé la culture, comme négation de la nature et l'histoire comme tentative d'aménagement  de l'existence individuelle.


Le problème que sous-entend la thèse dualiste est celui de l'être humain comme mixte de nature et de liberté. Cette mixité demeure inexplicable. C'est pourquoi le "connais-toi toi même" de l'oracle de Delphes situé à l'entrée du temple d'Apollon, reste à ce jour un horizon pour la pensée et un outil de la création artistique. Jamais un blues comme " There must be a better world  somewhere" (Il doit y avoir un monde meilleur quelque part) n'aurait pu être interprété par un lapin ou un chat avec la fougue et l'entrain de Doctor John et M. B.B. King dans "Deuces Wild". 

 

Pierre Givodan

 

Pierre Givodan

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