Propos d'artistes


Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 20:34

30 janvier au  21 mars 2010

Hôtel des Arts - Toulon (83)




Jan Voss



Parce que l’art de Voss est une invitation à laisser de côté tout préjugé, il convient de l’aborder sans aucun préalable. Sans chercher à lui plaquer d’emblée un discours qui le spécifierait à l’aune de telle ou telle tendance.
Philippe Piguet




  Jan Voss



« Peut-être y a-t-il une sorte d’anticipation, un sentiment de déjà-vu projeté en avant quand un peintre affronte sa toile vierge ? Un instinct pareil à celui de l’aveugle qui a une idée de ce qui se trouve devant lui et autour de lui, sans encore en connaître les détails. Cette chose à venir, je la vois immanquablement comme une addition de formes… que j’ordonnerai plus tard pour obtenir une surface dense et d’une répartition plus ou mois égale. Petit à petit le champ pictural se peuplera donc de différentes figures ou de différentes formes qui entreront en relation les unes avec les autres simplement à cause de leur voisinage, ou par une fortune commune, ou encore en réponse de l’une à l’autre ».
Jan Voss




Jan Voss



photos : (1) Omnivores, 2003, 220 x 400 cm, acrylique sur toile,(2) Sans titre, 2002, 162 x 130 cm, acrylique sur toile,(3) Relief blanc, 2007, 170 x 130 x 20 cm, bois


Informations pratiques :

Hôtel des Arts
236 boulevard Général Leclerc
83000 Toulon
Tél. 04 94 91 69 18

Horaires : exposition ouverte tous les jours de 11 h à 18 h,
sauf les lundis et les jours fériés.
Tarif : entrée gratuite

voir aussi : www.hdatoulon.fr

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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 14:44




Fabrice Rebeyrolle




Le saisissement et la fureur

Philippe André


L’homme est périssable, comme individu et comme genre. Nous ne le savons que trop, mais faisons mine, la plupart du temps, de l’oublier. Si l’illusion de l’immortalité s’enracine dans l’archè de chacun, principe passé et présent forgé aux origines, à tout instant la désillusion peut nous projeter dans le trou noir de la mélancolie, monde clos où défile la seule noria des objets intérieurs. Autant ne pas trop se leurrer : tout aura sa fin, et à commencer par soi.


Mais l’œuvre d’art ne ferait-elle pas exception? Siècle après siècle, ne l’aurions-nous pas dressée au rang de trace inaltérable ?  Ne serait-elle pas devenue notre meilleure porte d’accès à l’infini ? La Chaconne en ré mineur de Bach, idéale au point de pouvoir se passer de toute voix instrumentale, ne continuera-t-elle pas de résonner dans l’univers dilaté, proche du zéro absolu, dont l’homme et toute vie organique auront disparu ? La Nuit de Michel-Ange ne poursuivra-t-elle pas de son anatomie étrangement inquiétante les galaxies lancées dans une dispersion sans but ? Un unique autoportrait de Rembrandt, un seul, ne pourra-t-il résister à l’emprise totale de l’énergie noire ?

Fabrice Rebeyrolle
Dans l’atelier de Fabrice Rebeyrolle – véritable laboratoire du docteur Faust - la poussière a recouvert les monceaux de livres. Un crâne est resté abandonné sur le côté. Le sablier ne sait plus reconnaître la flèche du temps qui l’animait… Impavides jusqu’à leur propre négation, les Vanités affirment que le rêve d’infini est illusoire. Œuvres humaines, trop humaines, art qui observe l’art d’une orbite au regard sans état d’âme, elles affirment leur appartenance à une durée infime. Réduite en esclavage avant de périr sous les coups de Clytemnestre, Cassandre sera elle-même anéantie par la catastrophe qu’elle avait augurée. L’agonie de Troie fut brève et sans espoir de retour.


Ce message d’une fin du temps, les Vanités de Fabrice Rebeyrolle donnent à le voir sans faux-fuyants, dans une musique aux harmonies inspirées par la pure vision. Une constellation de crânes virevolte dans l’espace caverneux de la pensée que leur voûte construisait autrefois. Cimentés jusqu’à faire corps, nés du jour, du feu, du ciel – de l’enfer ? -, solitaires toujours, objets foudroyés, ils errent, uniques symboles d’eux-mêmes, ne délivrant d’autre message que leur seule intransigeance, opiniâtres, peu désireux d’en découdre, tout juste attentifs aux explosions florales de quelque guerre aérienne oubliée.


La capacité de vision est en même temps celle d’affronter les lumières célestes et d’éclairer le noir des abîmes, de voyager jusqu’aux confins des océans, des sphères étoilées comme au plus ténébreux de soi. Ainsi se résume le programme de cette divine comédie : voyager jusqu’au risque de cécité, tel Dante dans le sillage de Béatrice, mais voir tout de même de quoi, au fin fond, nous fûmes constitués, voir en quelles régions désolées Dürer plongea le regard de son ange mélancolique, en quel espace qui n’est même plus au contact des contrées imaginaires ?

Fabrice Rebeyrolle
Gris, jaunes orangés, cendres, goudron et huile, bleus d’azur, blancs de craie, impacts rougeoyants, violets nimbant les orbites, écrivent une partition dionysiaque sans artifices, sans espoir d’au-delà, sans religion. L’ouverture est vertigineuse si nous acceptons de graviter sur la frontière étroite entre hallucination et rêve. Évitant le faux-pas entre folie et édulcoration, nous retournons en un temps sans histoire, avant ou après l’intervalle humaniste de la Chaconne. Le rythme, immédiat, ne vise aucune prévisibilité. Les turbulences des fonds oublient la perspective pour imposer comme une image quantique du vide : tout, à n’importe quel moment, pourrait surgir. Ils sont rares, ainsi le constatait Hölderlin, les êtres capables de saisir la foudre à pleines mains.

