Chroniques musicales : Pierre Givodan


Jeudi 20 septembre 2007 4 20 /09 /Sep /2007 07:29

 

Howlin’ Wolf

 

Le cri du loup : Howlin’ Wolf

 

Ecrire l’histoire du blues électrifié n’est pas possible sans compter avec l’école de Chicago des années 50.


C’est un des maîtres légendaires sur le front des icônes de « la musique du diable » qui nous intéresse ici.


Avec Muddy Waters, Sonny Boy Williamson ou Little Walter, il figure en première place dans le monde des princes qui renouvellent la musique populaire de la seconde moitié du XXème siècle. 


Son surnom de Howlin’Wolf n’a rien de gratuit. L’homme domine du haut de sa stature de colosse, la scène de l’époque . Son chant est âpre et stupéfiant.


L’objet de sa plainte est récurrent : l’amour consommé, la haine bue, la solitude sans fin de l’homme perdu dans les villes déshumanisées, l’esprit errant…Et toujours cette soif d’ouverture, ce goût de la liberté que l’harmonica exprime à merveille par delà le temps, les années, l’espace.


D’où vient l’homme , Chester Burnet de son vrai nom ? Il est né en 1910 et a connu la condition humiliante de l’homme déchu, Noir dans un pays dominé par les Blancs. Son désir est bien exprimé dans sa célèbre interprétation de « Sittin’ on Top of the world ».


Vaincre la désillusion de l’amoureux déçu ou du sujet lucide devant un destin misérable, qui sait…


« What a Woman », enregistré à Memphis, comme toutes les œuvres du disque cité ici, condense la fascination de Howlin’Wolf pour la passion sentimentale, son besoin d’extirper le mal du couple . « Poor Boy » témoigne de l’incompréhension de l’époque pour ce grand solitaire qu’est le bluesman d’alors .


Le swing parcourt la musique de Howlin’ Wolf, la joie transpire à travers chaque note chantée, jouée, éructée.


L’homme n’a jamais été dépassé dans la rage d’en finir avec la médiocrité ambiante, mais son combat était sans fin. On salue sa ténacité. Howlin’Wolf est mort en 1976.


Il revit dans AIM Records (Australia) 1995,  « Legendary Masters Series » .


PG

 

 

voir aussi : Howlin' Wolf dans Wikipedia

 

Pierre Givodan

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Mercredi 19 septembre 2007 3 19 /09 /Sep /2007 08:26

 

buddyguy.jpg Le doux Buddy Guy

 


On l’a vu se mettre en marche pour traverser seul le col du succès.


Il est arrivé à franchir les neiges de la solitude, conduit par le guide du blues, son vrai pays.


On l’a dit parfois distrait, occupé ailleurs, à raconter sa vie, ses plaisirs, ses douleurs, alors qu’il aurait eu mieux à faire. Mais ce conducteur écoute toujours les nouvelles générations qui l’ont reçu avec empressement.


Il écrit sa musique pour les jeunes et il surprend les nouveaux voyageurs.


Il rêve sans modestie.


Il meurt et renaît tous les jours sans caprice.


Buddy Guy connaît une belle vieillesse, sans hâte et jouit enfin depuis les hauteurs, de la vue promise. Il est arrivé au sommet et peut s’écrier, victoire !


Il éveille toujours des sentiments divers.


On éprouve une sorte d’ivresse à oublier les reproches qui lui sont quelquefois adressés lorsqu’on l’entend jouer sur scène où que l’on se souvient de la satisfaction qu’il sent à vivre le blues, comme si c’était le dernier interprété.


En France, en Angleterre « One, two, three, go… ». En chaque pays il montre encore sa fertilité et nous fait vivement souhaiter d’autres plaintes qui fondent sous le soleil de son action.


Enormes, carrés, ses solos menacent de l’arrivée des hostilités et étranglent la horde des chiens.


Il est en fait le plus joyeux des êtres qui excelle à dire « This Woman got the Devil in her ». Et l’on en est charmé.

 


Ecouter « Sweet Tea » de Buddy Guy (Silverstone, 2001).

 


PG  

voir aussi : Buddy Guy dans Wikipedia

 

Pierre Givodan

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Mardi 18 septembre 2007 2 18 /09 /Sep /2007 08:14


Muddy Waters 1 Frapper fort : Muddy Waters

 

Son poème est héroïque. Ses chants ont été entendus des milliers de fois. Ils datent d’avant la querelle des chapelles. Muddy Waters a donné leur dignité aux trésors de l’épiscopat du Mississippi.


Ce chantre de la vie des Noirs du Delta couvre à lui seul toute l’histoire du blues. Il l’a remise sur ses pieds. Pour cela aucune dispute.


Ses sujets n’ont rien de mesquin. Il crée un blues nouveau une fois arrivé à Chicago ; électrique et largement écouté, notamment par Mick Jagger qui ne s’en cache pas.


Le contraire d’une bataille perdue, donc.


Son appétit pour l’amour est fougueux et parcourt tous les recoins du psychisme. Sa soif est celle d’un illuminé. Son chant est éperdu et se lève enflammé, beau et gémissant sans détour.


Les bons et les méchants s’y retrouvent, car l’audace musicale de l’homme était sans égale et la troupe des suiveurs, tumultueuse.


Muddy Waters n’a jamais eu de rival, sauf peut-être B.B King qui l’a observé sans doute avec fureur plus d’une fois.

 

 

B.B King 2 Eloge du Roi : B.B King

 


Lui ? On vous l’a déjà dit, il est royal.


Des décennies se sont écoulées depuis le jour fatal où il a quitté les champs pour Memphis et qu’il a imprimé sur sa guitare le malheur et les joies du peuple Noir .


Depuis ce temps aucun sot n’a réussi à le détrôner par son discours.


Il nous comble de joie. Sa voix est impétueuse, son air sage, sa volonté infléxible. Son trajet est sans faute, sans négligence et sans emphase.


Rien ne choque dans son jeu de guitare et ses phrasés sont construits sans obscurité ; B.B King nous parle en ami véritable.


L’homme est robuste et sain, sans infirmité. Il a une modestie naturelle, une sincérité que son talent ne répudie pas.


Le créateur sans candeur a la simplicité des grands hommes et nous communique sans peine ses désirs.


Pour ceux qui voyagent dans le blues, comptez que la fréquentation du King est toujours palpitante et vous expose à ne jamais descendre de son carrosse.

 


Ecouter B.B King / Muddy Waters, « Les Légendes du blues » (Universal, 2003)

 


PG

 

 

voir aussi : B.B. King , Muddy Waters dans Wikipedia

 

 

Pierre Givodan

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