Art et société


Mardi 11 septembre 2007 2 11 /09 /Sep /2007 05:09
jeudi 13 septembre à 20h


Chapelle du Couvent des Récollets - Paris (10)
 

Le groupe de réflexion et de vigilance Hors Champ propose une réunion intitulée « Raisons d’agir », consacrée aux enjeux artistiques et culturels contemporains et réunissant les signataires de notre Appel, le jeudi 13 septembre à 20h à la Chapelle du Couvent des Récollets.


Cassandre/Horschamp, Cité européenne des Récollets, 150, rue du
Faubourg Saint-Martin 75010 Paris.
E-mail : cassandre@horschamp.org - Tél.: 01 40 35 00 98.

 
voir aussile texte du  manifeste Raisons d'agir (notre article du 5 mai)
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Lundi 10 septembre 2007 1 10 /09 /Sep /2007 09:58
Lu dans le supplément juridique du Moniteur le 31 août 2007
 

LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Paris, le 1 août 2007


Madame la Ministre

 


Tout au long de la campagne présidentielle, des engagements ont été pris dans le champ de vos compétences ministérielles. Il va de soi que nous attendons de vous que vous les teniez. L'objet de cette lettre de mission est de vous préciser les points qui, parmi ces engagements, nous paraissent prioritaires et sur lesquels nous vous demandons d'obtenir rapidement des résultats.

 

 

Après l'ère Malraux, un second cycle politique a conduit dans les années 1980 à une forte croissance des moyens d'intervention du ministère (budget, aides fiscales et réglementaires comme le prix unique du livre), permettant de soutenir des formes artistiques toujours plus nombreuses, et se traduisant par le lancement régulier de " grands projets ".

 

Les acquis de cette politique sont considérables : une offre artistique foisonnante, des musées et des monuments rénovés, un cinéma rivalisant avec la production internationale. Ces succès ne doivent cependant pas faire oublier les lacunes et les ratés : un déséquilibre persistant entre Paris et les régions, une politique d'addition de guichets et de projets au détriment de la cohérence d'ensemble, une prise en compte insuffisante des publics, et surtout l'échec de l'objectif de démocratisation culturelle. De fait, notre politique culturelle est l'une des moins redistributives de notre pays. Financée par l'argent de tous, elle ne bénéficie qu'à un tout petit nombre.

  

L'environnement dans lequel s'inscrit la politique culturelle est par ailleurs en pleine transformation. La révolution numérique crée une possibilité d'accès quasi infini aux œuvres de l'esprit, tout en menaçant gravement la création par les atteintes aux droits d'auteur et aux droits voisins qu'elle permet. Et les industries culturelles sont de leur côté à l'origine d'une part croissante de la richesse et de l'emploi.

 

L'heure d'un nouveau souffle pour notre politique culturelle est donc venue, celle d'adapter l'ambition d'André Malraux au XXIème siècle. Il vous revient de proposer les voies et moyens d'une politique culturelle nouvelle, audacieuse, soucieuse de favoriser l'égalité des chances, d'assurer aux artistes une juste rémunération de leur travail, de développer la création et nos industries culturelles, de s'adresser à tous les publics.

 

 


Nous souhaitons qu'avec le ministre de l'Education nationale, vous fassiez de l'éducation culturelle et artistique à l'école une priorité de votre action en faisant tomber, pour cela, la barrière qui s'est progressivement dressée entre le monde éducatif et le monde de la culture du fait de la séparation des deux ministères. L'école doit transmettre à tous les élèves les bases culturelles fondamentales leur permettant de connaître et d'aimer l'histoire, la langue et le patrimoine littéraire et artistique de notre pays - condition pour se sentir membres d'une même Nation -, de vivre en homme ou en femme libre, et d'apprécier, tout au long de leur vie, l'art, le spectacle, la littérature, et toutes les autres formes de pratiques culturelles. Nous pensons que la création d'un enseignement obligatoire d'histoire de l'art peut constituer le support de cette éducation culturelle qui fait aujourd'hui si cruellement défaut à nos enfants. Vous veillerez également à ce que tous les enfants, durant toute leur scolarité, puissent avoir une pratique artistique effective, en diversifiant les possibilités et en favorisant les pratiques collectives. Chaque établissement scolaire devra établir des liens privilégiés avec un établissement culturel. L'épreuve artistique au baccalauréat sera davantage valorisée. Enfin, vous encouragerez ceux de nos jeunes qui ont une activité artistique d'excellence tout en poursuivant une scolarité normale, par exemple en aménageant celle-ci et en facilitant leur accès aux grandes écoles ou leur réussite universitaire.

