Les chroniques intempestives : P. Givodan


Jeudi 9 octobre 2008 4 09 /10 /Oct /2008 05:43



  Simon Hantaï  

 

Fonder le silence avec Hantaï.

 


Supposons que la "dialectique" en peinture oscille entre désir et raison.   Une peinture "sans langue", au sens d'irrécupérable et soustraite à  la domination de la logique et du concept, relevant de la nature  profonde du désir (inconscient ?) et de l'autre côté une peinture  enveloppée par la pression de l'esprit, sa part transparente... Alors Hantaï fait partie incontestablement de la première mesure. Loin par  exemple d'un Picasso. Cette cadence qui montre le non-identique,  l'opacité, la séparation, la négativité que le désir creuse et réduit  à une chose : "l'oeuvre".


Hantaï animait cette différence à l'extérieur de tout élément  communicatif. Il était un homme silencieux aussi. Avec lui vivait  l'irruption d'un sens autre, renversant le point de vue raisonné en  peinture et ruinant l'expérience du dialogue. La critique se ramenait donc à l'éloge, à la façon d'André Breton en  1953, à la reconnaissance au mieux d'une méthode : "le pliage", "le  froissage", ou au pire à l'aveuglement devant cette entreprise inachevée et suspendue dans l'attente. A notre avis la signification de cette oeuvre abandonnée  aux résidus métaphysiques (feuillages, comme métaphores de la fin, sur  fond d'absence que le blanc résume ?) est imprégnée de la critique du  classicisme.


All-over (inspiré de Pollock ?). Peinture monochrome et répétitive qui  assume la réduction de l'acte de peindre à une "interprétation" pure  et simple du désir sans discussion, pour passer ensuite à une autre toile, sans substance  et équivalente (découpée parfois). Des moments colorés de différents  formats. Des points de vue équivalents. Hantaï favorisait ainsi des rencontres décisives dont l'enjeu était de  nous faire accepter ou pas de redécouvrir l'autre face non réfutable  de la peinture.


L'artiste, né en Hongrie en 1922 est décédé à Paris à l'âge de 86 ans  le 12 septembre dernier. Le Centre Pompidou possède 60 oeuvres de Simon Hantaï.

PG



Pierre Givodan

Chroniques intempestives



photo : Paris - Centre Pompidou - Simon Hantai - Mariale, 1963.


voir aussi : le site du Centre Pompidou



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Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /Oct /2008 07:38

"peintre voyageur de la Touraine au monde"


Du 22 juin au 5 novembre 2008


Château de Chenonceau (37)




Olivier Debré



Loin de la rumeur avec Debré.
Avec quoi dialogue Olivier Debré à Chenonceau ? Ni avec le tonnerre qui gronde, ni avec les ondées... peut-être le  ruissellement de l'eau, le renversement des jardins, les sautillements  des oiseaux, becs, plumes et queues dans le froid. Debré montre là vingt toiles issues de ses voyages à travers les  continents : Etats-Unis, Grèce, Chine, Hong Kong, Maroc et Touraine  donc, sa terre "de ressourcement" selon Laure Menier, commissaire de  l'exposition et conservateur du château de Chenonceau. En effet  Olivier Debré a dans la région des origines familiales et y est  d'ailleurs enterré depuis 1999, date de sa mort.


Mais revenons à la nature, ses nuages qui s'amoncellent et les cris,  les vols éperdus des oiseaux qui montent du ciel, rose et bleu,  parfois troublé de lueurs oranges et les jardins de Chenonceau, celui  de Diane de Poitiers, celui de Catherine de Médicis, le portrait de  l'ordre des choses admissible, harmonieux. Bien des jours après qu'il ait peint ses toiles, il a pu se brouiller  avec sa mémoire, choisir d'autres voies et regagner le sol natal. Mais  toujours sa place était là devant le spectacle du monde, ivre de joie.  Debré n'a jamais chancelé. Aucune désolation, aucun abandon dans son  regard enveloppant. Pas d'imploration non plus, ni d'idolâtrie ou  d'agenouillement.


Une peinture gestuelle, énergique, colorée, qui frappe l'oeil ici  encore, et qui fait jaillir des rayons lumineux en nous épargnant des  éclairages du couchant et du crépuscule. On en sort étourdi, mais pas affaibli, plutôt réparé et renvoyé à une  certaine félicité.

PG

Exposition " Olivier Debré, peintre voyageur de la Touraine au monde".  Du 22 juin au 5 novembre 2008. Château de Chenonceau.



Pierre Givodan

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Informations pratiques :

tous les jours de 09h00  à 18h00 en octobre.

voir aussi : http://www.chenonceau.com/

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Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /Sep /2008 06:48

Le plaisir

Du 17 octobre au 11 janvier 2009. 


Musée  d'Art Moderne  -  Paris (16)




Raoul Dufy


Dufy écrit la partition du monde.

Le ton est donné avec Raoul Dufy : une apologie de la couleur. Pour  lui le métier de peintre est d'abord celui d'un maître des effets  visuels et chromatiques. C'est pourquoi son ouvrage s'écrit loin des  salles closes et des lieux poussiéreux. Dufy n'interrompt jamais le dialogue avec le monde extérieur. Sa vie  consiste au contraire à le magnifier. Ami du monde et ennemi de ses  ennemis. Ainsi Dufy exécute des centaines d'oeuvres durant son  existence : peintures, dessins, céramiques, tissus,  vêtements, (aujourd'hui en la possession d'institutions publiques et  privées internationales). Ceci avec une seule exigence jamais reniée,   un seul projet jamais achevé : être la mémoire, le compagnon, le  mathématicien qui médite, toise, note le Livre du monde.


Audaces de la couleur, mais aussi résolution du dessin, accentué,  familier, "structuré" et élargi à tous les modèles possibles. Il en  résulte que la "critique" qu'il développe en artiste n'est pas celle  d'un simple témoin mais est chargée de véracité et riche  d'observation. Pas de plagiat chez Dufy ni de remaniement. C'est pourquoi sa place est considérable dans l'histoire de l'art  moderne et contemporain. Dufy n'a jamais peint au dépens de quoi que  ce soit. Et il occupe ainsi un rôle essentiel. Amoureux des corps, des  intérieurs chauds, des marines claires, des natures mortes musicales  et de la vie en général il réhabilite la Nature et disons les  "réalités physiques" dans la peinture. Son art est chargé de finesse.  Mais c'est aussi un art de l'esprit.

Là est la force de l'artiste. Insoumis, Dufy est resté libre, raffiné,  en contradiction avec tous les mensonges de son temps. C'est pourquoi  il méritait cet hommage qui lui est rendu par le Musée d'Art moderne  de la ville de Paris.

PG

"Raoul Dufy. Le Plaisir." . Du 17 octobre au 11 janvier 2009.  Musée  d'Art Moderne de Paris. 11 Avenue du président Wilson , 75116, Paris.    Première exposition montrée par l'institution depuis 1953. 120  peintures, 90 oeuvres graphiques, 25 céramiques et 30 tissus , des  vêtements...

photo : "Hommage à Mozart " (1952)


Pierre Givodan

Chroniques intempestives




Informations pratiques :

MAM
Palais de Tokyo
11, avenue du Président Wilson
75116 Paris
01 53 67 40 00

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h,
nocturne le jeudi jusqu’à 22h


Voir aussi : le site du MAM de paris

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