Propos d'artistes


Lundi 25 décembre 2006 1 25 /12 /Déc /2006 09:51
D'un Noël à l'autre
 
  Noël Dolla
Leurre de Noë 1998
Hameçon, guirlande, plumes
Photographie Noël Dolla
 

confidences :

 

"5 mai 1945 Papa a 16 ans, maman aussi. 3 frères suivront : 1947 Claude, 1957 Patrick, 1960 Serge.

Mon grand-père Homère est peintre (fresque, faux bois, faux marbre, etc..) modeste, il peint pour son plaisir des roses et des marines. Il va souvent à la pèche au mulet.

C'est le personnage le plus important de ma vie.

Il disparaît la nuit de Noël 1966.

Ce jour là, j'ai fait voeux de peindre et de pêcher tous les 25 décembre de ma vie.

Dit grand-père ça sert à quoi tous ces Dieux ? à rien mon enfant, ou plutôt si, à faire trembler et r^ver les pauvres et à enrichir plus encore sont qui sont déjà très riches et qui veulent prendre ou garder le pouvoir.

Dit grand-père, il était grand comment le plus grand poisson que tu as pris à la ligne ?

Dit grand-père, le peintre en bâtiments est-il vraiment le roi du monochrome ? "

 

publications :

Le distributeur nouvelle à paraître prochainement

la parole dite par un oeil, de Noël Dolla coll. Esthétique eds L'Harmattan 1995
Noël Dolla Le Trou du Louvre
Texte inédit accompagné d'un monotype original, sur feuille de plomb Ed. Jannink 1999
voir l'ouvrage (achetez avec Art Point France)

 

exposition

L’exposition/invitation de Sandra D. Lecoq au Dojo à Nice convoque la participation de plusieurs artistes dont Noël Dolla avec qui elle a été mariée 8ans. "Délicieux Cadavre Exquis ou l’histoire d’une ‘Sainte’ famille recomposée " jusqu'au 23 février 2007

 
voir aussi : des oeuvres dans documentsd'artistes
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Mercredi 20 décembre 2006 3 20 /12 /Déc /2006 08:24

"Il faut produire du silence"

 

 

Jaume Plensa

 

H.-F. D.  :

A l'exemple de votre récente exposition à la galerie Lelong, vous travaillez très souvent avec des lettres.

J.P. : Cela vient de loin : dans ma famille on a toujours été plus entouré par les livres que par les images. En conséquence le texte est pour moi quelque chose de naturel. Les lettres, les mots sont donc devenus mon matériau. Il y a des artistes qui travaillent avec du bois, avec du fer, ce qui peut m'arriver également, mais j'aime avant tout travailler avec l'écrit, comme une matière qui fait partie de ma mémoire. J'y trouve par ailleurs un aspect presque organique : l'association des lettres comme les cellules du corps, peut former des mots donc des organismes plus complexes ; les mots entre eux peuvent former un texte qui avec d'autres peut écrire une culture. c'est un peu comme la pierre de la création : au départ, il y a la pierre, ensuite il y a la ville autour, puis c'est l'état, le pays, le continent, le monde, l'univers. Telles ds briques les lettres ont une potentialité de construction, elles nous permettent de construire une pensée

....

 

H.-F. D. : Faut-il lire vos sculptures comme on lit une page ?

J. P. : Non, car elles ne sont jamais une page de livre justement, ni l'illustration d'un texte. Si j'utilise les lettres ce n'est pas avec la volonté de passer un message, c'est plutôt la revendication d'une matièrecomme une sorte de magma de la création. C'est aussi l'envie de partager cette matière avec le spectateur, au même titre que lorsque je fais un catalogue sur mon travail. J'aime effectivement partager cette publication avec un écrivain, avec quelqu'un qui se retrouve là ponctuellement dans le même espace que moi. et qui ,au fond, parle de la même chose alors qu'on pense que chacun parle de choses différentes.

 

 

H.-F. D. :Vous évoquez l'importance du texte comme matériau, mais de façon plus générale vous avez toujours accordé une priorité à la matière

J. P. : ... Cet intérêt vient de ce que la matière est en relation avec le corps. Malgré toutes les idées géniales que l'on peut avoir dans la vie, il y a toujours un moment où le corps, la matière gagne. C'est à dire qu'on va mourir. Alors avec cette matière que l'on peut penser en contradiction avec l'esprit, il y a une sorte de combat pendant toute la vie... En plus j'ai toujours trouvé assez beau et fascinant le côté éphémère de la matière

...

 

H.-F. D. : Vos sculptures sollicitent physiquement le spectateur

J. P. : J'ai toujours entendu la sculpture comme cela. Ce n'est pas un travail de voyeurisme, il faut pouvoir la partager, marcher autour, passer au travers, la pénétrer. C'est une nécessité. La sculpture est en fait un prétexte pour provoquer un mouvement, intérieur, certes, mais aussi physique et ce dans différentes directions que l'on ne peut maîtriser... Depuis quelques années, je prends plaisir à travailler régulièrement sur des scénographies pour l'opéra. D'une part parce qu'il y a une relation à l'autre, aux autres que je ne trouve pas nécessairement dans l'atelier. Et d'autre part parce que j'aime beaucoup les rapports qui se créent avec le son et le mouvement, ce mélange merveilleux de voix, de musique et de corps. Il y a là de merveilleux échanges d'énergie qui m'ouvrent de nouveaux territoires et me donnent de nombreuses informations que je peux ensuite expérimenter en sculpture. Il me font l'effet d'un laboratoire d'expérimentaion de l'espace.

 

H.-F. D. : Justement comment prenez-vous en compte l'espace ?

J. P. : ... cet espace est fondamental, il est comme le silence. On vit actuellement dans un contexte d'une telle perturbation dans  les idées qu'il faut produire du silence, comme il faut créer de l'espace vide. Et je crois que c'est une énorme aventure de faire cela aujourd'hui.

 

extrait de l'entretien  de Jaume Plensa avec Henri-François Debailleux, publié dans Art Absolument hiver 2006-2007

Jaume Plensa est né en 1955 à Barcelone. Il vit et travaille à Paris et Barcelone.  C'est un artiste libre , il crée en toute indépendance un nouveau type d'oeuvres. Dernière exposition sept-oct 2006, galerie Lelong à Paris.

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Lundi 11 décembre 2006 1 11 /12 /Déc /2006 09:07

ENTRETIEN

entre Gilles Altieri et Gérald Thupinier

extraits du catalogue de l'exposition de l'Hôtel des Arts Toulon

 
Gérald Thupinier Gérald Thupinier Gérald Thupinier Gérald Thupinier
 

G. A. : Nous sommes dans votre atelier, au milieu des toiles qui seront exposées à l'Hôtel des Arts. Que pouvez-vous nous dire à propos de la série des Faces ? Comment la situez-vous dans l'ensemble de votre oeuvre ?

G. T. : Avant de peindre ses Faces, je faisais des tableaux très en matière dans lesquels j'écrivais des mots, évidemment ces mots faisaient problème pour beaucoup de gens. Ces mots n'étaient pas peints, comme chez Jasper Johns par exemple, pour être réduits à de l'espace, ils faisaient sens. Je me suis posé la question de ce que je cherchais là-dedans. J'ai fini par réaliser que si j'étais un peintre fondamentalment abstrait, dans ma gestuelle, dans ma façon de travailler, d'organiser mon atelier... l'abstraction me posait un problème. La peinture abstraite ne me satisfait pas parce que ça finit toujours par un truc, le truc de la pliure, de l'éclaboussure , de la coulure... ou de la géométrie... A un moment, j'ai réalisé que l'insistance de ces mots me renvoyait à une pratique de l'abstraction qui voulait mettre l'humain au centre du tableau. A partir de là, l'envie de peindre le visage s'impose. Je trouve que nous vivons une époque qui traite trop mal l'humain pour que je puisse continuer à me cacher derrière le formalisme, c'est à dire l'idée que l'on puisse peindre n'importe quoi pourvu que ce soit bien peint. J'ai mis le visage, j'ai mis l'humain au centre de ma peinture. Au fond je peins des faces parce que j'ai peur que l'humain perde la face, comme le dit mon ami Araszkiewiez. (...)