 

La mise en œuvre de cette politique d'éducation culturelle et artistique suppose un partenariat renouvelé et durable entre votre ministère et celui de l'Education nationale afin que les administrations et le monde de l'éducation se rapprochent de ceux de la culture. Avec le ministre de l'Education nationale, vous nous proposerez les modalités de ce partenariat pérenne, qui associera les collectivités locales. 


L'accès aux œuvres de l'esprit passe aussi, de plus en plus, par la médiation audiovisuelle. A la télévision comme à l'école, la culture doit être davantage présente dans les programmes.

 

France Télévisions doit fortement affirmer son identité de service public à travers une offre culturelle plus dense, plus créative, plus audacieuse ; une offre qui marque une plus grande différence avec les chaînes privées ; une offre fondée sur des programmes populaires de qualité aux heures de grande écoute. Un cahier des charges rénové sera rédigé pour encadrer les activités et préciser les identités des différentes chaînes de France Télévisions. Un certain nombre de synergies importantes, qui n'ont été que trop longtemps différées, doivent être mises en œuvre. Pour les permettre, vous expertiserez et nous proposerez les modifications souhaitables de structures.

 

Radio France devra également poursuivre sa modernisation et promouvoir la diversité éditoriale, culturelle et musicale. S'agissant des radios privées, vous dresserez avec le CSA un bilan des règles applicables en matière de quotas et proposerez des aménagements permettant d'améliorer l'exposition de toutes les musiques.


Quant à la révolution numérique, elle doit être l'occasion de conduire un public toujours plus nombreux vers le patrimoine culturel français et de langue française, et vers la création contemporaine. L'Etat peut l'encourager par la mise à disposition gratuite, sur Internet, du patrimoine public ou financé par des fonds publics, et par l'incitation à la diffusion numérique croissante de contenus culturels privilégiant des solutions innovantes, interactives et éducatives.

 

La gratuité des musées nationaux fait partie des engagements du projet présidentiel. Si elle est possible et réussie ailleurs, on ne voit pas pourquoi elle ne le serait pas en France. Celle-ci faisant toutefois l'objet de débats au sein du monde de la culture, vous conduirez d'abord une expérimentation de la gratuité avec un échantillon d'établissements, sans perte de recettes pour les musées concernés. Son objet sera d'en mesurer toutes les conséquences et de déterminer les conditions de réussite de sa généralisation.

 

Vous créerez à l'échelon de la France ou, mieux encore, à l'échelon de l'Union européenne, en profitant à cet effet de la présidence française de l'Union au second semestre de l'année 2008, un " pass culture " pour les jeunes, leur donnant un droit de visite gratuit aux musées et aux sites les plus remarquables du patrimoine français ou européen.

 

Vous vous appuierez sur des intermédiaires compétents pour faire venir à la culture des publics qui en sont aujourd'hui très éloignés et expertiserez la proposition d'un " chèque culture " remis aux familles pour leur permettre d'accéder aux équipements culturels de leur choix.

 

La démocratisation culturelle, c'est enfin veiller à ce que les aides publiques à la création favorisent une offre répondant aux attentes du public. Vous réformerez à cette fin les conditions d'attribution des aides en créant des commissions indépendantes d'attribution associant des experts, des artistes et des représentants du public. Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu'elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions. Dans le même esprit, et de manière alternative, vous examinerez dans quelle mesure le dispositif d'aide à la production cinématographique, qui repose en partie sur le succès public des œuvres subventionnées, pourrait être appliqué au théâtre, ce qui n'interdit pas de le moderniser par ailleurs.

