Les édito de la Feuillée : C. Plassart


Jeudi 5 mars 2009 4 05 /03 /Mars /2009 05:47
La Feuillée

Le microcosme de l'estampe.

On parle facilement du microcosme de l'estampe pour souligner l'existence d'un petit monde d'initiés, acteurs et amateurs confondus. Il est vrai que les techniques de l'estampe sont profuses, variées, élaborées, voire complexes. De listes en inventaires, la réserve lexicale des différentes disciplines du domaine déborde de termes qui méritent tous définitions et explications. D'autant qu'aux méthodes alchimiques des époques passées s'ajoutent les procédés innovants liés aux récentes technologies.

Ce qui étonne vraiment, c'est que des créateurs du monde entier semblent toujours plus désireux de mettre en jeu leur rapport à l'art dans cette fabrique d'images que ne peut pourtant apprécier qu'un petit nombre. Pourquoi soumettre aujourd'hui encore leur pratique à tant de contraintes et de particularités ? Pourquoi cet investissement passionné ? Certains artistes vous répondront que l'estampe réclame d'accepter l'impondérable et la surprise pour accueillir le mystère. Et plus encore d'admettre l'inversion et la transposition de ce qui a été gravé pour obtenir une certaine forme de révélation d'un sujet. Ces dernières transformations associées dans un même processus occupent l'intervalle qui sépare le réel du beau, cet entracte entre le contingent et le poétique.

De plus sur la grande scène de l'art qui fait fi de l'écoulement du temps, quelques oeuvres majeures - comment s'en passer -, celles de Dürer, Rembrandt, Goya..., ou celles contemporaines de Braque, Picasso... mettent à notre disposition un fonds d'estampes inattendu, puissant ou émouvant. Présentées dans leurs belles marges blanches, fragiles et insaisissables, gravures, lithographies, sérigraphies... entrent dans l'intimité du regard et y demeurent.

Catherine Plassart


photos : (1) Kikie Crêvecoeur lauréate biennale de Liège (2) Rembrandt (détail)

voir aussi : La Feuillée du 05/03/09



Catherine Plassart  

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 

Par Art Point France - Publié dans : Les édito de la Feuillée : C. Plassart - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 05:25



Jeffar Khaldi


Edito : Le Moyen-Orient dévoilé.

Charles Saatchi propose à Londres à la Saatchi gallery, une exposition remarquable "New Art from the Middle East" dont l'audace n'a été sanctionnée par aucun mollah en armes, dont l'inscription dans le politique n'a provoqué aucune manifestation tapageuse. Et pourtant les dix-neuf artistes exposés qui couvrent un territoire allant de la Tunisie à l'Irak, de l'Algérie à la Syrie ouvrent les frontières d'un Moyen-Orient qui dévoile son histoire contemporaine avec son torrent de conflits, sa spirale de contradictions, sa difficulté à allier différences culturelles et valeurs d'une société définitivement mondiale.


Kader Attia L'oeuvre la plus spectaculaire de ce vaste ensemble est une salle remplie de silhouettes réalisées en feuilles d'aluminium de 251 femmes musulmanes à la prière par l'artiste franco-algérien Kader Attia. Les photos de femmes en habits dont les visages ont été remplacés par des objets domestiques, râpes à fromage, fers à repasser, gants de ménage... de l'artiste Shadi Gahdirian qui vit à Téhéran, lui font écho.

La critique est presque toujours produite de l'intérieur. Prenez l'iranien Ramin Haerizadah qui vit aussi à Téhéran, il apparaît semi nu et velu, paré comme une femme dans une série d'images titrée "les Hommes d'Allah". Il y raille les vues machistes des ecclésiastiques barbus qui prêchent l'oppression.


Certains artistes vivent cependant en exil, comme le photographe irakien Halim Hal-Karim qui durant trois ans, avant de s'enfuir pour les Etats-Unis, s'est caché pendant la Guerre du Golfe, dans un trou dans le désert pour éviter le service militaire. Son travail, des impressions digitales, conteste explicitement l'oppression politique du régime de Saddam Hussein.

Tous confrontent dans leurs oeuvres, les conditions Diana Al-Hadid politiques et sociales de leurs pays à des données mondiales et abordent de manière prévisible les thèmes de l'art, du sexe, de la consommation. Toutefois le questionnement le plus récurrent concerne bien les identités, celles des individus mais aussi celles des territoires.

L'artiste libanais Marwam Rechmaoui propose une grande carte en caoutchouc, posée au sol, de Beyrouth telle qu'elle se présente aujourd'hui, avec toutes ses divisions. L'artiste palestinien Wafa Hourani, qui travaille à Ramallah nous montre le futur camp de réfugiés palestiniens ( daté 2067). Etonnant message au vue des actions israéliennes récentes dans la bande de Gaza.