 

G. A. : A propos des visages, vous préférez les nommer faces, quelles différences faites-vous entre les deux termes ?

G. T. : Je les appelle faces parce que j'essaie d'établir un face-à-face. On traite très mal l'humain aujourd'hui, la société essaie de faire de nous des êtres remplaçables et je me bats contre ça. Je pense aussi que nous vivons une époque qui attend une redéfinition de l'humain parce que, par exemple, la génétique nous met en mesure de fabriquer du post-humain. La science n'arrête pas de nous dire on peut, on peut, on peut... mais personne n'est là pour dire que doit-on faire ? Il m'arrive de penser que mes tableaux ne sont peut-être pas fait pour les musées, mais pour être dans des pièces où des gens de pouvoir prennent des décisions, afin de leur rappeler l'extrème fragilité de l'humain(...)

 

 G.A. : Les faces sont impressionnantes par la force qu'elles dégagent. Elles possèdent une présence presque fantastique, hallucinée.

G. T. : Je ne suis pas un peintre rigolo, j'ai conscience de l'austérité de ma peinture qui est du côté de la gravité, du tragique. Mais c'est ma façon de résister à une époque qui se veut légère mais qui n'a pas les moyens d'assumer sa légèreté parce que sa légèreté la conduit à la catastrophe .(...)

 

G. A. Votre peinture fascine et interpelle le spectateur par sa dimension tragique, dramatique.

G. T. :  Je préfère tragique, parce que le drame vire très vite au drame bourgeois. Je crois que la dimension humaine est essentiellement tragique et qu'au fond une culture qui se porte bien est une culture qui assume et regarde en face le tragique. Un de nos problèmes aujourd'hui, c'est qu'on a du mal à penser le mal et une société qui a du mal à penser le mal est une société qui se laisse empoisonner de l'intérieur par ce qu'elle n'arrive pas à penser.

 

G.A. : Dans vos tableaux cette dimension tragique n'est pas déclamée mais incarnée.

G.T. : Oui, tout ce que je vous raconte là, ce ne sont  pas des idées que j'ai trouvées dans ma tête et que j'illustre dans ma peinture. Ces idées, c'est parce que je peins qu'elles me sont venues. Je crois que c'est ça un artiste, un peintre, un écrivain, quelqu'un qui ne sait pas quoi penser au départ, qui s'enfonce dans son travail, qui laisse son travail le travailler de l'intérieur pour que ce travail lui élabore une pensée. C'est une expérience intérieure, sinon cela n'a aucun intérêt. Bien sûr, dans la capacité à mettre cette pensée en mots, je suis aidé par des lectures : hommage à Peter Sloterdijk.

 

G. A. : Votre matière n'est pas séductrice. Elle possède quelque chose de rèche, de platreux, à quoi s'ajoute l'inclusion de matériaux agressifs tels que des aiguilles, des épines. Votre peinture ne va pas au devant du spectateur et pourtant elle fascine, elle fascine et elle inquiète, il faut du temps pour l'apprivoiser.

G. T. : C'est vrai que ma peinture est faite pour être regardée, pour vivre avec. Moi-même je suis incapable de laisser sortir des tableaux de l'atelier si je n'ai pas vécu longtemps avec eux. Je peins aussi des tableaux qui sont moins bons et il me faut du temps pour m'en appercevoir, il me faut des mois. La peinture est une promesse de dialogue, oui, c'est ça une oeuvre une promesse.

 

G. A. : Dans vos faces à la différence du portrait classique dans lequel le regard joue un rôle essentiel, les regards sont vides comme chez Modigliani, dont nous parlions avant l'entretien, lui aussi faisait des regards absents.

G. T. : je ne crois pas que mes regards soient si absents, toutes mes faces nous regardent et j'arrête mes tableaux quand je me sens regardé par eux, alors que chez Modigliani les yeux sont très vides, il en joue, ce qui produit des tableaux tout à fait extraordinaires.

 

G. A. : Vous avez tout à fait raison, c'est un regard inquiétant qui nous transperce.

G.T. : Des fois je me demande si je ne cherche pas à exprimer la première extase métaphysique de l'humain comme si j'avais été le témoin du processus d'hominisation. C'est insensé de chercher ça !

 

informations pratiques :

du 9 décembre au 28 janvier 2007

Hôtel des Arts

236 bd. Général Leclerc

83000 Toulon

ouvert tous les jours sauf le lundi et jours fériés de 11h à 18h. Entrée libre

Tel 04 94 91 69 18

 
voir aussi  : le site officiel de l'artiste
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