 

 

Nous souhaitons conduire dans les plus brefs délais un plan de sauvetage de l'industrie musicale et, plus largement, de protection et de promotion des industries culturelles couvertes par les droits d'auteur et droits voisins. Ce plan devra être mené avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, et s'appuyer sur trois volets : la montée en puissance d'une offre numérique diversifiée, bon marché et simple d'utilisation ; la prévention et la répression de la piraterie numérique ; l'aide à l'adaptation des structures et des modèles économiques des industries concernées. A cette fin, vous favoriserez la mise à disposition du public d'offres commerciales attractives de musique, de films et de toutes les formes de création enregistrée sur les nouveaux réseaux fixes et mobiles. La chronologie des médias doit poursuivre son adaptation. Vous inciterez les titulaires de catalogues à numériser leurs œuvres et à les distribuer sur tous les supports. Vous ferez de l'interopérabilité une priorité majeure. Parallèlement, vous rechercherez les voies et moyens pour conclure un accord interprofessionnel permettant de dissuader efficacement et de réprimer la contrefaçon de masse. Les solutions techniques existent, elles doivent être expérimentées et mises en œuvre. Vous nous proposerez les mesures d'accompagnement utiles à la sauvegarde et à la transition des industries culturelles vers de nouveaux modèles de développement et de croissance. A partir d'un bilan de la loi DADVSI, vous préparerez enfin les prochaines échéances législatives et communautaires. Notre pays doit être en position pionnière en Europe pour la défense des droits, la diffusion de contenus numériques, la promotion de l'interopérabilité et la responsabilité des acteurs de l'Internet. 


Par ailleurs, vous prendrez les dispositions nécessaires pour permettre à la presse quotidienne de sortir de la crise qu'elle traverse depuis des années, en particulier en ce qui concerne le régime de sa distribution et son adaptation à l'univers numérique.

 

 

Nous vous demandons d'expertiser le projet de créer un centre de recherche et de collections permanentes dédié à l'histoire civile et militaire de la France. De même, en prévision des soixante-dix ans de l'appel du Général de Gaulle (2010), vous étudierez le projet d'un ambitieux mémorial de la résistance et de la France libre, en hommage à tous les résistants. Leurs témoignages, histoires, récits et mémoires seraient collectés puis réunis dans l'enceinte d'un monument qui serait lui-même un geste architectural.

 

 

Vous appuierez l'effort de rationalisation des structures de la politique culturelle extérieure de la France demandé au ministre des Affaires étrangères et européennes, afin que cette politique gagne en cohérence, en visibilité et en impulsion. Vous étudierez les moyens de mieux déployer nos implantations culturelles à l'étranger en fonction de la nouvelle géographie des zones d'influence et de création dans le monde, et des conséquences de l'intégration européenne sur l'étendue de notre réseau diplomatique et consulaire.

  

A partir d'une étude définissant nos objectifs selon les différentes parties du monde, vous élaborerez un schéma de réorganisation et de rationalisation des instruments de la politique audiovisuelle extérieure de la France pour une présence audiovisuelle plus forte, plus cohérente, plus ambitieuse, plus efficace.

 

De même, nous voulons que la France joue un rôle majeur dans l'accueil et la formation des futures élites culturelles et artistiques des pays étrangers. En lien avec le ministre de l'Immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du codéveloppement et la ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche, vous prendrez les dispositions nécessaires pour les attirer en France et créer des liens étroits et durables entre ces élites et nos artistes. Par ailleurs, vous rechercherez des collaborations européennes et internationales dans le domaine de l'enseignement artistique supérieur.

 

 

C'est pourquoi vous prendrez toutes les dispositions nécessaires pour donner à nos industries culturelles les meilleures chances de se développer ou de se renforcer, et, à l'image du cinéma français dont le succès est incontestable, ou de la politique du livre qui globalement remplit ses objectifs, vous consoliderez l'action des pouvoirs publics au service de l'indépendance et de la prospérité de ces industries.

  

Dans le cadre d'une renégociation de la sixième directive TVA, qui sera pilotée par la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, vous vous efforcerez d'obtenir le droit pour notre pays d'appliquer un taux de TVA réduit à l'ensemble de nos biens culturels, dans l'univers physique comme sur les réseaux.

 

A l'issue d'une réflexion stratégique associant tous les acteurs et couvrant tous les sujets, vous nous proposerez, avec la ministre de l'Economie, des finances et de l'emploi, une remise à plat des dispositions législatives et réglementaires qui s'appliquent au secteur de l'audiovisuel. En tenant compte de la nouvelle donne du marché comme des exigences de la création, l'objectif doit être de supprimer les incohérences croissantes de la législation actuelle et de permettre l'émergence de groupes de communication audiovisuelle français de premier plan, capables de structurer une industrie française puissante des contenus et d'affronter les nouveaux défis liés à la multiplication des canaux de distribution.

 

Vous accorderez une attention particulière aux arts numériques interactifs. La France dispose d'un capital humain très recherché et de sociétés créatives dans le domaine du jeu vidéo et nous souhaitons que ce secteur soit intégré dans vos priorités.

 

Vous prendrez les dispositions nécessaires pour redresser rapidement le marché de l'art français. Vous analyserez notamment sa situation juridique et fiscale (TVA, droit de suite···) au regard de la situation dans les autres pays, et ferez des propositions d'amélioration. Vous examinerez les raisons qui freinent la reconnaissance des talents français à l'étranger. Vous étudierez la pertinence de l'organisation des commandes d'art (FNAC et FRAC) et engagerez une réflexion sur la possibilité pour les opérateurs publics d'aliéner des œuvres de leurs collections, sans compromettre naturellement le patrimoine de la Nation, mais au contraire dans le souci de le valoriser au mieux.

 

 

Enfin, vous nous proposerez un pilotage rénové de l'organisation de la profession d'architecte et de son enseignement et vous veillerez à favoriser la diffusion de l'architecture contemporaine et sa prise en compte dans les programmes d'urbanisme et de construction.

 

 

Réussir les réformes attendues par les Français et cesser la spirale de l'endettement ne sont nullement inconciliables, mais sont au contraire deux objectifs complémentaires dès lors qu'il est décidé d'abandonner les politiques qui ne marchent pas au profit de politiques qui marchent. Répartir la pénurie est aussi lâche et inefficace que laisser courir la dette publique. Si nous voulons modifier en profondeur les structures et les modes d'intervention des administrations publiques, c'est pour que chaque euro dépensé soit un euro utile et que le potentiel humain inestimable de notre administration soit beaucoup mieux valorisé.

 

Dès cet été, une révision générale des politiques publiques, à l'instar de celle réalisée par le Canada au milieu des années 90, sera donc entreprise. Elle sera conduite, sous notre autorité, par le Secrétaire général de la Présidence de la République, le Directeur du cabinet du Premier ministre, le ministre du Budget, des comptes publics et de la fonction publique, le secrétaire d'Etat chargé de la Prospective et de l'évaluation des politiques publiques, ainsi que des personnalités qualifiées issues du secteur public et du secteur privé, et des parlementaires. L'objet de cette révision générale des politiques publiques sera de passer en revue, avec la collaboration, naturellement, des ministres concernés, chacune des politiques publiques et des interventions mises en œuvre par les administrations publiques, d'en évaluer les résultats et de décider des réformes nécessaires pour améliorer la qualité du service rendu aux Français, le rendre plus efficace et moins coûteux, et surtout réallouer les moyens publics des politiques inutiles ou inefficaces au profit des politiques qui sont nécessaires et que nous voulons entreprendre ou approfondir. C'est dans le cadre de cette révision générale que sera mis en œuvre l'engagement présidentiel d'embaucher un fonctionnaire pour deux partant à la retraite et que nos objectifs de finances publiques sur cinq ans seront poursuivis et atteints (réduction de la dette publique à moins de 60% du PIB, équilibre budgétaire, baisse aussi rapide que possible des prélèvements obligatoires avec l'objectif d'une réduction de quatre points sur dix ans).

 

Nous vous demandons de vous impliquer personnellement et sans réserve dans cet exercice qui ne saurait remettre aucunement en cause la mission que la présente lettre vous confie. Les premières grandes réformes issues de la révision générale des politiques publiques interviendront dès la préparation des budgets pour 2008. Nous insistons sur le fait qu'un bon ministre ne se reconnaîtra pas à la progression de ses crédits, mais à ses résultats et à sa contribution à la réalisation du projet présidentiel, y compris sur le plan financier.

 

 

Nous ferons le point d'ici un an de l'avancement de votre mission et des inflexions qu'il convient, le cas échéant, de lui apporter.


En vous renouvelant notre confiance, nous vous prions d'agréer, Madame la Ministre, l'expression de nos respectueux hommages.


 

Le Président de la République, Nicolas Sarkozy

Le Premier ministre, François Fillon


Madame Christine Albanel
Ministre de la Culture et de la communication

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Vendredi 11 mai 2007 5 11 /05 /Mai /2007 14:39

Le débat caché sur l’art refait surface…


La transgression de Rémy Aron - le Manifeste de « l’art c’est la vie »

 

Il existe en France un débat sur l’Art, un débat caché.
Un débat évité par les grands médias, craint par ceux qui exercent le pouvoir culturel sans aucun contre pouvoir. Pour ces privilégiés la ligne de défense est d’éviter toute polémique visible, de diaboliser l’adversaire et de culpabiliser le public non initié.


Cependant il est arrivé, entre novembre 1996 et mai 1997 très exactement, que le débat apparaisse au grand jour avant de disparaître jusqu’aujourd’hui, non sans faire quelques réapparitions furtives à l’occasion d’affaires judiciaires comme ce fut le cas récemment avec l’affaire « Présumés innocents » ou « l’affaire Pinoncelli ». Les tribunaux sont en effet de plus en plus sollicités pour se prononcer sur ce qui n’est pas de leur ressort: le statut artistique de certains objets incertains.

 

Comment faire pour que l’on parle des choses interdites?
Le débat interdit a pris une forme inattendue… Voici les faits :
Le bureau de la Maison des Artistes et son Président Rémy Aron ont voulu profiter des élections présidentielles pour « communiquer » et faire connaître les problèmes de survie des 45 000 artistes qui cotisent au Régime de Sécurité Sociale*1 dont ils ont la charge, Régime par ailleurs exemplaire parce que  bénéficiaire. Ils ont demandé à chaque candidat aux présidentielles leur programme sur les questions intéressant les artistes plasticiens pour  diffuser ces informations sur leur site Internet. Rémy Aron sollicita également à chacun un rendez- vous afin d’exposer les souhaits de la profession.


Deux candidats on envoyé leurs programmes: Besancenot l’a fait sous forme d’un mail reproduisant les lignes générales de son programme. Sarkozy a répondu par une lettre très précisément à toutes les questions posées en reconnaissant l’importance de la Maison des Artistes dans la représentation de ceux-ci.


Rémy Aron et François de Verdière ont été invités par José Freshe et Stéphane Fradet-Mounier à exprimer les desiderata des artistes au cours d’un interview retransmis sur NS-TV*2, diffusé sur le site Internet du candidat. Au cours de cette entrevue furent évoquées quelques convergences entre les demandes de la Maison des Artistes et le programme de Nicolas Sarkozy.


La chose fit scandale et une campagne de presse se déclencha contre Rémy Aron accusé d’avoir « donné des consignes de vote en faveur de Nicolas Sarkozy », ce qui bien sur n’a jamais été le cas*3, ce n’est pas dans ses compétences.


Si les opinions personnelles de Rémy Aron sont connues pour être à droite (UMP), elles n’entrent pas ici en ligne de compte. Le but de l’opération était, en accord avec ses mandataires : donner une visibilité aux points de vue des artistes et faire du lobbying en prévision de la suite des évènements.(Cela a été une pratique générale pendant cette campagne devenue la grande occasion pour communiquer). Ils ont d’ailleurs été très surpris de l’indifférence des autres candidats à leurs requêtes.


La mission fut un succès: Cette vidéo a été la plus consultée du site de Sarkozy ce qui montre que les français sont intéressés par la question de l’art. Cette stratégie de communication a eu pour résultat remarquable d’avoir pu exposer pour la première fois au grand public les vrais problèmes des artistes vivant en marge de l’Etat. Ils ont d’ailleurs été les seuls visibles pendant cette campagne…

 

Parlons-en !
Cela valut à Rémy Aron, dix jours après, un lynchage médiatique en règle et organisé. Entre le 20 avril au 4 mai, il eut droit à un tir groupé: … Le Monde condamne le délinquant*4, Annette Messager sur France Culture*5 exprime sur un ton ou l’émotion est a son comble sa stupéfaction et sa révolte devant des propos « indécents », « obscènes » et « réactionnaires ». le « Journal des Arts » *6 parle de relents populistes et pétainistes, les Inrockuptibles*7 titrent « Un réac à la Maison des Artistes » et évoquent Le Pen, comme en 1997 …C’est la seule parade !


Et c’est là que l’on voit le débat occulté refaire son apparition subrepticement... Car Rémy Aron est mis en accusation non pas tellement à cause de la bataille électorale en cours mais parce qu’il a exprimé des conceptions artistiques contraires au dogme de L’AC*8.


Rémy Aron a en effet employé la transgression, seule méthode efficace pour qu’enfin on entende parler dans les médias des problèmes de la Maison des Artistes dans la grande presse. Ainsi, il remercie Nicolas Sarkozy d’avoir réintroduit l’idée de « beauté », d’avoir parlé d’excellence et de valeurs. Pour aggraver son cas Rémy Aron a aussi défendu l’enseignement de l’Histoire de l’art et du dessin à l’école. Et là intervint un quiproquo étonnant : Rémy Aron, lui même peintre, explique que le dessin est fondé sur la hiérarchisation des « valeurs » ce qui veut dire, en termes de métier, la maîtrise de l’échelle qui va de l’ombre à la lumière. Ce mot ainsi que celui de « beauté » va déclencher une hystérie collective dans une partie du milieu de l’art.

 

La bigotterie post-moderne
Devant cette campagne de presse on reste perplexe  Au delà de la stratégie visant à limoger Rémy Aron menée par un groupe influent qui n’en est pas à sa première tentative, on peut observer le déclenchement d’une réaction irrationnelle, une terreur quasi religieuse devant le mal incarné dans la personne du Président de la Maison des Artistes.


Qu’a t-il de si effrayant ? Rémy Aron demande la défiscalisation des achats d’œuvres d’art, la reconnaissance de la diversité des expressions au sein du Ministère de la culture, il réclamme  que les artistes soient représentés dans les Conseils qui décident de leur sort. Il veut mettre l’artiste au centre de la vie artistique. Il a osé critiquer les FRAC, Marcel Duchamp et les Institutions qui ont aboli toute diversité artistique. 

 

La transgression de Rémy Aron
Daniel Buren et quelques autres célébrités ont déclaré : « c’est très grave ! »*9. On les comprend, ils ont tout à perdre. Mais c’est un petit nombre…Alors pourquoi ce tremblement d’horreur devant la transgression de Rémy Aron ? Le bruit court que le monde de l’art est en danger à cause de lui, que c’est « le retour à l’ordre ».


En parlant du « beau », de la « hiérarchie des valeurs », de ce travail de maîtrise de l’espace qu’est le dessin, Remy Aron a en effet prononcé des mots tabous capables d’ébranler les certitudes des auteurs d’AC: la Foi dans le dogme qui affirme que toutes les œuvres sont équivalentes et que tous les artistes sont égaux entre eux. Il a touché au privilège qui est à la source de la réussite de quelques uns et la consolation de ceux qui n’ont pas connu le succès. Toute foi aide à vivre mais elle est fragile, le doute n’est  jamais loin... On comprend l’ampleur du traumatisme et la cause de l’hystérie.…


Les personnes désirant évacuer Rémy Aron n’ont donc eu aucun mal à lancer une pétition pour qu’il démissionne. Des « noms » comme Boltansky, Sophie Calle, Anette Messager, Sarkis donnent l’exemple… Un millier d’artistes*10 l’ont signé, dit-on dans « Le Monde » du 5 mai…reste les quarante quatre mille autres cotisants artistes professionnels…

 

Un nouveau Manifeste
Au même moment et sans concertation un Manifeste circule signé par une centaine d’artistes souvent connus. La nouveauté absolue est qu’il s’agit d’un mélange de peintres de toutes tendances dont deux académiciens et de conceptuels, tout particulièrement des membres de Supports Surface, mouvement conceptuel radical, grandes figures de l’art officiel, ayant évolué depuis vers la peinture.

Il a pour nom « L’art c’est la vie ». (cf l'article suivant) Cette formule fait sans doute écho à Dada, aux Surréalistes, à Fluxus, à Beuys et à Duchamp *11. Elle souligne le mouvement perpétuel, le dépassement des contraires propre à l’art et réaffirme l’idée postmoderne que « tout est art » et va au bout de la formule en y incluant aussi « l’art », exclu jusque là. Ce manifeste montre que l’on a changé d’époque et que l’AC ne peut plus, sans se trahir, refuser au « Grand art » toute légitimité, comme ce fut le cas pendant un demi-siècle. 

 

« L’art c’est la vie »
Que dit-il ?  « Nous représentons trois générations et des courants et options esthétiques différents. Il est temps d’ouvrir le débat . Peintres et sculpteurs sortent de leur réserve pour la première fois depuis 1972 »

Suit une dénonciation du « Ministère public qui désorganise le cadre naturel par ses excès ».
Il dénonce « le monopole officiel, les manipulateurs masqués qui imposent une pensée unique soumise au marché et à la mode, l’art du spectacle »


Il condamne : « La centralisation abusive du pouvoir aux mains d’un petit groupe de censeurs » ainsi que « le détournement des FRAC, les choix mondains de l’AFAA ».


Ils demandent de « libérer la création de l’encadrement officiel » et de « témoigner de la diversité artistique ». Ils veulent « la participation effective des artistes aux Conseils qui décident de leur sort », souhaitent « le soutien des initiatives privées par des mesures efficaces » et enfin  « l’enseignement artistique dans les écoles »


 
Ce manifeste correspond, au programme voté par l’AG de la Maison des Artistes, défendu par Rémy Aron dans sa campagne de lobbying…Cela prouve qu’il y a aujourd’hui une grande majorité d’artistes qui mettent radicalement en cause la politique culturelle pratiquée depuis trente ans dans le domaine des arts plastiques.

 

La conversion de Pierre Restany
Cette évolution concerne même certains conceptuels qui ont sans doute connu la même  évolution que Pierre Restany à la fin des années 90 qui lui faisait dire : « L’Art contemporain est une forme parfaite du totalitarisme, une forme pure, un enfermement métaphysique, une subversion parfaite. C’est l’art de la pensée déviante ».


Le dernier livre écrit par Pierre Restany*12, à qui l’on doit pourtant d’avoir imposé le conceptualisme en France, concerne l’œuvre du sculpteur René Letourneur (1898-1990) qui a connu la grande formation classique et a été Prix de Rome.


Pierre Restany en 1999, après avoir déclaré quarante ans plus tôt à la planète entière que « l’art n’était plus légitime », évoque René Letourneur en ces termes : « Les sculptures de Letourneur possèdent ce surplus de spiritualité  organique qui les projette au delà du seuil de la modernité. Et à ce titre j’aime croire qu’elles pourraient aisément s’intégrer dans l’espace domestique où les sites extérieurs de l’architecture post moderne, dans la pure logique de l’éclectisme cher à ses protagonistes. (…)  « Il n’est pas dit que l’avenir de l’art contemporain réside encore longtemps dans l’idéologie pure et dure de la rupture cyclique avec la tradition, au nom d’un progrès technologie qui ne connaît comme limites que celles du défi humaniste envers la machine intelligente.  Car ce défi lui-même peut prendre une tournure plus traditionnelle, celle de la transcendance »


.
Cela veut-il dire qu’il commence a être admis en France que chaque artiste puisse choisir librement sa voie sans être diabolisé et exclu? Choisir s’il veut être un peintre, un sculpteur, un graveur ou bien un « auteur contemporain »*13, comme c’est le cas dans tous les autres pays du monde ?


Choisir si l’on accepte d’être « évalué » quand on est un artiste ou simplement « commenté » si l’on est un « auteur contemporain » ?

 

Nous sommes sur la ligne de faille...
Mais parions que l’apparition du débat ne sera pas de longue durée…Trop d’intérêts sont en jeu. Il disparaîtra donc mais réapparaîtra encore, sous peu.


 
En attendant la mesure concrète de la défiscalisation défendue par Rémy Aron pour les achats d’art situés dans la tranche qui va jusqu’à 10 000 euros*14  est un moyen simple pour que les artistes qui exercent leur art hors de la spéculation financière propre à l’AC et des subventions de l’Etat puissent vivre de leur art. Chacun aurait à nouveau sa chance dans la voie librement choisie.


                                                                                                                 
Aude de Kerros

 


*1 L’Association de la Maison des Artistes a des missions diverses dont celle d’organiser l’Aide Sociale, d’assurer les relations régionales, européennes et internationales. Elle s’occupe du statut des artistes et de ses conditions de vie, de l’éducation artistique et de la formation. C’est elle qui  gère le régime  de « Sécurité Sociale des artistes auteurs d’œuvres graphiques et plastiques » qui fluctue entre 40 000 et 45 000 affiliés dont parmi eux 16 000 artistes ont fait un acte volontaire d’adhésion afin de participer activement à la vie de l’association. C’est un Régime paritaire auquel contribuent les diffuseurs.
*2 NS-TV émission Focus du 12 avril 2007 sur le site Internet du candidat UMP Nicolas Sarkozy
*3 Les médias font l’amalgame en considérant que le seul fait d’intervenir sur ce site est un appel à voter ce qui n’est pas honnête et indigne du métier de journaliste.
*4 Le Monde 28 Avril 2007. Les plasticiens tous derrière Sarko ? Nathaniel Herzberg
*5 France Culture émission, « Tout Arrive », Arnaud Laporte, 20 avril 2007
* 6 « Le Journal des Arts », Roxane Azima, 27 avril 2007
* 7*« Les Inrockuptibles » 4  Mai 2007 
*8 « AC » contraction de « Art contemporain » qui ne veut pas dire « art d’aujourd’hui » mais correspond à une idéologie qui admet comme définition de l’art « Est de l’art ce que l’artiste décide être de l’art à condition que cela soit aussi reconnu par le milieu de l’art et les institutions ». Voir Christine Sourgins, « les mirages de l’Art contemporain », la Table Ronde Paris, 2005
*9 « Le Monde », 5 mai 2005. A noter que sur ces mille artistes un certain nombre sont affiliés à la MDA mais beaucoup, tout en étant assujettis ne sont pas pour autant membres, c’est un des paradoxes qui caractérise la Maison des artistes…Par ailleurs on trouve beaucoup de noms de personnes qui ne sont pas des artistes, du milieu de l’art officiel notamment qui n’ont pas de raison de signer comme des animateurs, des fonctionnaires, des théoriciens, des dirigeants de FRAC. Visiblement des intérêts sont en cause. 
*10  « Les Inrockuptibles » 4  Mai 2007 
*11 Marcel Duchamp avait inventé son double féminin : Rose Sélavy
*12  René Letourneur par Pierre Restany, Editions Cercle d’Art,  Paris, 1999
*13 Le mot « artiste » étant réservé aux artistes de la main privilégiant l’accomplissement matériel et esthétique de l’œuvre. Le sens de l’œuvre étant le don de la forme.  Les artistes d’AC gagneraient à être plutôt nommés « auteurs contemporains » car ils privilégient le concept.
*14 Soit les prix pratiqués par 90% des artistes, ceux  précisément qui n’intéressent pas le Ministère. Ils ne peuvent plus survivre en France parce que les choix officiels les ont démonétisés, qu’il n’existe pas d’autres filières de reconnaissance, peu de Fondations, pas de médias accessibles et que leurs acheteurs ont fui chassés par la pression fiscale.

 

Par Art Point France - Publié dans : Art et société - Ecrire un commentaire - Voir les 4 commentaires
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