Car la politique et l'histoire dont ils traitent sont intérieures et extérieures. Les sculptures de Diana Al-Hadid  ont toutes pour thème la tour. Si l'artiste syrien-américain déclare l'horreur de l'attaque du World Trade Centre et propose une Tour de Babel en bien piteux état, c'est pour nous mettre en situation fictive d'homme et femme du futur nous retournant sur les folies meurtrières et tragiques d'une époque submergée par son incapacité à maîtriser le développement technologique et urbain, les avancées du progrès et de la globalisation. Un regard ici à la fois décentré et décalé.

Ahmed Alsoudani Enfin dessins et peintures dans des formats surdimensionnés décrivent des situations plus subjectives, déclinent des visions plus sensibles. Ahmed Alsoudani (Irak) livre sa rage face à la violence faite à l'intimité ; Jeffar Khaldi (Dubaï UAE) mêle la nostalgie et le rêve, aux faits et à la fiction ; Tala Madani (Iran), précise et minimaliste, fait vite et simplement retentir ses indignations et ses espérances ; Laleh Khorramian (Iran) utilise une technique élaborée pour des peintures abstraites dans lesquelles jamais la main n'intervient. Le processus conduit à une "révélation" par la couleur salvatrice qui autorise le deuil.



Et ainsi, je n'aurai pas présenté tous les artistes de "New Art from the Middle East" et c'est bien dommage car chacun apporte sa contribution plastique à une réflexion essentielle qui détermine l'évolution des relations entre l'Occident et le Moyen-Orient. Et puisqu'une minorité d'entre nous se rendra dans le quartier de Chelsea avant le 31 mai, visiter cette exposition, nous nous félicitons que le site Internet de la Saatchi gallery offre un panorama assez complet des oeuvres des dix-neuf artistes concernés.



Catherine Plassart



autres artistes de l'exposition :
Nadia Ayari (Tunisie) | Ali Banisadr (Iran) | Shirin Fakhim (Iran) | Barbad Golshiri (Iran) | Rokni Haerizadeh (Iran) | Khaled Hafez (Egypte) | Hayv Kahraman (Irak) | Farsad Labbauf (Iran) | Ahmad Morshedloo (Iran) | Sara Rahbar (Iran) |


photos : (1) Jeffar Khaldi , (2) Kader Attia, (3) Diana Al-Hadid, (4) Ahmed Alsoudani



voir aussi : La Feuillée N° 29 du 19/02/09


informations pratiques :

Saatchi gallery
Duke of York's HQ
King's Road
SW3 4SQ Londre Angleterre

Tous les jours de 10h à 18h

le site de la Saatchi gallery


Catherine Plassart  

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 



Par Art Point France - Publié dans : Les édito de la Feuillée : C. Plassart - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Jeudi 5 février 2009 4 05 /02 /Fév /2009 07:48


La Feuillée


Edito : Tout va bien .

Je ne vous parle que de peinture. De nouveau considérée comme une pratique actuelle voire d'avant-garde, elle est aux cimaises de très nombreux musées, de diverses galeries. On se souvient de sa riche histoire avec ses périodes, ses mouvements, ses grands événements. Et l'on s'aperçoit surtout que dans la grande marmite du XXe siècle alors que l'on croyait la détruire on la réinventait. Non seulement les meilleurs artistes du siècle écoulé ont construit des oeuvres plastiques qui nourrissent le regard d'artistes plus jeunes qui les citent volontiers mais ils ont ouvert de nombreux espaces d'expérimentation et de recherche que l'on moissonne joyeusement aujourd'hui


Les formules subversives "tout est art" ou "tout le monde est artiste" ont conduit à désacraliser le processus de production. Ainsi, on admet facilement en ce début de millénaire que l'on "n'est" pas artiste, qu'on le devient à partir du moment où lorsque l'on se retourne l'oeuvre s'expose. La jeune peinture se sent libre d'évoluer à sa guise, plus de genres imposés, plus d'échelles obligées... Savante, elle s'empare de tous les acquis des générations précédentes, diversifie les langages, les épuise. Dans la grande variété de ses expressions plastiques, elle privilégie assez la figure. Toutefois ce sont les apports de la peinture abstraite, l'improvisation et la place offerte aux circonstances extérieures qui l'irriguent et la fertilisent. Oser une définition serait vain, mais on peut déclarer sans se tromper que quelques caractères forts la déterminent. 1) Elle emprunte les chemins de la couleur dont les peintres du XXe en topographes experts ont dressé toutes les cartes. 2) Elle ne se conçoit qu'en strates, accumulant les couches archéologiques de sa longue histoire. 3) Elle évolue vers la profondeur ou la fausse légèreté.


Catherine Plassart



photos : (1) André-Pierre Arnal (2) Fiona Rae (3) Denis Castellas


voir aussi : La Feuillée du 05/02/09



Catherine Plassart  

Catherine Plassart - contact@artpointfrance.org

Les éditos de La Feuillée

 


Par Art Point France - Publié dans : Les édito de la Feuillée : C. Plassart - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés