Jeudi 9 octobre 2008
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Fonder le silence avec Hantaï.
Supposons que la "dialectique" en peinture oscille entre désir et raison. Une peinture "sans langue", au sens d'irrécupérable et soustraite à la domination de la logique et du
concept, relevant de la nature profonde du désir (inconscient ?) et de l'autre côté une peinture enveloppée par la pression de l'esprit, sa part transparente... Alors Hantaï fait
partie incontestablement de la première mesure. Loin par exemple d'un Picasso. Cette cadence qui montre le non-identique, l'opacité, la séparation, la négativité que le désir creuse
et réduit à une chose : "l'oeuvre".
Hantaï animait cette différence à l'extérieur de tout élément communicatif. Il était un homme silencieux aussi. Avec lui vivait l'irruption d'un sens autre, renversant le point de vue
raisonné en peinture et ruinant l'expérience du dialogue. La critique se ramenait donc à l'éloge, à la façon d'André Breton en 1953, à la reconnaissance au mieux d'une méthode : "le
pliage", "le froissage", ou au pire à l'aveuglement devant cette entreprise inachevée et suspendue dans l'attente. A notre avis la signification de cette oeuvre abandonnée aux résidus
métaphysiques (feuillages, comme métaphores de la fin, sur fond d'absence que le blanc résume ?) est imprégnée de la critique du classicisme.
All-over (inspiré de Pollock ?). Peinture monochrome et répétitive qui assume la réduction de l'acte de peindre à une "interprétation" pure et simple du désir sans discussion, pour
passer ensuite à une autre toile, sans substance et équivalente (découpée parfois). Des moments colorés de différents formats. Des points de vue équivalents. Hantaï favorisait ainsi
des rencontres décisives dont l'enjeu était de nous faire accepter ou pas de redécouvrir l'autre face non réfutable de la peinture.
L'artiste, né en Hongrie en 1922 est décédé à Paris à l'âge de 86 ans le 12 septembre dernier. Le Centre Pompidou possède 60 oeuvres de Simon Hantaï.
PG
photo : Paris - Centre Pompidou - Simon Hantai - Mariale, 1963.
voir aussi : le site du Centre Pompidou
Lundi 6 octobre 2008
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"peintre voyageur de la Touraine au monde"
Du 22 juin au 5 novembre 2008
Château de Chenonceau (37)
Loin de la rumeur avec Debré.
Avec quoi dialogue Olivier Debré à Chenonceau ? Ni avec le tonnerre qui gronde, ni avec les ondées... peut-être le ruissellement de l'eau, le renversement des jardins, les
sautillements des oiseaux, becs, plumes et queues dans le froid. Debré montre là vingt toiles issues de ses voyages à travers les continents : Etats-Unis, Grèce, Chine, Hong Kong,
Maroc et Touraine donc, sa terre "de ressourcement" selon Laure Menier, commissaire de l'exposition et conservateur du château de Chenonceau. En effet Olivier Debré a dans la
région des origines familiales et y est d'ailleurs enterré depuis 1999, date de sa mort.
Mais revenons à la nature, ses nuages qui s'amoncellent et les cris, les vols éperdus des oiseaux qui montent du ciel, rose et bleu, parfois troublé de lueurs oranges et les jardins
de Chenonceau, celui de Diane de Poitiers, celui de Catherine de Médicis, le portrait de l'ordre des choses admissible, harmonieux. Bien des jours après qu'il ait peint ses toiles, il
a pu se brouiller avec sa mémoire, choisir d'autres voies et regagner le sol natal. Mais toujours sa place était là devant le spectacle du monde, ivre de joie. Debré n'a jamais
chancelé. Aucune désolation, aucun abandon dans son regard enveloppant. Pas d'imploration non plus, ni d'idolâtrie ou d'agenouillement.
Une peinture gestuelle, énergique, colorée, qui frappe l'oeil ici encore, et qui fait jaillir des rayons lumineux en nous épargnant des éclairages du couchant et du crépuscule. On en
sort étourdi, mais pas affaibli, plutôt réparé et renvoyé à une certaine félicité.
PG
Exposition " Olivier Debré, peintre voyageur de la Touraine au monde". Du 22 juin au 5 novembre 2008. Château de Chenonceau.
Informations pratiques :
tous les jours de 09h00 à 18h00 en octobre.
voir aussi : http://www.chenonceau.com/
Lundi 29 septembre 2008
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Le plaisir
Du 17 octobre au 11 janvier 2009.
Musée d'Art Moderne - Paris (16)
Dufy écrit la partition du monde.
Le ton est donné avec Raoul Dufy : une apologie de la couleur. Pour lui le métier de peintre est d'abord celui d'un maître des effets visuels et chromatiques. C'est pourquoi son
ouvrage s'écrit loin des salles closes et des lieux poussiéreux. Dufy n'interrompt jamais le dialogue avec le monde extérieur. Sa vie consiste au contraire à le magnifier. Ami du
monde et ennemi de ses ennemis. Ainsi Dufy exécute des centaines d'oeuvres durant son existence : peintures, dessins, céramiques, tissus, vêtements, (aujourd'hui en la
possession d'institutions publiques et privées internationales). Ceci avec une seule exigence jamais reniée, un seul projet jamais achevé : être la mémoire, le compagnon,
le mathématicien qui médite, toise, note le Livre du monde.
Audaces de la couleur, mais aussi résolution du dessin, accentué, familier, "structuré" et élargi à tous les modèles possibles. Il en résulte que la "critique" qu'il développe en
artiste n'est pas celle d'un simple témoin mais est chargée de véracité et riche d'observation. Pas de plagiat chez Dufy ni de remaniement. C'est pourquoi sa place est considérable
dans l'histoire de l'art moderne et contemporain. Dufy n'a jamais peint au dépens de quoi que ce soit. Et il occupe ainsi un rôle essentiel. Amoureux des corps, des intérieurs
chauds, des marines claires, des natures mortes musicales et de la vie en général il réhabilite la Nature et disons les "réalités physiques" dans la peinture. Son art est chargé de
finesse. Mais c'est aussi un art de l'esprit.
Là est la force de l'artiste. Insoumis, Dufy est resté libre, raffiné, en contradiction avec tous les mensonges de son temps. C'est pourquoi il méritait cet hommage qui lui est rendu
par le Musée d'Art moderne de la ville de Paris.
PG
"Raoul Dufy. Le Plaisir." . Du 17 octobre au 11 janvier 2009. Musée d'Art Moderne de Paris. 11 Avenue du président Wilson , 75116, Paris. Première exposition montrée
par l'institution depuis 1953. 120 peintures, 90 oeuvres graphiques, 25 céramiques et 30 tissus , des vêtements...
photo : "Hommage à Mozart " (1952)
Informations pratiques :
MAM
Palais de Tokyo
11, avenue du Président Wilson
75116 Paris
01 53 67 40 00
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h,
nocturne le jeudi jusqu’à 22h
Voir aussi : le site du MAM de paris