Ce sont actes téméraires, ces Vanités, qui disent beaucoup d’un lieu extrême, « dépouillé dans l’intellect », proche du « Ciel des étoiles fixes » (Dante). « Ce sont de brûlantes études, de tempête et d’épouvante » (ainsi Robert Schumann qualifiait les Grandes Études pour piano de Franz Liszt). Mais ne sont-elles pas la plus respectueuse réponse à Julien Gracq qui regrettait la disparition de deux catégories harmoniques majeures : le saisissement et la fureur ?

Mas de Bellet, 17 janvier 2010





Fabrice Rebeyrolle






Fabrice Rebeyrolle





Photos :  « Ni le jour, ni l’heure. » suite de Vanités de Fabrice Rebeyrolle 2009  : (1) 122 x 170 cm  technique mixte sur panneau, (2) 81 x 100 cm  technique mixte sur panneau ,(3) 48 x 60 cm technique mixte sur papier ,(4) 95,5 x 96,5 cm technique mixte sur papier, (5) 138 x 152 cm technique mixte sur papier affiche



Voir aussi : la vitrine de Fabrice Rebeyrolle dans Art Point France, ses livres d'artiste




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Jeudi 10 septembre 2009 4 10 /09 /Sep /2009 06:18

Les reflets de l’(a)utre
Dessins et peintures d’après des photographies de
A.ARTAUD, S. FREUD, P. REBEYROLLE, B. VIAN


Du 23/09 au 06/10/2009

Au Garage Moderne - Bordeaux



Patrick Santus



Propos d'artiste.

Dans un entretien de 1966, Francis Bacon parle de l'Homme qui, réalisant sa nature d'accident dénuée de sens et futile, doit malgré tout jouer le jeu jusqu'au bout. Puis évoquant Vélasquez et Rembrandt, "légèrement conditionnés par certains types de possibilités religieuses", il poursuit avec l’homme moderne, qui voyant ces possibilités religieuses s'annuler, ne peut que s'efforcer de faire quelque chose de "très très positif"‘en essayant de s'abuser "par une sorte d'immortalité  achetée aux médecins".


Pour Bacon, cette vision a transformé "l'art en un jeu avec lequel l'homme se distrait", ce qui rend fascinant le fait que tout va devenir de plus en plus difficile pour l'artiste, et qu’il lui faudra "vraiment approfondir le jeu pour aboutir à quoi que ce soit de bon".
Quel est ce jeu ? Quel en est son objet ?
Pourquoi sommes-nous toujours touchés par certaines "œuvres conditionnées" ? 
Quel est ce mystère résistant aux explications régulières des exégètes de l'art et qui reste entier, extrêmement vivant  depuis l’aube de l’humanité ? Que nous révèle cette peinture ?
Celle, qui, avec, ou sans possibilités religieuses, sans rebords, nous envoie l'image immuable, originelle de cette vacuité, de ce je(u)  qui ne cesse de se dérober à notre compréhension. C'est pourtant là, dans ce rien, au bord de ce trou, que le peintre trouve la résonance, avec ce "Misérable Miracle", celui qui, rongé par l'angoisse de sa mort, s'étourdit, s'enveloppe de la surface des choses et se voile le regard, croyant par ces nouvelles médicales possibilités religieuses, échapper à ses Gorgones, à sa Médusa.


C'est dans cette réalité que l'artiste doit œuvrer pour espérer opérer un déplacement de soi vers le Monde, non pas grâce à des référents culturels quelconques, mais par l'immersion entière et désirée dans cet acte toujours vierge et difficile qui est de peindre sans savoir ou ça/voir. C'est ici, dans ce mouvement "d'homme vrai sans situation qui ne cesse d'entrer ou de sortir par les portes de ses sens", que j'essaie de développer mon travail.
Ces photographies en sont le support.
Dans le temps, sans raison, mais avec ces maîtres comme boussole.
Hors ce sentier, je ne vois que du décor, du "rétinien", et là c'est une autre route.

Patrick Santus

 
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Peintre,  Patrick Santus expose depuis 1967. Son  sujet est l'inconscient et ses motifs les figures des hommes qui incarnent le mieux  le sujet : Freud, Artaud mais aussi Boris Vian et Paul Rebeyrolle. Il déclare avec les modernes que le sens de la peinture n'existe pas. Sa résonance tient dans la part de soi-même qu'y met l'artiste dans un lacher prise qui autorise l'improvisation comme dans le Jazz. Le langage pictural de Patrick Santus est celui qui convient à "l'inconscient narratif"  dans une tentative de penser  ainsi l'impensable amour.

C.P.



Patrick Santus




Patrick Santus




photos :
(1) Sans Titre 180 x 180 cm 2009, (2) Sans Titre 180 x 180 cm 2009, (3) Sans Titre 180 x 180 cm 2009
 

Informations pratiques :

Au Garage Moderne
1 rue des étrangers  33000 Bordeaux
ouvert tous les jours sauf dimanche de 11h à 18h30


voir aussi : la vitrine de Patrick Santus dans Art Point France


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